Les géologues sont sur la brèche
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Le sillon de Talbert est aujourd’hui coupé en deux. Il se déplace.
La mer a franchi le sillon de Talbert le 5 mars 2018. Un courant de marée a incisé la base du cordon de galets, qui serpente en mer sur 3,5 km, à l’ouest de Bréhat. La dune de sable et d’oyats(2) s’arrête aujourd’hui en petite falaise. La brèche atteint 40 m de large et trois mètres de profondeur. À marée basse, elle se franchit à pied sec. Mais par fortes marées, un courant puissant isole le sillon.
Cette érosion inquiète les riverains et les élus. Et si la brèche s’ouvrait largement, si le sillon s’abaissait, si la houle fragilisait la zone jusqu’alors protégée à l’est, où les habitations sont proches ? Des géologues de Brest étudient la situation, en concertation avec le Conservatoire du littoral, qui gère ce site classé “Patrimoine remarquable de Bretagne”.
Le 21 mai dernier, près d’un rocher surmonté d’un GPS, trois scientifiques(2) sont sur la brèche. Leur drone photographie (photo ci-dessus) la zone au centimètre près. Les chercheurs effectuent régulièrement des mesures précises, enrichies par une topographie complète annuelle. Avant la brèche, le site était déjà sous surveillance.
Un recul de 30 m
Depuis quinze ans, l’observation des mouvements des sédiments est systématique dans ce secteur littoral, très mobile. « Entre deux mesures annuelles, les évolutions sont parfois spectaculaires, explique Pierre Stéphan, géomorphologue CNRS à l’IUEM(2). Le sillon se déplace vers l’est à une vitesse de plus d’un mètre par an. Mais en hiver, le recul peut atteindre trente mètres à certains endroits. » L’ensemble du cordon, qui mesure jusqu’à 300 m de large, subit les assauts des vagues de l’ouest. Elles peuvent franchir la crête lors de très fortes tempêtes.
« Les reculs sont parfois très importants et cela paraît inquiétant. Mais en trois à cinq ans, le cordon se regénère. Il retrouve sa forme et sa capacité à résister aux tempêtes suivantes. Le sillon est résilient. »
Comparé aux relevés des années 50, le tracé du sillon est méconnaissable. L’érosion a été accélérée par un enrochement créé dans les années 60. Supprimé en 2004, il a entraîné le décrochage du cordon avec sa base, restée fixe. Les chercheurs ont montré que chaque année, 3000 m3 de sable et galets se déplacent le long du rivage, de la racine vers l’extrémité du sillon, qui est la pointe nord de la Bretagne. « En 2011, nous avions repéré une zone très fragilisée, où le cordon était devenu très mince. La brèche était anticipée. Elle s’est formée à cet endroit. »
Scénarios prospectifs
Pour aider les acteurs locaux, les chercheurs brestois modélisent l’évolution du sillon et les nouvelles conditions hydrodynamiques (va-gues, marées, tempêtes). Ils établissent des scénarios prospectifs. La brèche, en tout cas, semble irréversible.
(1) Plantes qui poussent sur le sable et fixent les dunes.
(2) Le géomorphologue CNRS Pierre Stéphan, l’instrumentaliste CNRS Jérôme Ammann et le doctorant Mohamed Hamimeche.
(3) Institut universitaire européen de la mer.
Pierre Stéphan
tél. 02 98 49 86 88
pierre.stephan@univ-brest.fr
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