L’adaptation des plantes passe par la génétique

Quelle alimentation pour demain ?

N° 436 - Publié le 6 mars 2026
© CHRISTOPHE MAITRE / INRAE

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À l’Institut de génétique, environnement et protection des plantes (Igepp), au Rheu, près de Rennes, des scientifiques de l’Inrae et de l’Université de Rennes cherchent dans l’ADN des plantes des solutions pour leur adaptation au réchauffement climatique.

Avec le changement climatique, les sols et l’air s’assèchent, les événements extrêmes se multiplient. Des ravageurs des cultures se déplacent vers le nord. D’autres, introduits par les flux du commerce international, trouvent en France de bonnes conditions pour se développer. Alors, quelles plantes cultivera-t-on en 2050 ? « C’est difficile de faire de “l’agronomie- fiction”, sourit Didier Andrivon, directeur de recherche à l’Inrae1 au Rheu (Ille-et-Vilaine). On commence à voir de la vigne en Bretagne. Et on cultive en France de plus en plus d’espèces tropicales, comme la patate douce, l’igname, ou le sorgho. » Cette céréale s’adapte à la sécheresse de l’air « en fermant les stomates2 aux moments les plus chauds, comme une maison dont on clôt les volets », explique Laurent Leport, enseignant-chercheur à l’Université de Rennes. Mais introduire de nouvelles espèces cultivées peut nécessiter une véritable transition de l’industrie qui transforme les récoltes. « Une alternative consiste à chercher dans la diversité génétique existante des variétés qui auraient des caractéristiques intéressantes pour s’acclimater », explique Younès Dellero, chercheur à l’Inrae.

Un travail d’anticipation

En se basant sur les scénarios du Giec3, les généticiens de l’Igepp4 cherchent à adapter au climat du futur les plantes cultivées en France, comme le colza ou la pomme de terre. L’institut héberge une collection de ressources génétiques pour ces deux espèces. Pour identifier les particularités les plus utiles, « on prend des graines de variétés anciennes, ou de plantes apparentées, et on les teste dans différentes conditions de stress hydrique, explique Nathalie Nesi, directrice de recherche à l’Inrae, qui dirige l’Igepp. Ensuite, on va chercher les gènes qui sont derrière les effets les plus importants ». Pour vérifier un effet présumé, les chercheurs utilisent parfois l’édition de gènes, qui fait partie des nouvelles techniques génomiques. « Si nous avons identifié une séquence génétique intéressante dans une variété, nous pouvons remplacer l’allèle5 correspondant dans une autre, pour valider l’effet observé, poursuit-elle. Mais nous ne sommes pas des sélectionneurs. » L’Igepp produit des géniteurs, « des parents ou des grands-parents, qui ne sont ni bons à manger, ni productifs, précise Didier Andrivon. C’est ensuite le travail des sélectionneurs de les utiliser pour créer des variétés cultivables, par des croisements. » À une exception près : l’Igepp produit des variétés pour l’agriculture biologique, « car il n’y a pas d’acteurs commerciaux privés qui investissent pour cette filière6 ». La sélection prend du temps, entre 20 et 40 ans en moyenne. « Cela demande un effort d’anticipation, confie-t-il. Nous travaillons sur les problèmes que les générations futures devront gérer. »

ÉLODIE PAPIN

1. Institut national de recherche pour l'agriculture, l'alimentation et l'environnement

2. Ouvertures naturelles sur l'épiderme de la tige ou de la feuille, qui assurent des échanges gazeux avec l’extérieur

3. Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat

4. Institut de génétique, environnement et protection des plantes

5. Chacune des versions possibles d'un même gène

6. Lire l'interview de Rémi Perronne, sélectionneur de blé tendre à l'Inrae, p.22.

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