Une arme de guerre omniprésente

Le son, étonnant phénomène

N° 440 - Publié le 12 août 2026
© CC BY-SA 2.0 / DAVID AXE
Un canon de l'armée néerlandaise effectue un tir contre une position talibane à Chora, en Afghanistan, le 16 juin 2007.

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À la guerre, le bruit eut devenir une arme pour agresser un ennemi.  Mais il peut aussi se retourner contre ses propres troupes !

Musique hard-rock diffusée en boucle par les soldats américains lors du siège de Falllujah en Irak en 2004, haut-parleurs diffusant en continu de la K-pop à la frontière nord-coréenne, sonic booms à Beyrouth au Liban lorsque le mur du son est brisé par les avions israéliens… Dans une guerre, le son est omniprésent. « Le bruit de fond en Syrie est aléatoire, les guerriers se battent à coups de kalachnikovs, alors qu’en Ukraine, les bombardements des avions sont plus constants et l’ambiance sonore est permanente. Explosions, sirènes, alarmes, talkie-walkies se mélangent avec les sons du quotidien, comme les bruits de cuisine », relate Romain Huet1, ethnographe spécialiste des formes contemporaines de violence et maître de conférences en sciences de la communication à l’Université Rennes 2. Le chercheur est parti sur le terrain de deux guerres, en immersion dans des groupes de combattants en Syrie (2012-2018) et en Ukraine (2022-2023).

Les armes sonores 


Le son peut être utilisé de manière stratégique. Dès l’âge de fer, le carnyx, grand instrument de guerre celtique, servait notamment à impressionner les troupes ennemies. Lors de la Seconde Guerre mondiale, des haut-parleurs permettaient à chaque camp de tromper l'autre sur sa localisation. Sous forme de bruit très intense ou trop fréquent, le son devient une douleur, voire une torture, comme à Belgrade (Serbie) en 2025 où des canons à sons ont été utilisés pour disperser la foule.

Et parfois, le bruit des armements les trahit à l’ennemi… « Les soldats arrivent à identifier les nouveaux chars Léopard en Ukraine envoyés par les Allemands ou le bruit très léger des drones qu’on n’entend pas distinctement », explique le chercheur. Dans les sous-marins, des militaires appelés « oreilles d’or » analysent à l’oreille les bruits environnants, et parviennent même à identifier le type de submersible ennemi au nombre de rotations des pâles faisant avancer leur bâtiment. Un métier popularisé par le film Le Chant du loup d’Antonin Baudry qui a reçu en 2020 le César du meilleur son.

Des impacts psychologiques


À long terme, le bruit impacte les soldats et les populations à différents niveaux : physique mais aussi psychologique. « À titre personnel, chaque 14 juillet, les feux d’artifice me replongent dans les bombardements du Dombass, en Ukraine, et dans une atmosphère très sombre de bruits d’explosion », raconte Romain Huet. Les bombardements ou les rumeurs de combats peuvent donner lieu à des troubles du stress post-traumatiques. Une fois les armes déposées, comment réagir face à la voix de l’ennemi ? « En Syrie, un mur nous séparait des opposants. On a écouté leurs échanges. Entendre une voix rend la guerre concrète, l’ennemi est incarné, il est humain, comme moi… », conclut le chercheur.

Fabio Perruchet

1. Auteur de La guerre en tête, sur les fronts de la Syrie en Ukraine, publié aux Presses Universitaires de France en 2024 et co-fondateur du podcast Cracker l’époque : le podcast des imaginaires politiques.

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