Un diplôme pour l’égalité

Checheuses : leur combat pour l'égalité

N° 368 - Publié le 3 janvier 2019
Coline Dehais
La formation à distance se termine par une académie d’été, consacrée à un thème d’actualité.

Deux universités associées, à Rennes et à Brest, proposent une formation continue pluridisciplinaire contre les inégalités.

Peut-on se former à l’université à l’égalité entre les sexes ? Oui, et même dans plusieurs domaines à la fois : l’égalité professionnelle, la violence, l’éducation, l’Histoire, le lien conjugal et le droit des femmes. Le diplôme numérique interuniversitaire (DIU) “Études sur le genre” est une formation continue, à distance. Elle attire chaque année une vingtaine d’étudiants. Maîtresse de conférences en Histoire contemporaine, Fanny Bugnon (photo) est la responsable pédagogique de cette formation, proposée par les universités de Rennes 2 et de Bretagne Occidentale.

Trois décennies de recherche

Ce DIU répond à une demande sociale. Il s’appuie sur trois décennies de recherches et d’enseignement, à l’Université de Rennes 2, sur les questions d’égalité entre hommes et femmes(1). Sept enseignements différents sont dispensés. « Les études sur le genre, qui analysent le rapport social entres les hommes et les femmes, ne correspondent pas à une seule discipline, explique Fanny Bugnon. C’est un champ de recherche pluridisciplinaire, qui s’intéresse aux constructions socio-historiques des inégalités. » L’équipe pédagogique réunit des universitaires et des professionnelles : trois sociologues de Brest(2), une historienne, une psychologue, une juriste, et une spécialiste en sciences de l’éducation à Rennes.

D’autres formations existent, mais l’originalité de celle-ci est d’être numérique, pour les professionnels qui ne peuvent pas se déplacer. Une partie de la formation de 120 heures se déroule toutefois à Rennes : durant quatre jours, l’académie d’été réunit une centaine de personnes(3).

Des profils variés

Les étudiants sont surtout des étudiantes. Elles sont souvent françaises, mais elles suivent parfois les modules depuis la Suisse ou le Cameroun... Leurs profils sont très variés. Ce sont par exemple des professionnelles de l’humanitaire qui accompagnent des victimes de violences sexuelles. « Elles veulent prendre en compte la réalité des femmes réfugiées, qui fuient les zones de conflit », explique Fanny Bugnon. Un travailleur social d’un lycée breton a suivi la formation. « Il est confronté au quotidien à des questions sur l’éducation à la sexualité et sur le rapport aux autres. » De nombreuses collectivités en Bretagne y forment leurs personnels, tout comme les syndicats, la police judiciaire de la jeunesse et le monde associatif.

Comprendre les mécanismes

Comment cette formation permet-elle d’agir ? D’abord en apprenant à mesurer les inégalités, grâce aux outils méthodologiques des sciences sociales. Ensuite, en comprenant les mécanismes en jeu, pour mettre en place les actions qui les corrigent. « Les normes ne se voient pas, résume Fanny Bugnon. Mais si l’on regarde le monde à travers le prisme du genre, beaucoup d’inégalités apparaissent. Que signifie le fait qu’à la sortie des écoles il y ait plus de femmes que d’hommes qui viennent chercher les enfants ? » Un autre exemple concerne les subventions aux associations sportives. « Une étude(4) a montré qu’elles sont majoritairement accordées à des loisirs pratiqués par des hommes. Les city-stades, pour le roller ou le basket, sont utilisés par les garçons. Les sports féminins sont moins financés. Cela doit poser question. »

Outre ce DIU, un master à distance “Études sur le genre” est proposé depuis 2017 à l’Université de Rennes 2, en collaboration avec d’autres universités(5). En master 2, le parcours “Discriminations” débutera en septembre prochain. Il vise à une insertion professionnelle immédiate, en formant aux métiers qui luttent contre toutes les discriminations. Que celles-ci soient fondées sur le sexe, l’orientation sexuelle, l’origine ethnique ou le handicap.

Nicolas Guillas

(1) En 1985, Annie Junter, maîtresse de conférences en droit privé à l’Université Rennes 2, devient titulaire de la chaire d’études pour l’égalité entre les femmes et les hommes, créée par les ministres Yvette Roudy et Jean-Pierre Chevènement.
(2) Au Labers et au CRBC.
(3) L’académie d’été du 4 juillet 2019 sera consacrée à l’égalité dans le sport.
(4) Réalisée par le géographe Yves Raibaud, à l’université de Bordeaux.
(5) Universités de Rennes 2, de Bretagne Occidentale, du Maine, d’Angers et de Nantes. La responsable de formation est Nahema Hanafi, à l’Université d’Angers.

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