Le pouvoir stimulant des algues

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février 2017
Ulve (verte), dulse, petit goémon, nori (rouges), ou laminaire sucrée (brune), au total, cinq espèces d’algues vont être exploitées pour leurs molécules d’intérêt en nutrition/santé animale et humaine.
Jonas Collén/Station biologique de Roscoff

Chercheurs et industriels bretons testent le pouvoir d’extraits d’algues sur la santé animale et humaine.

Et si on mangeait des algues pour stimuler nos défenses immunitaires, être moins malade et donc se passer d’antibiotiques ? Voici, en très résumé, le concept d’Algolife (2015-2019). Ce nouveau projet sur les algues vise à les valoriser dans les domaines de la santé et la nutrition/santé, chez l’homme et l’animal (concept One Health, lire p. 10 à 12). C’est pourquoi on y retrouve trois industriels avec différentes visées : Olmix (Bréhan, Morbihan), déjà positionné sur le créneau de la santé animale (1), continue sur cette voie avec le développement de l’immunité et de la protection microbienne des animaux de rente ; Diana Pet Food (Saint-Nolff, Morbihan) est intéressé par la lutte contre les effets du vieillissement et l’obésité des animaux de compagnie. Enfin, le spécialiste des sources de protéines végétales, Triballat-Sojasun (Noyal-sur-Vilaine, Ille-et-Vilaine), a montré son intérêt pour la fraction protéique des algues en alimentation humaine, mais aussi d’autres produits d’intérêt pour la nutrition et la santé humaine.

 

Vingt années de recherche à Roscoff

Algolife se caractérise aussi par une approche globale de la chaîne de production. Les propriétés de cinq espèces d’algues vertes, rouges et brunes vont être explorées. Mais pas dans leur entier : les industriels vont travailler à partir d’extraits issus d’hydrolyses enzymatiques. Pilotés par la Sica de Saint-Pol-de-Léon (2) via sa filiale Agrival (Plouénan, Finistère), ils ne partent pas de zéro : ils bénéficient des vingt années de recherche menées par les scientifiques de la Station biologique de Roscoff. Ceux-ci apportent dans leur escarcelle une panoplie d’enzymes marines clonées et sélectionnées pour leurs capacités à couper certains sucres des algues à des endroits bien identifiés. « Contrairement aux techniques de fractionnement physique (broyage, pressage, filtrations), le fractionnement enzymatique est beaucoup plus précis et permet de réaliser ensuite des produits à plus haute valeur ajoutée », explique André Edern, le directeur d’Agrival. C’est la première fois qu’il va être testé à l’échelle industrielle sur des algues. Agrival s’est équipé pour l’occasion de deux biofermenteurs pour cultiver les enzymes. « Un de cinq litres, comme celui de la station biologique et un de trente litres qui est une taille pré-industrielle. Et si tout va bien, on achètera plus gros. » «Passer du laboratoire à l’échelle industrielle pose des problèmes technologiques, ainsi que réglementaires, car il faut que les outils soient compatibles avec une utilisation en alimentation et/ou en santé, ce qui n’est pas rien, précise Philippe Potin, chercheur à la Station biologique de Roscoff, spécialiste des algues et de leur valorisation. Arriver à lever ces leviers est le gros défi d’Algolife. »

« Le fractionnement enzymatique est beaucoup plus précis et permet de réaliser ensuite des produits à plus haute valeur ajoutée. »

Agrival a commencé à cultiver les enzymes dans son nouveau fermenteur et les distribue aux trois industriels en fonction de leurs besoins. Une fois découpés par les enzymes, les extraits d’algues doivent en effet être testés sur les animaux. Des essais sont actuellement en cours sur des animaux de rente : poissons, poulets et cochons avec l’Anses (3) de Ploufragan et chez Diana sur des animaux de compagnie. Des essais avec d’autres types d’enzymes, qui coupent les protéines, sont aussi prévus pour les applications en nutrition humaine avec Triballat-Sojasun.

 

“Cracker”(4) toute la biomasse

« L’idée est d’arriver à exploiter le plus de biomasse possible pour optimiser la valorisation des algues, ajoute Philippe Potin. Aujourd’hui, à partir des cinq espèces d’algues et de notre stock d’enzymes, nous avons entre vingt-cinq et cinquante fractions d’algues exploitables. Mais toutes ne jouent pas un rôle dans la stimulation de l’immunité. » La Station biologique de Roscoff s’est dotée d’un équipement spécial (une plate-forme de criblage) pour tester l’activité de ces bouts d’algues sur des cellules, avant de les tester sur les modèles animaux et de pousser encore leur purification afin de comprendre leur mode d’action.

Outre le marché de la santé animale et de la santé humaine, c’est l’avenir de la valorisation des algues et de la filière biotechnologies marines qui est en jeu dans ce projet, 100 % breton !

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Nathalie Blanc

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