Le Brexit sera sans impact cette année

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septembre 2016
Tim Peake / Esa / Nasa
L'Ouest de la France et le Royaume-Uni, photographiés le 19 avril 2016 depuis la Station spatiale internationale ISS.

La formation et la recherche en Bretagne ne devraient pas être impactées par le Brexit, pour l’instant.

En Bretagne, et notamment à Rennes, les acteurs de l’enseignement supérieur et de la recherche s’inquiètent de la situation au Royaume-Uni, après le coup de tonnerre du Brexit. Les liens sont en effet nombreux avec nos voisins outre-Manche.

« Pour l’année universitaire 2016-2017, le Brexit n’aura pas d’impact sur les mobilités d’étudiants, souligne Pierre van de Weghe, vice-président de l’université de Rennes 1, chargé des relations internationales (VPRI), et coordinateur du réseau des VPRI[1]. Les étudiants qui veulent aller au Royaume-Uni bénéficieront des bourses Erasmus. S’il y a un effet, ce ne sera pas avant 2018 ». L’Université de Rennes 1 a noué des partenariats Erasmus avec18 universités britanniques. Chaque année, une cinquantaine d’étudiants y complètent leur cursus. « Nous avons des assurances avec les universités britanniques, il n’y aucun problème pour l’année qui commence, ni vraisemblablement pour la suivante », confirme Lesley Lelourec, VPRI de l’université de Rennes 2. Chaque année en moyenne, une quarantaine d’étudiants y partent via Erasmus, et 25 Britanniques étudient à Rennes 2.

18 000 euros

Tout dépendra ensuite des négociations entre l’Union européenne et la Grande-Bretagne. Les Anglais pourraient continuer à bénéficier d’actions collectives, pour la formation et la recherche, sur les modèles norvégien ou suisse, mais en payant. « Ma crainte, précise Pierre van de Weghe, est que nos étudiants  ne bénéficient plus des bourses Erasmus. Notamment ceux qui préparent le magistère juriste d’affaires franco-britannique, avec la prestigieuse université d’Exeter[2]. Les frais d’inscription pour les étudiants français sont d’environ 8 000 livres annuels. Ils pourraient s’élever jusqu’à 15 000 livres, comme pour les étudiants non communautaires ». Soit 18 000 euros par an. C’est-à-dire 100 fois plus que l’inscription en licence en France (189,10 euros cette année).

Face à ce surcoût, la perte d’étudiants continentaux est l’une des inquiétudes des universités outre-Manche.  Ce sera même pire si la libre circulation des personnes est remise en cause. « Les universités britanniques reçoivent énormément d’argent de l’UE pour les projets de recherche, poursuit Lesley Lelourec, mais il y a aussi les doctorants et les chercheurs, qui viennent des autres pays membres. La recherche britannique va être terriblement impactée, si elle n’a plus le droit de les recruter directement ».

Les Britanniques impliqués

Le fonctionnement de la recherche européenne est touché à travers le programme qui la finance. Il s’appelle H2020, pour Horizon 2020. Ce sont des projets qui associent des laboratoires d’au moins trois pays et durent en moyenne quatre ans. L’université de Rennes 1 mène 35 projets de recherche internationaux, baptisés H2020. « Les Britanniques y sont très impliqués, explique Elisabeth Boichot-Lorant, vice-présidente déléguée aux affaires européennes de l’université de Rennes 1. Ils sont associés à 18 de ces projets et en coordonnent trois ».

L’Europe apporte 139 millions d’euros à ces 35 projets, qui concernent des recherches en biologie, chimie, matériaux, santé, télécommunications… avec notamment l’Inserm[3], l’IETR[4] et l’Insa[5]. Ils ont pour objectif de mieux combattre les maladies du foie, de développer la prochaine génération de téléphonie mobile, d’inventer des matériaux écologiques pour l’habitat… Et si les Anglais n’y participaient plus ?

« Après avoir échangé avec Bruxelles, dans le cadre de la CPU, l’analyse est qu’il ne devrait pas y avoir d’impact sur les programmes dont le financement est en place, poursuit Pierre van de Weghe. Par contre, sur les prochains appels à projet, les Britanniques ne devraient pas pouvoir y répondre comme coordinateurs. Ils pourraient y participer, mais cela dépend des négociations. Et on leur demandera alors une participation financière[6] ». Des chercheurs britanniques ont déjà constaté, depuis le Brexit, que leurs partenaires continentaux les sollicitent moins pour de nouveaux projets.

Beaucoup à perdre

« Cette période d’incertitude risque de faire baisser le nombre de participations des équipes britanniques, note Elisabeth Boichot-Lorant. Il faut espérer qu’un accord sera trouvé. Le Royaume-Uni aurait beaucoup à perdre, et nous aussi ! Les équipes britanniques sont les partenaires privilégiés de nos unités de recherche pour ces projets». Outre l’aspect financier, l’intérêt pour les chercheurs bretons est de s’inscrire dans les équipes multidisciplinaires, transnationales, où l’on accède aux connaissances des autres.

Depuis le résultat surprise du référendum du 24 juin, les universitaires échangent avec leurs collègues anglais. La plupart d’entre eux sont abasourdis. « Ce ne serait dans l’intérêt de personne que tout s’arrête avec le Royaume-Uni, souligne Lesley Lelourec. Nous avons reçu la lettre du président d’une université britannique. Ils sont désolés et vont tout faire pour maintenir les collaborations ! Ils sont la victime d’un référendum, débattu sur d’autres thèmes ».

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Nicolas Guillas

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