Mucoviscidose : des tests cliniques en cours

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février 2016
Initialement la roscovitine a été identifiée par Laurent Meijer pour ses effets anti-cancéreux démontrés sur la division cellulaire d’ovocytes d’étoiles de mer (photo). Depuis, d’autres effets d’intérêt thérapeutique ont été mis en évidence chez cette molécule, notamment contre la mucoviscidose.
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Une étude clinique portant sur l’efficacité, dans le traitement de la mucoviscidose, d’une molécule issue d’un laboratoire breton débute ce mois.

L’accident survenu à Rennes le 15 janvier dernier(1) a marqué les esprits. Il est dramatique. Mais au regard des presque 2000 essais cliniques menés chaque année en France(2), il est (heureusement) rarissime.

Ce mois, débute une nouvelle étude clinique, conduite par des établissements bretons. Elle sera menée dans neuf centres hospitaliers français(3) dont celui de Rennes. Il s’agit de tester l’efficacité et la dose de tolérance d’une molécule, la roscovitine, contre la mucoviscidose. Les actions thérapeutiques avérées en laboratoire(4) doivent être vérifiées sur des patients souffrant de cette maladie génétique affectant principalement les poumons.

La molécule est connue et étudiée depuis plus de vingt ans. Elle a déjà fait l’objet de nombreux tests cliniques pour ses effets anticancéreux. Elle fait également l’objet d’études cliniques aux États-Unis et en Grande-Bretagne pour ses effets contre la maladie de Cushing(5) et contre la polyarthrite rhumatoïde.

Ultraprotocolaire

Pour cette nouvelle étude clinique, un protocole a été établi pour définir très précisément les modalités d’administration, les doses, le profil des volontaires, les paramètres à étudier, les modalités de prélèvements et de mesures... Ce document a été rédigé par une équipe pluridisciplinaire réunissant une quinzaine de spécialistes (biologistes, pneumologues...). Ce consortium réunit le Centre hospitalier universitaire de Brest, le Centre de ressources et de compétences de la mucoviscidose de la Fondation Ildys à Roscoff et la société ManRos Therapeutics dont le directeur scientifique, Laurent Meijer, est le découvreur de la molécule.

Selon la procédure, le protocole a été soumis à la Société européenne de la mucoviscidose (ECFS-CTN) (sept experts ont alors formulé leur avis), puis à l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM) avant d’être présenté au centre de coordination(6) qui se charge de superviser les tests dans les CHU.

Recruter des volontaires

Dans le cas de la roscovitine, les hôpitaux concernés sont ceux spécialisés dans le traitement de la mucoviscidose. Ce sont eux qui se chargent de “recruter” des testeurs, en l’occurrence exclusivement des malades souffrant de mutations génétiques précises (parmi les 2000 recensées pour cette maladie).

Au total, le protocole requiert trente-six patients(7), répartis dans les neuf centres hospitaliers. Laurent Meijer affiche son optimisme quant au recrutement, en cours. « Ce test représente potentiellement un intérêt thérapeutique immédiat ce qui est d’autant plus espéré que dans le cas de la mucoviscidose il n’existe que deux traitements sur le marché. L’un ne s’adresse qu’à 3,5 % des malades. L’autre concerne davantage de patients, mais son efficacité est modeste. De plus, la roscovitine a déjà été administrée à 450 personnes lors des études sur ses effets anticancérigènes et à des doses bien supérieures à celles qui seront administrées ici (jusqu’à 1800 mg deux fois par jour, contre 400, 600 et 800 mg/ jour pour les tests sur la mucoviscidose). Bien sûr, l’innocuité sera tout de même vérifiée en continu sur les testeurs. » Différentes valeurs sérologiques seront étudiées, ainsi que des paramètres spécifiques à la maladie comme la présence de bactéries dans les poumons et dans les sécrétions pulmonaires, la salinité de la sueur et des mesures respiratoires.

Pour chaque volontaire, les tests ne durent que quelques jours. Mais le consortium donne une année aux établissements pour recruter leurs testeurs et conduire l’étude. L’ensemble des résultats devrait être connu au début de 2017. Laurent Meijer se montre là encore optimiste. « Si les résultats se révèlent très positifs, qui plus est à ces doses relativement faibles, alors ce sera l’idéal et avancera vers la mise sur le marché. Si les résultats ne s’avèrent pas significatifs, j’aurai envie de poursuivre l’étude en modifiant le mode d’administration, en passant sous forme d’inhalation ou de nébulisation. Ou peut-être que combiner la roscovitine à l’un des traitements existants augmenterait l’effet thérapeutique. »

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Michèle Le Goff

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