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septembre 2016
Ganchar/Fotolia
La carpe mange des alevins de gardons qui mangent du plancton qui se développe grâce au phosphore et à l’azote des déjections des poissons...

Associer des espèces aquacoles complémentaires peut permettre d’optimiser la production en respectant l’environnement.

Dans les étangs de l’Inra de Rennes, les carpes et les perches, deux espèces destinées à l’alimentation humaine, se nourrissent en majorité d’alevins de gardons et de rotengles, deux poissons blancs. Les gardons et les rotengles mangent du plancton. Le plancton se développe grâce au phosphore et à l’azote contenus dans les déjections des poissons présents. L’eau de ces étangs alimente une lagune plantée propice à l’émergence d’une biodiversité particulière. Ainsi épurée, l’eau retourne vers les étangs. Et la boucle est bouclée. La quantité de chaque espèce est contrôlée de façon à optimiser la production en limitant les intrants alimentaires.

Cette expérimentation en circuit fermé, réalisée par une équipe de chercheurs de Nancy, Rennes et Paris(1), est une adaptation de ce qu’il se passe dans les étangs de Brenne, en région Centre-Val de Loire. C’est l’un des aboutissements du projet de recherche Piscenlit(2) qui visait à rendre l’aquaculture écologiquement intensive, une notion déjà expérimentée à l’Inra de Rennes dans le domaine de l’agriculture. « A priori, l’écologie intensive semble paradoxale. Mais en réalité, il s’agit de mieux connaître le fonctionnement des écosystèmes pour valoriser leurs ressources au maximum, comme par exemple en associant des espèces complémentaires », explique Joël Aubin, chercheur à l’Inra de Rennes. Ce n’est donc pas la production qui est intensive mais l’utilisation des mécanismes écologiques. « Aujourd’hui, la pisciculture est le plus souvent basée sur la culture d’une espèce d’intérêt économique à niveau trophique élevé, c’est-à-dire carnivore. Elle se nourrit de granulés fabriqués à partir d’ingrédients dont certains sont importés du Pérou (farine de poisson) ou du Brésil (soja), dont elle n’exploite que 30 %. Le reste est rejeté dans l’environnement qui doit alors éliminer ce surplus. Dans les étangs de l’Inra et de Brenne, ce problème n’existe plus. »

Au Brésil et en Indonésie

Le projet Piscenlit a permis de conduire la même démarche sur plusieurs terrains choisis pour couvrir une diversité de systèmes aquacoles, d’écosystèmes et de contextes socio-économiques : la culture de saumons en Normandie, de poissons-chats sur l’île de Sumatra en Indonésie, ou encore l’élevage intégré de porcs (leurs rejets alimentent en nutriments un étang empoissonné), dans l’État du Santa Catarina au Brésil(3). Selon les terrains, les pratiques basées sur le recyclage des nutriments, la recirculation de l’eau ou l’association d’espèces piscicoles et végétales ont montré un vrai potentiel environnemental et économique.

Mieux que le tout bio

Pour définir ces nouveaux scénarios de production, Joël Aubin et ses collègues ont d’abord étudié chaque système aquacole en mesurant leurs effets sur le changement climatique, la qualité de l’eau, la dépense énergétique, la quantité et la composition des nutriments et des rejets, l’occupation du sol. « L’aquaculture biologique, tout comme l’agriculture biologique, n’a pas le meilleur bilan. Elle nécessite de la surveillance et produit très peu », constate Joël Aubin.

Le nouveau programme européen Imta-Effect(4), que l’Inra de Rennes coordonne, fait suite au projet Piscenlit. Il regroupe des partenaires portugais, grecs, roumains et français. Financé jusqu’en 2019, il vise à proposer plusieurs modèles de productions, dans des systèmes d’élevages associant plusieurs espèces (poissons, mollusques, algues), en eau douce et eau de mer. « Nous souhaitons pousser l’étude un peu plus loin, mieux comprendre les interactions entre les espèces et optimiser les dimensionnements », précise Joël Aubin.

Pour le tourisme aussi

Dans le cadre du programme Piscenlit, l’Inra de Rennes a aussi collaboré avec des chercheurs en sciences humaines et sociales(5) pour analyser, dans chaque situation, les besoins et la perception des producteurs, des élus locaux et de la population locale. « Il ne s’agit pas seulement d’exploiter le milieu pour la consommation humaine, mais aussi d’intégrer et de valoriser les autres services que les systèmes aquacoles peuvent rendre à l’homme, notamment les services culturels récréatifs, éducatifs et touristiques », conclut le chercheur.

Un projet à Molène

Dans l’archipel de Molène, un projet d’aquaculture multitrophique intégrée (AMTI), porté par le Comité régional de la conchyliculture de Bretagne Nord et le Parc naturel marin d’Iroise, devrait entrer en phase de tests à la fin de 2016. L’idée est de recréer un écosystème dans lequel chaque espèce (huîtres creuses et plates, moules, ormeaux, pétoncles noirs, algues...) joue son rôle : les coquillages filtrent l’eau, l’azote de leurs fèces est ensuite mobilisé par les algues dont se nourrissent les ormeaux et les poissons. Une première expérimentation qui, si elle se révèle concluante, pourrait aboutir à un nouveau modèle de production aquacole transposable dans d’autres sites de Bretagne et d’ailleurs.

Julie Danet
Renseignements : 
Patrick Pouline tél. 02 98 46 63 34 patrick.pouline@aires-marines.fr

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