Le bon gras du poisson

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octobre 2014
Avec le saumon, le hareng, le thon et le maquereau, la sardine fait partie des poissons dits gras, riches en oméga-3.
© Fred Tanneau / AFP

Les acides gras marins limitent voire empêchent les dysfonctionnements métaboliques liés à la suralimentation.

En cas de suralimentation, les acides gras marins n’aident pas à perdre du poids mais évitent certaines complications. Ils limitent voire empêchent certaines conséquences néfastes sur le métabolisme et potentiellement la survenue d’un diabète de type 2. L’équipe du Laboratoire régional de nutrition humaine du CHRU de Brest, dirigée par le professeur Jacques Delarue, a confirmé et illustré les théories allant en ce sens. Les chercheurs ont suivi de près les indicateurs de quatre complications métaboliques qui se manifestent lors de la suralimentation, avant même la prise de poids. Pour ce faire, ils ont suralimenté des volontaires sains après leur avoir administré de l’huile de poisson en quantité significative. Les sujets de l’étude ont ainsi absorbé 1,8 g d’acides gras oméga-3 d’origine marine chaque jour pendant six semaines ce qui représente 360 % des recommandations d’apport en acides gras en vigueur en France pour la population générale. Précisons qu’il est possible de consommer jusqu’à 5 g d’oméga-3 marins par jour, sans risque de toxicité pour l’organisme(1).

Dépasser les recommandations

Le bénéfice de la dose d’huile de poisson est avéré. Les chercheurs ont observé que ces oméga-3 marins limitent l’excès de production d’acides gras par le foie (lipogenèse) et l’augmentation des triglycérides dans le sang. Ils préviennent même totalement l’insulino-résistance et l’augmentation de la pression artérielle, induites par la suralimentation.

L’équipe de Jacques Delarue rédige actuellement la publication qui présentera le détail de ces résultats. « Ce que nos travaux mettent en évidence c’est le bénéfice potentiel pour des personnes prédisposées au diabète de type 2, au syndrome métabolique ou à la suralimentation, d’une ingestion d’oméga-3 marins supérieure aux quantités habituellement recommandées. Il ne s’agit pas pour autant d’une recommandation formelle », précise le nutritionniste. Et de souligner que « La prévention repose d’abord sur l’activité physique régulière et le maintien d’un poids normal. Un apport en oméga-3 marins plus élevé que les recommandations actuelles pourrait donc venir compléter ces préconisations chez les individus prédisposés. »

Thon, sardine, maquereau, saumon

Cette expérimentation s’inscrit dans le cadre du programme Metab n-3 lancé par la Structure fédérative de recherche en alimentation et nutrition humaines que dirige Jacques Delarue). Les acides gras testés sont ceux présents dans les poissons gras, c’est-à-dire le thon, la sardine, le maquereau, le hareng et le saumon. Le laboratoire a choisi de les utiliser sous forme d’huile de poisson pour pouvoir ajuster précisément la quantité administrée.

Prévenir les risques de cancer du foie

Aujourd’hui la Structure fédérative de recherche en alimentation et nutrition humaines s’intéresse à la capacité de ces oméga-3 marins à prévenir une complication de l’obésité et du diabète assez fréquente. 20 % des personnes souffrant d’obésité et de diabète de type 2 présentent une « stéatose hépatique, c’est-à-dire une accumulation de graisse dans les cellules du foie. Cet état peut parfois évoluer vers une inflammation puis vers une fibrose du foie qui, elle-même, peut entraîner une cirrhose voire un cancer du foie », explique Jacques Delarue. Il est admis que les oméga-3 marins permettent de diminuer la stéatose hépatique. Mais est-ce qu’en aval ils empêchent l’évolution vers l’inflammation et/ou la fibrose ? » C’est la question sur laquelle les chercheurs souhaitent dorénavant travailler, sous réserve d’obtenir un financement pour leurs recherches.

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Michèle Le Goff

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