Eau : comment l’économiser ?

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septembre 2016
Inra
À la station expérimentale de Sizun (Finistère), blettes et salades sont cultivées dans l’eau des bassins, riche en nutriments, en fin d’élevage.

Traitée, recyclée, réutilisée en boucle ou pour cultiver des végétaux… l’eau des piscicultures peut être valorisée.

Produire 1 kg de truites nécessite 50 à 100 m3 d’eau douce. Sachant qu’une pisciculture compte un volume permanent d’environ deux cents tonnes de production, la quantité d’eau douce prélevée puis restituée dans le milieu naturel n’est pas négligeable. Et en période d’étiage, le prélèvement et donc l’alimentation des bassins peut poser problème.

Une microstation d’épuration

C’est pourquoi l’Inra mène des expérimentations sur les économies d’eau depuis huit années à la pisciculture de Sizun, dans des conditions semi-industrielles : sept tonnes de poissons sont élevés dans des bassins régulièrement épurés, grâce à un système de traitement de l’eau similaire à celui des stations d’épuration, et fonctionnent en circuit fermé. L’eau souillée par les poissons est d’abord débarrassée des matières en suspension (fèces...), puis du CO2 produit par la respiration des animaux. Elle est aussi enrichie en oxygène et épurée de l’ammoniac qu’elle contient par un traitement biologique à base de microorganismes. Ainsi nettoyée, cette eau peut de nouveau servir à irriguer les bassins d’élevage soit en permanence, soit lors des périodes d’étiage, entre mai et octobre.

Les chercheurs de l’Inra ont ensuite étudié l’effet de ce recyclage de l’eau sur la qualité de la chair des poissons, sur leur bien-être et leur croissance. Le résultat est positif. Les truites de Sizun ont besoin de moins d’aliments pour arriver au même poids. « Nous avons démontré que grâce au recyclage, les paramètres physico-chimiques de l’eau tels que les teneurs en oxygène, en ammoniac, le pH restent stables », commente Laurent Labbé, le directeur de la pisciculture expérimentale. Autre avantage : en fin d’élevage, le volume des effluents d’élevage est réduit d’un facteur dix. Ce système a donc été validé pour les élevages de truites et commence à être déployé dans les piscicultures qui jusqu’à présent, en fin d’élevage, ne traitaient que les déchets solides de l’eau et non les déchets solubles comme l’ammoniac.

Qu’elle soit utilisée en boucle permanente, ponctuellement ou juste avant le rejet hors de la pisciculture, cette méthode de traitement offre aux pisciculteurs une solution pour respecter les normes de qualité de l’eau à la sortie de leur établissement. « Tout le monde y gagne ! », ajoute Laurent Labbé.

Les salades aussi

L’équipe de la pisciculture de Sizun va plus loin. Elle teste l’utilisation de l’eau des bassins en fin d’élevage pour faire pousser des végétaux (aquaponie) plutôt que de la rejeter dans le réseau des eaux usées. Il s’agit d’un programme expérimental porté par la section aquacole de l’Itavi(1) en collaboration avec le Cirad(2) de Montpellier et le lycée agricole aquacole de La Canourgue (Lozère).

L’été, l’équipe cultive des blettes et de la salade, l’hiver des mâches et des navets. Les végétaux poussent directement sur l’eau. Ils y trouvent tous les nutriments dont ils ont besoin. « Nous avons démontré qu’à partir de l’eau d’élevage des truites, il est possible de produire des végétaux toute l’année, sans autre apport et avec des rendements intéressants », conclut Laurent Labbé. « Pour 1 m2 de surface hors sol, nous produisons 25 à 26 kg de végétaux par an, sans ajout d’intrant. » À mi-programme, l’équipe va maintenant peaufiner le système de culture pour éviter le développement de matières en suspension sur les racines immergées et tester d’autres supports (goulottes, murs végétaux...).

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Michèle Le Goff

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