Pourquoi le plancton est-il multicolore ?

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N° 385 - Publié le 12 janvier 2021
LAURENCE GARCZAREK / STATION BIOLOGIQUE DE ROSCOFF
Cette eau de mer contient des cyanobactéries de différentes couleurs. Leur diversité pigmentaire, liée aux vibrations des molécules d'eau, permet au phytoplancton de vivre dans plusieurs environnements lumineux.

Des chercheurs ont découvert que la couleur de certaines bactéries aquatiques serait déterminée par les vibrations des molécules d’eau. Étonnant

Souvent appelées algues bleues, les cyanobactéries sont en fait très colorées ! Ces bactéries , qui font partie du phy-toplancton1, sont capables de photosynthèse et doivent leurs couleurs à des pigments2. Une collaboration entre des microbiologistes marins de la Station biologique de Roscoff, Théophile Grébert, Frédéric Partensky et Laurence Garczarek, avec des chercheurs de l’Université d’Amsterdam, a permis d’établir un lien entre cette diversité pigmen-taire et les vibrations des molécules d’eau de l’océan3. « Le boogie-woogie des molécules d’eau de mer, c’est-à-dire leurs vibrations, détermine la disponibilité dans le milieu marin de certaines couleurs de la lumière solaire, qui s’étend du violet au rouge », explique Laurence Garczarek.

Un filtre à lumière

En effet, les vibrations de la molécule d’eau (H2O), causées par de minuscules variations de la distance entre les trois atomes qui la composent, absorbent certaines longueurs d’ondes de la lumière. Celles-ci ne sont alors plus disponibles pour les organismes photosynthétiques. Les vibrations agissent en quelque sorte comme un filtre à lumière, délimitant cinq niches spectrales4 dans le milieu sous-marin : violette, bleue, verte, orange et rouge. Ce phénomène explique la diversité en arc-en-ciel des pigments des cyanobactéries. Cette diversité leur permet d’habiter dans différents environnements lumineux. Puisqu’en effet, chaque teinte de pigment capture préférentiellement une onde lumineuse.  À Roscoff, Laurence Garczarek et Frédéric Partensky s’intéressent à deux cyanobactéries dominantes dans l’océan : Prochlorococcus et Synechococcus. La première capture le bleu et le vert, tandis que la deuxième est composée de pigments liés au vert, au bleu, à l’orange ou à l’orange-rouge. Le type pigmentaire le plus sophistiqué est même capable de changer de couleur pour capturer le bleu ou le vert, selon la couleur dominante du milieu ! « À notre grande surprise, nous avons récemment découvert que ces adaptateurs chromatiques sont le type pigmentaire de Synechococcus le plus abondant de l’océan » précise Frédéric Partensky.

Prédire la couleur de l’océan

De son côté, l’équipe néerlandaise a conçu un modèle mathématique, couplé à des mesures satellitaires5, afin de prédire la couleur de l’océan, en fonction des vibrations des molécules d’eau. Fournies par l’équipe de Roscoff, les données collectées par l’expédition Tara Oceans ont permis aux mathématiciens d’Amsterdam de vérifier la correspondance entre les cinq niches spectrales prédites par le modèle et la distribution des types pigmentaires de cyano-bactéries. Mais le changement climatique pourrait bouleverser cette tendance ! Ce modèle permettrait alors de prédire, dans l’océan futur, la distribution des pigments, qui sont des composants majeurs du phytoplancton.

PAULE-ÉMILIE RUY

1. Micro-organismes à la base de la chaîne alimentaire, qui dérivent au gré des courants.
2. Composés qui absorbent la lumière et permettent, entre autres, la photosynthèse.
3. Dans un article scientifique paru le 9 novembre 2020 dans Nature Ecology and Evolution.
4. Milieux définis par les longueurs d’onde de la lumière solaire reçue.
5. Des capteurs sur des satellites mesurent la lumière réfléchie dans l’espace par l’océan.

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