Un bateau avec du lin sur le pont

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février 2016
Breizh Marine Consult / Coprexma

S’il mise sur l’innovation et la fiabilité, le navire Sérénité fait également le choix du respect de l’environnement.

« Vieille, énergivore et accidentogène », Yannick Hémeury ne manque pas d’adjectifs pour qualifier la flottille de pêche actuelle. Face à ce constat amer, cet armateur paimpolais, responsable de Breizh Marine Consult, a lancé le projet Sérénité, labellisé depuis 2013 par le Pôle Mer Bretagne Atlantique. Son objectif : construire un démonstrateur de navire de pêche côtière de moins de 12 m, du gabarit de ceux qu’il utilise. « Pour imaginer ce bateau plus sûr, plus propre, plus économe, j’ai fait appel à mes 28 ans d’expérience d’armateur-pêcheur et à mon bon sens. » Et pour lui donner vie, il s’est entouré de nombreux partenaires(1).

Des matériaux en partie recyclables

Un bateau respectueux de l’environnement se devant de l’être dans les matériaux employés, Sérénité intégrera dans ses superstructures (pont, passerelle, coursives) des fibres de lin, une plante longtemps cultivée dans la région et qui ne nécessite pas d’intrants chimiques. « Quand on observe chaque jour les conséquences des algues vertes sur les côtes du Trégor et du Goëlo et que l’on sait que les déchets pleins de résines, de peintures, de plastiques des vieux bateaux broyés sont enfouis en décharge... On se dit que le lin peut être une partie de la solution. » Pour mettre au point ce nouveau matériau, l’armateur a fait appel aux compétences de l’Ifremer de Brest et du Groupe Dehondt. « Il a fallu d’abord trouver la bonne formulation pour conférer à ce matériau, composé de fibres de lin et de résine thermoplastique recyclable, les mêmes propriétés de raideur que les matériaux traditionnels (polyester et fibres de verre), expliquent Peter Davies et Maelenn Le Gall, respectivement chercheur et ingénieur de recherche au laboratoire Comportement des structures en mer à l’Ifremer de Brest. Des plaques de ces deux matériaux (fibres de lin/de verre) ont ensuite été soumises à des tests de résistance à la rupture en traction et en cisaillement à différents stades de vieillissement dans l’eau de mer. « Au bout de quelques mois d’immersion, nous avons observé une résistance moindre du matériau à base de lin que nous avons pu compenser en ajoutant un polymère afin de ralentir la pénétration d’eau dans les fibres », précisent-ils.

Un navire fait pour durer

Dotée d’une étrave légèrement inversée (lire légende ci-dessus), Sérénité jouira d’une ligne de flottaison sur toute sa longueur. « Avec presque 2 m de flottaison de plus que la normale, Sérénité disposera d’une coque plus fine et donc moins lourde pour les structures (lisse, varangue, ligne de quille) du bateau qui devraient ainsi gagner en durée de vie, souligne Pierre-Emmanuel Guillerm, ingénieur de recherche à l’École centrale de Nantes (lire ci-dessus). Côté propulsion, Yannick Hémeury a choisi de miser sur la fiabilité en optant pour une motorisation hybride couplant un moteur électrique (du même type que ceux qui équipent les locomotives de la SNCF) et un moteur thermique de la marque John Deere : « On peut trouver des pièces de rechange en 24 heures chez les concessionnaires partout en France, ce qui évite d’immobiliser le bateau trop longtemps. » À terme, le moteur thermique pourra être remplacé par des piles à hydrogène ou des batteries au lithium, « lorsque ces technologies seront efficientes. »

Si la phase 1 a permis, grâce au soutien financier de nombreux acteurs publics(2), d’optimiser son projet et de valider sa faisabilité, Yannick Hémeury aimerait désormais passer à la phase 2 à savoir la construction du moule. Pour cela, il lui faut réunir les financements nécessaires soit 240000 euros. Une demande a été faite en ce sens auprès de France Filière Pêche. À suivre...

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Julie Danet

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