Face aux cancers, tous à risques ?
Première cause de décès en France, les cancers sont perçus comme des maladies à la fois fatales et courantes. Alors que de plus en plus de personnes sont touchées, la médecine fait d’énormes progrès pour soigner les patients.
Ils s’appellent glioblastome multiforme, mélanome nodulaire, lymphome hodgkinien, adénocarcinome ou ostéosarcome, mais nous les connaissons tous sous le nom de cancers. Ils peuvent affecter n’importe quel organe humain, mais aussi les os, les tissus ou le sang ; ils touchent parfois les animaux et on les retrouve sous une forme bénigne chez les plantes. Malgré des caractéristiques parfois très différentes, le principe de la maladie est toujours le même : un développement incontrôlé d’une ou plusieurs cellules, qui, déréglées, prolifèrent hors de leurs limites habituelles.
Un mécanisme qui s’enraye
« Naturellement, toutes nos cellules ont besoin de se renouveler, donc de se multiplier puis d’arrêter de le faire, et ce pour le bon fonctionnement général du corps. Une tumeur apparaît lorsqu’il y a un dérèglement de ce système », explique Marie-Dominique Galibert, directrice de l’équipe Geo1 à l’Institut de génétique et développement de Rennes. Présents dans le noyau de chaque cellule, les gènes lui indiquent la marche à suivre : se diviser, se développer, mourir. C’est lorsqu’ils sont endommagés que leurs consignes deviennent confuses et qu’un cancer peut potentiellement se développer. Ces lésions de l’ADN trouvent leur origine dans la génétique et peuvent être héréditaires, mais également provoquées par l’exposition à des facteurs de risque : l’âge, principalement, affecte le bon fonctionnement des cellules, mais aussi l’environnement, le mode de vie ou encore les hormones. Le système immunitaire est pourtant doté de « cellules tueuses », qui ont pour rôle d’identifier et d’éliminer les cellules anormales. « Il faut énormément d’erreurs génétiques pour qu’une anomalie s’exprime complètement et qu’une cellule devienne tumorale », indique la scientifique. Il faut donc que le phénomène soit suffisamment important pour dépasser les capacités naturelles du corps humain à lutter contre les cellules défectueuses. Une fois installée, la tumeur grossit et peut se diffuser ailleurs dans le corps, créant ainsi des métastases.
« Malgré des mécanismes semblables il est donc très difficile de tirer des conclusions générales sur les cancers », souligne Marie-Dominique Galibert. C’est pourquoi il est essentiel de caractériser la maladie : le cancer peut être hématologique, c’est-à-dire toucher les cellules du sang ou de la moelle osseuse, ou alors constituer une tumeur solide sur un organe. « Pour un même endroit du corps, il y a différents sous-types en fonction des marqueurs, soit des déclencheurs du cancer, précise-t-elle. Enfin, la classification histologique donne un grade à la tumeur et détermine son avancement, c’est-à-dire si la maladie est au stade métastatique2 ou semble encore localisée. » De l’ensemble de ces éléments dépend à la fois le pronostic, mais également le traitement.
De plus en plus de cancers
Dans le monde, 20 millions de personnes sont diagnostiquées chaque année, et on estime à plus de 50 millions celles et ceux qui vivraient aujourd’hui avec un cancer3. Première cause de décès en France chez l’homme et deuxième chez la femme, ce sont 433 136 nouveaux cas qui ont été détectés dans l’Hexagone en 2023. Un nombre qui a doublé en 30 ans, et ce pour trois raisons principales : la population est plus nombreuse, plus âgée (l’âge moyen de détection, tous cancers confondus, est de 70 ans pour les hommes, 68 ans chez les femmes), mais aussi plus exposée aux risques. « On observe une hausse générale de l’incidence qui est indéniable mais à nuancer. Par exemple, le cancer du poumon est en diminution chez les hommes, probablement grâce aux efforts de prévention sur les conséquences du tabagisme, mais il y a un rattrapage chez les femmes, qui ont commencé à fumer plus tard », illustre Patrick Bourguet, président du comité d’Ille-et-Vilaine de la Ligue contre le cancer.
Malgré une tendance générale, il y a donc des exceptions : si le cancer du pancréas progresse, de même que celui du foie (lié à la hausse des cas d’obésité et à la malnutrition), le cancer de l’estomac se fait de plus en plus rare. « On a pu penser que l’amélioration du dépistage expliquait la hausse du nombre de cas, notamment pour le cancer du sein, continue l’ancien cancérologue. Mais les détections plus précoces servent principalement à améliorer les pronostics pour mieux soigner : c’est bien le vieillissement de la population et ses habitudes qui sont à l’origine du nombre croissant de malades. » D’ailleurs, près de la moitié des cas pourraient être évités grâce à un mode de vie sain ! « En diminuant l’exposition au Soleil, en consommant moins d’alcool et de tabac, en pratiquant une activité sportive et en adoptant une alimentation équilibrée, 40 % des cancers pourraient ne pas survenir », expose Patrick Bourguet.
Des progrès constants
En France, ils représentent toujours des centaines de milliers de décès par an et gardent l’image de maladies fatales. Si « cette réputation n’est pas tout à fait fausse, puisqu’il y a certains cancers pour lesquels il n’y a pas d’espoir de guérison », avance Marie-Dominique Galibert, les progrès constants de la médecine ont permis une nette amélioration des diagnostics et des traitements. « Grâce au séquençage du génome, il y a eu un bond technologique dans la médecine après les années 1990 équivalant à celui entre la loupe et le microscope », explique-t-elle. Patrick Bourguet abonde : « Les énormes avancées thérapeutiques ont permis de redonner de l’espoir aux patients. Le cancer est devenu une maladie chronique, on n’en meurt plus systématiquement ».
Le président du comité d’Ille-et-Vilaine de la Ligue contre le cancer souligne également que de nombreux changements ont eu lieu en parallèle dans la prévention, permettant de détecter plus tôt, voire d'éviter la maladie. De grandes campagnes de dépistage ont été mises en place afin de lutter contre les cancers les plus courants (sein, prostate, colorectal, utérus) et la vaccination contre les cancers HPV4 se généralise. Auparavant centrée sur les dangers de l’alcool et du tabac, la sensibilisation dans les écoles se fait désormais sur l’intégralité du mode de vie, incluant par exemple les risques environnementaux ou l’obésité.
1. Expression des gènes et oncogenèse.
2. Propagation de cellules cancéreuses hors de leur zone d’apparition.
3. Dernières estimations chiffrées de l’Organisation mondiale de la santé (OMS).
4. L’infection par les papillomavirus humains (HPV) peut provoquer plusieurs cancers. La vaccination diminue le risque d’en être atteint.
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du magazine Sciences Ouest