Alzheimer : de nouvelles pistes

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mars 2017
Lorsqu'une personne a la maladie d'Alzheimer, les protéines Tau des cellules (en rouge fluo) ne fonctionnent plus. Les neurones se déstructurent et meurent
INSERM/U837

Des biologistes et médecins bretons combattent la maladie d’Alzheimer. Les uns en étudiant des protéines, les autres avec leurs patients.

Chaque année, environ 10000 Bretons sont touchés par la maladie d’Alzheimer. À l’Institut de recherche Dupuy-de-Lôme à Vannes, la biochimiste Caroline Corbel explore une piste contre cette pathologie. « Je recherche des molécules d’origine naturelle qui inhibent une voie d’activation de la maladie d’Alzheimer », explique-t-elle. Depuis sa thèse, soutenue en 2011 à la Station biologique de Roscoff (1), Caroline Corbel poursuit une idée qui pourrait aboutir cette année (2).

« La maladie d’Alzheimer provient notamment d’une modification d’une protéine dans les cellules du cerveau », résume la chercheuse. Elle veut empêcher cette transformation. Chez une personne en bonne santé, la protéine Tau stabilise le “squelette” de la cellule : elle sert de ciment au neurone. Chez les malades, cette protéine est transformée par l’interaction de deux autres protéines entre elles, appelées CDK5 et p25. Quand ces deux-là s’associent pour former un complexe, les protéines Tau ne fonctionnent plus normalement et s’agrègent : le neurone se déforme et meurt. Résultat, des régions du cerveau s’atrophient.

 

La biochimiste Caroline Corbel cherche des molécules pour que les protéines Tau conservent leur rôle essentiel dans les neurones
Crédit : Nicolas Guillas

 

 

3200 molécules testées

La biochimiste vannetaise veut trouver une molécule qui stoppe l’interaction entre CDK5 et p25. Sans inhiber les autres protéines de la cellule, afin d’éviter des effets secondaires ! Où la trouver ? Caroline Corbel a testé 3200 molécules naturelles. Elles lui ont été fournies par un “chimiothécaire”, autrement dit un chimiste (3) qui a une collection de molécules extraites de plantes, d’algues, d’animaux... Celles-là proviennent d’une bactérie de la peau d’un poisson-coffre, d’une éponge marine ou encore du bourgeon d’un peuplier noir. Les résultats de ce “criblage” ont été obtenus en janvier dernier. « Parmi les 3200 molécules, 18 présentent des propriétés intéressantes, explique Caroline Corbel. Une étude doit permettre de quantifier l’interaction entre ces molécules et les protéines p25 et CDK5. Et nous cherchons la molécule qui sera efficace à la plus faible concentration. » Les trois molécules les plus actives seront testées en avril sur des cellules neuronales de rat, en collaboration avec l’animalerie de l’Université de Bretagne Occidentale, à Brest. Autre aspect important de cette recherche, réalisée en collaboration avec la physico-chimiste Véronique Le Tilly (4), les scientifiques vérifient que ces molécules ne sont pas des perturbateurs endocriniens.

2000 patients

La recherche clinique avance aussi dans notre région. Une dizaine de neurologues et gériatres, aux CHU de Rennes, Brest et à Saint-Brieuc, y participent. Avec une centaine d’autres hôpitaux en France et dans le monde, ils mènent des recherches réunissant jusqu’à 2000 patients. « Des laboratoires médicaux, comme Roche, Lilly ou Merck développent des traitements, explique Serge Belliard (5), neurologue au CHU de Rennes. Nous proposons aux patients de les tester, pour valider la tolérance du médicament et son efficacité. » Une quarantaine de patients du CHU suivent aujourd’hui deux protocoles : durant un an et demi, ils prennent un médicament, font des tests de mémoire et leur handicap est évalué. Mais trois autres programmes de recherches, conduits depuis deux ans, viennent d’être arrêtés car inefficaces. Cette approche thérapeutique s’inscrit dans une recherche clinique globale. Les neurologues participent à des études de suivi de patients pendant plusieurs années. Ils étudient des facteurs génétiques, des facteurs de risques, le diagnostic... Et la situation est complexe : outre les protéines Tau, d’autres protéines appelées “amyloïdes” posent problème. « Elles sont produites en très grandes quantité quand le cerveau est malade. Sont-elles la cause ou le témoin de la maladie ? C’est la grande question.

 

Les premiers signes

Le problème de cette recherche est aussi lié... au temps. « Nous ne sommes pas encore capables de détecter les premiers signes de la maladie, poursuit Serge Belliard. Nous donnons des médicaments potentiels à des patients, dont le cerveau perd des cellules depuis 30 ans. La maladie est déjà très avancée. » Pour intervenir avant les premiers symptômes, de nouvelles techniques d’imagerie cérébrale ouvrent des perspectives. Serge Belliard les présentera lors de la Semaine du cerveau, à Rennes (lire encadré), avec le médecin nucléaire et chercheur Florence Le Jeune.

La semaine du cerveau

Rennes participe à la Semaine du cerveau, du 13 au 18 mars. Cette manifestation gratuite, organisée dans plus de trente villes en France, est coordonnée à Rennes par le CHU et l’Université de Rennes 1, sous l’impulsion des chercheurs en neurosciences. Plus de vingt conférences, ateliers et visites de laboratoires sont proposés. L’Espace des sciences participe à l’événement.
 

NG
Renseignements encadré : 
Programme et informations : bit.ly/sem-cerveau

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Nicolas Guillas

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