« On peut éradiquer le cancer du col de l’utérus »

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N° 411 - Publié le 27 juillet 2023
LAURENT GUIZARD

Chaque année, en France, les papillomavirus humains (HPV) sont responsables de près de 3 000 cancers du col de l’utérus. Le gouvernement doit lancer ce mois-ci une campagne de vaccination dans les collèges contre les HPV, à destination des élèves intéressés.

Matthieu Revest, infectiologue au CHU de Rennes, nous explique pourquoi lutter contre les papillomavirus est un enjeu de santé publique majeur.

Qu’est-ce que le papillomavirus ?

Il existe un peu plus d’une centaine de papillomavirus ; 60 % de la population française est touchée par un ou plusieurs de ces virus au cours de sa vie. Ils se transmettent par contact direct, peau à peau, y compris sexuel. Le plus souvent les HPV sont asymptomatiques, mais certains donnent des verrues dont des condylomes1. Enfin, certains sont responsables de cancers, surtout celui du col de l’utérus, responsable de la mort de 1 000 femmes par an, et d’autres cancers, plus rares.

Sommes-nous tous égaux face au risque de développer un cancer après une contamination par un HPV ?

Il y a autant d’hommes que de femmes contaminés mais ce sont les femmes qui en paient le plus les frais. Plus elles sont contaminées jeunes – entre 16 et 25 ans – plus le risque d’évolution vers un cancer du col de l’utérus est important. Chez les hommes, les maladies entrainées par un papillomavirus sont très rares.

Comment s’en protéger ?

Le cancer du col de l’utérus est une infection sexuellement transmissible (IST) contre laquelle le préservatif protège mal, car la localisation de l’atteinte peut être au niveau des testicules par exemple. Ces virus ne causent la plupart du temps aucune douleur, donc les gens ne s’en rendent pas compte. Quand les symptômes du cancer apparaissent, environ dix ans après la contamination, on est déjà face à une maladie gravissime2. La vaccination est une chance. On peut éradiquer le cancer du col de l’utérus, je connais peu de médicaments aussi efficaces.

Aujourd’hui, seulement 37 % des filles et 9 % des garçons français sont vaccinés. Comment expliquer cette faible proportion ?

Il n’y a probablement pas eu assez de communication sur l’intérêt de vacciner. Bien que cela ne soit pas toujours simple, il est important que les parents parlent d'IST à leurs enfants. Et puis en France, les garçons n’ont accès à la vaccination que depuis 2021, alors qu’elle est recommandée depuis 2007 chez les filles. C’était une hérésie absolue de ne vacciner que les filles car ce sont les hommes qui transmettent le virus. Il faut toutefois préciser que le vaccin cible les papillomavirus à l’origine des cancers et des condylomes. On peut donc être vacciné et avoir des verrues, mais cela est sans danger et se soigne.

Pourquoi vacciner à l’école ?

Je précise que je n’ai aucun conflit d’intérêt politique ni avec l’industrie pharmaceutique. L’âge efficace pour vacciner se situe avant 17 ans, entre 11 et 13 ans dans l’idéal. D’abord l’organisme répond mieux à la vaccination quand on est plus jeune et ce sont des virus tellement fréquents que l’on estime qu’après un an d’activité sexuelle, on l’a déjà rencontré. Avec ce genre de médicament efficace et sans effets indésirables problématiques, vacciner à l’école permet de renforcer l’incitation. Cela reste une proposition, pas une obligation, mais dans le cas d’une maladie contagieuse on a tous

une responsabilité.

Violette Vauloup

1. Verrues au niveau des muqueuses.
2. Le virus provoque des modifications des cellules donnant lieu à des anomalies des muqueuses que l’on appelle dysplasies et qui s’aggravent progressivement, jusqu’au cancer.

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