Demain, un fil de pêche bio ?

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février 2016
Julie Danet
Échantillon du monofilament mis au point dans le cadre du projet BioFiMa.

Des spécialistes des matériaux collaborent afin de mettre au point un fil de pêche biosourcé et biodégradable.

De fond ou flottante, la palangre est utilisée pour pêcher la roussette, le congre, le merlan, le bar... Elle se compose d’une ligne mère, sur laquelle sont attachés des avançons, des fils de nylon plus fins munis d’un hameçon. Ce sont ces derniers que les pêcheurs coupent parfois pour gagner du temps, lorsqu’il est difficile de retirer l’hameçon de la gueule du poisson. Jetés à la mer, ils mettront plusieurs centaines d’années à se dégrader...

Réduire la pollution des océans

Soucieux d’améliorer leur impact sur l’environnement, plusieurs patrons de pêche à la palangre ont sollicité les compétences lorientaises en ingénierie des matériaux de l’Institut de recherche Dupuy-de-Lôme(1) de l’Université de Bretagne-Sud (UBS) et de l’entreprise Seabird(2). De cette collaboration est né le projet BioFiMa, soutenu par la Région Bretagne. L’objectif : développer un fil de pêche biosourcé, biodégradable en seulement quelques années dans l’eau de mer, et doué des mêmes qualités techniques que le nylon. « Ce nouveau fil pourrait ainsi contribuer à réduire les problèmes de pollution causés par les plastiques et les substances chimiques telles que les POP (polluants organiques persistants) dans les océans, espère Morgan Deroiné, ingénieure de recherche du plateau technique ComposiTic de l’UBS. Ces dernières ont en effet tendance à s’accumuler sur les débris plastiques qui, lorsqu’ils sont réduits en “paillettes” de taille similaire au zooplancton, peuvent être ingérés par les poissons et intoxiquer alors toute la chaîne alimentaire marine. »

Des contraintes mécaniques à respecter

« Après un an de recherche, nous sommes parvenus à mettre au point un prototype de monofilament intéressant à partir d’un mélange d’un plastique biosourcé et d’un additif naturel », explique Morgan Deroiné. Les premiers résultats des tests de traction ont montré que, pour des diamètres inférieurs à 1,4 mm, la résistance à la rupture des monofilaments BioFiMa est quasiment équivalente à celle des fils en nylon. « Nous testons actuellement sa résistance à l’abrasion. » Il est en effet important que le fil ne se rompe pas à force de frottements sur le bateau.

Une biodégradabilité à vérifier

« En parallèle des tests mécaniques, nous procédons à des tests de vieillissement naturel en mer et de biodégradation en laboratoire, ajoute notre ingénieure qui a ainsi plongé des échantillons de fil dans le port de Lorient. « Au bout de quatre mois d’immersion, certains présentaient déjà une texture plus rugueuse en surface », signe du démarrage d’une dégradation biologique. Pour le second type de test, « le fil, préalablement broyé, est placé dans un barboteur rempli de sable d’estran et d’eau de mer. Au bout de quelques jours et pendant plusieurs mois, nous mesurons la quantité de CO2 dégagée par l’activité bactérienne et en déduisons un taux de biodégradation du polymère étudié dans le milieu marin. »

Ce nouveau fil sera-t-il bientôt commercialisé ? Sera-t-il utilisable pour la fabrication des filets de pêche, particulièrement dangereux lorsqu’ils dérivent en mer ? « Difficile à dire. Nous ne sommes qu’à mi-parcours du projet et le plus compliqué est à venir : parvenir à des coûts de production acceptables par rapport au nylon. »

Quid des engins de pêche du futur ?

« Tout navire de pêche du futur doit être conçu autour de l’engin de pêche qu’il utilisera, lequel sera lui-même conçu en fonction des espèces et des tailles des poissons ciblés », recommande Pascal Larnaud, responsable de la station Ifremer de Lorient ajoutant que dans le cas particulier d’un chalutier : « Les 2/3 de la consommation en carburant servant à la traction du chalut, il importe de mettre au point des engins de pêche économes en carburant (exigeant des bateaux moins puissants) mais aussi plus sélectifs, moins nocifs pour l’environnement marin et offrant une qualité des produits de pêche améliorée. » Pour y parvenir, l’Ifremer a testé, ces dernières années avec différents partenaires, plusieurs solutions innovantes dans le cadre des projets Optipêche, Effichalut, Tactipêche, Benthis, Jumper ou encore Redresse. Il a été ainsi montré que l’utilisation d’un fil, comme le dyneema ou le brezstorm, plus résistant mais de diamètre plus fin que le polyéthylène ordinaire, permet de limiter la traînée du chalut ; que les panneaux d’ouverture du chalut dotés de tuyères, des fentes qui améliorent l’écoulement de l’eau, optimisent l’écartement horizontal du chalut ; que les panneaux dits “jumper”, conçus pour minimiser le contact avec le fond, mettent en suspension 5 à 10 fois moins de sédiments que les panneaux classiques traînés sur le fond ; que l’augmentation de la taille des mailles dans des parties bien choisies du chalut ou encore le fait d’échancrer son “dos” vers l’arrière permettent de diminuer la force nécessaire à sa traction tout en augmentant sa sélectivité. « Opter pour un chalut plus sélectif, qui laisse s’échapper les petits poissons, est aussi un moyen d’améliorer la qualité des prises. » Et en diminuant ainsi le volume de captures, les poissons piégés ne sont plus écrasés les uns contre les autres et restent vivants plus longtemps.
Pour gagner en sélectivité, certains patrons de pêche utilisent également des sondeurs multifaisceaux pour mieux visualiser les bancs de poissons pélagiques présents à proximité du bateau. « Ces systèmes de détection acoustique leur permettent d’évaluer la taille du banc, mais aussi celle des poissons. Grâce à leur connaissance du milieu environnant, ils peuvent alors estimer s’il s’agit plutôt de sardines ou d’anchois, par exemple, et décider en amont d’immerger leur chalut ou non ! »

Renseignements : 
Pascal Larnaud tél. 02 97 87 38 41 pascal.larnaud@ifremer.fr

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Julie Danet

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