Portraits

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Bruno Clément
57 ans
Biologiste cellulaire, directeur de l’Unité Inserm 991(1)
Interviewé par téléphone par Nathalie Blanc

J’aimerais comprendre comment l’homme peut encore devenir barbare

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Qu’auriez-vous fait si vous n’aviez pas été chercheur ?

Marin. J’étais attiré par le côté à la fois dangereux, mystérieux et fascinant de la mer. Et plus j’y pense, plus j’y trouve des analogies avec le métier de chercheur : l’aspect technique de la navigation, la nécessité de naviguer en tenant compte des éléments, et en anticipant. Lofer, abattre, empanner... Et puis le fait que l’on puisse piloter en solitaire ou en équipe.

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Aujourd’hui, qu’avez-vous trouvé ?

Dans ma carrière, j’ai trouvé des personnes investies, croyant au progrès, désintéressées, qui ne comptent ni leur temps ni leur argent, bref, des personnes formidables.

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Le hasard vous a-t-il déjà aidé ?

Non, la recherche est un travail qui a un côté besogneux, qui est jalonné de beaucoup d’échecs. Un jour, il se passe quelque chose, le puzzle se met en place et tout devient clair. Mais il ne s’agit pas de hasard. C’est grâce au travail et au temps. La recherche, c’est le contraire de l’immédiateté.

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Qu’avez-vous perdu ?

Pas grand-chose... Peut-être un peu de folie avec l’âge ? Car si on cherche avec acharnement, on trouve finalement peu de grandes choses en exerçant ce métier. Mais on y croit toujours ! Et quand il ne se passe rien de la journée, on se dit que ce sera pour demain... et ainsi de suite.

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Que faudrait-il mieux ne pas trouver ?

Rien. Il faut tout trouver. La recherche est le propre de l’homme. La connaissance, gratuite, c’est ce qui fait la grandeur de l’homme. Donc la question n’est pas de savoir ce qu’il faut chercher ou trouver, c’est de savoir ce qu’on va faire après avec...

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Quelle est la découverte qui changerait votre vie ?

Bien sûr, en priorité, ce serait tout ce qui permet de soulager les souffrances. Mais en y réfléchissant, je choisirais plutôt une découverte d’ordre philosophique : comprendre pourquoi et comment, malgré tous les progrès réalisés en science, malgré l’art, la beauté, l’harmonie de la nature, l’homme peut encore devenir barbare et inhumain.

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Qu’est-ce qui vous ferait douter de la rationalité ?

Je suis un féroce défenseur de la rationalité dans la patrie de Descartes. Car elle permet de lutter contre l’obscurantisme. Après, il y a la poésie, la musique, l’amour... mais c’est autre chose !

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