Les sols émettent des composés volatils

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N° 369 - Publié le 4 février 2019
Alexis Chézière
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Julien Leroy récupère dans un socle hermétique des gaz (composés organiques volatils) émis par un champ de blé.

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La quantité de gaz émis par les sols dépend des pratiques agricoles.

À Rennes, les écologues s’associent aux physiciens pour diminuer certains gaz émis par le sol. Plus précisément certains composés organiques volatils, produits par les microorganismes. Ces composés nous entourent au quotidien : certains sont responsables de l’odeur de l’herbe coupée ou de l’humus après la pluie ! Les scientifiques abrègent leur nom en COV. Ce sont des molécules organiques, composées d’atomes de carbone, associés à d’autres éléments, comme l’oxygène ou l’hydrogène. « Les COV ont la capacité de se volatiliser facilement dans les conditions ambiantes », précise Jean-Luc Le Garrec, physicien à l’Institut de physique de Rennes(1).

Quantifier les gaz

Certains de ces gaz sont produits naturellement par les plantes ou les microorganismes, d’autres sont émis par les activités humaines.

« L’intérêt pour les COV émis par les microorganismes des sols est très récent, une dizaine d’années », précise Françoise Binet, écologue et biologiste du sol au laboratoire Écobio(2). La difficulté est qu’ils sont présents dans l’air à l’état de trace.

« Nous avons besoin d’appareils capables de quantifier et d’identifier ces gaz présents en très faible quantité, de l’ordre d’une molécule sur un milliard », explique Jean-Luc Le Garrec.

Même si les COV sont peu abondants, leur effet sur l’environnement n’est pas négligeable. Au contraire. Ces gaz participent à la synthèse d’ozone dans la troposphère, la couche de l’atmosphère la plus voisine du sol. Ils contribuent ainsi à l’effet de serre.

Le sol appauvri

En outre, comme les COV contiennent du carbone, leur émission dans l’air appauvrit les sols ! L’enjeu est donc de les limiter. Les chercheurs rennais ont montré que les pratiques agricoles peuvent influencer la quantité de COV rejetée(3). « Il y a un doublement du flux de COV dans le mois suivant un apport de lisier de porc, indique Françoise Binet. Par contre, quand le lisier a auparavant été dégradé pour produire du méthane, il n’y a plus cette émission supplémentaire. » Cécile Monard, chercheuse CNRS à Écobio précise : « Nous ne savons pas si d’autres COV sont émis pendant la méthanisation. »

Ces résultats vont permettre de faire des recommandations. L’équipe a testé d’autres amendements, comme le fumier. Les conclusions seront publiées prochainement. La recherche devrait aussi se poursuivre en milieu urbain. Les écologues et les physiciens veulent poser leurs capteurs de COV dans des parcs et des potagers en ville.

Conséquences sur la santé

Que se passe-il entre le sol et l’air ? Des gaz voyagent (lire ci-contre), mais ils ne sont pas seuls. Et si des microorganismes du sol, bactéries, virus ou spores de champignons, se retrouvaient en suspension dans l’air ? Cela peut avoir des conséquences sur la santé.

Pour le découvrir, Julien Leroy a débuté en octobre une thèse, au sein du laboratoire Écobio et de l’Institut de physique de Rennes, en partenariat avec l’Ademe(4). Il s’intéresse à plusieurs types de sols, urbains ou agricoles.

L’Osur(5), dont Écobio est une composante, s’est doté d’un appareil pour récolter les particules microscopiques dans l’air (entre 50 nanomètres et 10 micromètres). Ces particules sont triées par taille. Il reste ensuite à analyser leurs gènes, pour les identifier.

Maryse Chabalier

(1) CNRS, Université de Rennes 1.
(2) Écosystèmes, biodiversité, évolution (CNRS, Université de Rennes 1).
(3) Lire Les microbes lâchent des gaz, dans Sciences Ouest n° 329, mars 2015.
(4) Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie.
(5) Observatoire des Sciences de l’Univers de Rennes.

Jean-Luc Le Garrec, tél. 02 23 23 61 85, jean-luc.le-garrec@univ-rennes1.fr
Françoise Binet, tél. 02 23 23 66 65, francoise.binet@univ-rennes1.fr
Cécile Monard, tél. 02 23 23 54 19, cecile.monard@univ-rennes1.fr
Julien Leroy, julien.leroy@univ-rennes1.fr

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