Cancer du sein : « Faire bouger les lignes »
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Meilleur dépistage, ciblage des personnes à risque, prise en charge personnalisée… pour diminuer le nombre de cancers du sein et améliorer les chances de survie, l’accompagnement doit évoluer.
Avec plus de 60 000 cas détectés chaque année en France, c’est le cancer le plus fréquent et le plus mortel pour les femmes. À l’occasion d’Octobre rose, Sciences Ouest revient sur le cancer du sein et l’importance d’une prise en charge précoce.
Triste record
Mais de quoi parle-t-on au juste ? Il n’existe en effet pas un mais différents types de cancers du sein. Certains touchent les canaux galactophores, qui conduisent le lait, et d’autres les lobules, les glandes qui le produisent. Mais ils diffèrent surtout selon les cellules impliquées. Un cancer est en effet toujours causé par la prolifération d’une ou plusieurs cellules déréglées. « Dans 70 à 80 % des cas, les cancers du sein sont hormono-dépendants, cela veut dire qu’il y a des récepteurs, le plus souvent aux œstrogènes, sur le noyau des cellules cancéreuses », explique Claudia Lefeuvre-Plesse, oncologue au Centre Eugène Marquis, à Rennes. L’hormone agit alors comme un facteur de croissance, incitant ces cellules déréglées à se multiplier.
Si la progression de la maladie est, dans la majorité des cas, liée aux œstrogènes naturellement sécrétés par l’organisme, ces derniers n’en sont pas à l’origine. « En France, une femme sur neuf développe un cancer du sein au cours de sa vie, c’est le plus fort taux d’incidence au monde », pointe la médecin. Un triste record, que les scientifiques peinent encore à expliquer. « On estime que 38 % sont liés au mode de vie, poursuit tout de même Claudia Lefeuvre-Plesse. L’alcool, le surpoids et la sédentarité sont par exemple des facteurs de risque. » Des hypothèses évoquent également le rôle des traitements hormonaux de la ménopause ou encore des perturbateurs endocriniens, qui altèrent le fonctionnement normal des hormones.
Dépistage personnalisé
Sans compter que certaines femmes héritent d’une vulnérabilité génétique face à la pathologie. C’est pour cibler ces personnes à risque augmenté que les professionnels cherchent aujourd’hui à faire évoluer la prévention et la prise en charge vers des dispositifs plus personnalisés. Actuellement, le dépistage standard invite toutes les femmes de 50 à 74 ans, tranche d’âge sur laquelle on diagnostique le plus de cancers du sein, à réaliser une mammographie tous les deux ans.
« Mais une grande étude clinique1 en cours pourrait faire bouger les lignes en démontrant l’importance de la prise en compte de trois éléments dans le dépistage — l’histoire familiale, la densité mammaire et le score polygénique2 — pour repérer les personnes à risque dans la population générale et leur proposer un accompagnement personnalisé », souligne Claudia Lefeuvre-Plesse, qui rappelle les signes à surveiller : une masse au niveau du sein et de l’aisselle, une déformation, une rougeur ou encore un écoulement mammaire. « Plus le diagnostic est précoce, plus les chances de guérison sont élevées », insiste-t-elle.
1. Mypebs compare le dépistage standard en vigueur à une stratégie de dépistage personnalisée, chez 53 143 femmes volontaires et dans six pays. Les résultats sont attendus pour fin 2027.
2. Valeur dérivée de l’étude du génome utilisée pour prédire la probabilité qu'un individu développe une certaine maladie.
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