L’écologie historique à la rescousse des falaises bretonnes

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N° 441 - Publié le 6 octobre 2026
© ERWAN GLEMAREC
Le pâturage de chevaux permet d'entretenir la lande et éviter qu'elle ne s'embroussaille.

La végétation des falaises de bord de mer découle d’influences climatiques, écologiques et humaines. Comment les conserver ? En déchiffrant d’abord leur passé. Combinant les disciplines, les chercheurs retracent le passionnant récit de nos sols.

Sur les flancs ou les sommets des falaises maritimes, le paysage semble forgé par le vent et les embruns. Mais la structure de la végétation est aussi le produit de l’intervention de l’être humain. Depuis 2025 et jusqu’en 2028, un projet de recherche-action réunit des disciplines variées pour comprendre son influence sur le paysage végétal de six sites bretons (Cap Fréhel, Ouessant, presqu’île de Crozon, Cap Sizun, Groix et Belle-Île-en-Mer), afin d’en améliorer la gestion et la conservation. Comment deviner l’existence d’arbres disparus ? Grâce à l’archéologie et la pédo-anthracologie, qui consiste à chercher des charbons de bois dans le sol. Et les anciennes cultures ? Les scientifiques étudient des archives et récoltent les témoignages de personnes âgées. Cette socio-histoire est complétée par un suivi à long terme de la végétation pour « établir des scénarios d’évolution du paysage dans un futur proche selon les actions passées et les mesures de gestion prises aujourd’hui », explique Erwan Glémarec, chercheur en aménagement de l’espace et urbanisme au laboratoire Géoarchitecture, à l’Université de Bretagne Occidentale (UBO), à Brest, et pilote du projet. 

Le bouleversement de l’électricité


Au siècle dernier, l’arrivée du tracteur, de la chimie et de l’électricité a chamboulé les manières de travailler des paysans, transformant le paysage. « On pouvait faire davantage de paille, donc plus besoin de faucher la lande pour la litière des animaux. Il y avait moins de chevaux donc on a arrêté de récolter des ajoncs pour les nourrir. Les clôtures électriques ont permis de garder les vaches au pré, les landes des falaises n’étaient plus pâturées », illustre Erwan Glémarec. Petit à petit, ces espaces se sont embroussaillés. « Or, si on ne fait rien, la lande rase à ajoncs et bruyères peut se transformer en fourrés de prunelliers. » Et cela n’est pas sans conséquences. 

Des questions concrètes 


Dans la réserve du Cap Sizun (Finistère), la continuité d’un pâturage par des moutons et des chevaux favorise une végétation rase, ce qui a consolidé le retour du Crave à bec rouge, un oiseau ne parvenant pas à se nourrir des insectes au sol lorsque la végétation est trop haute. « Notre travail consiste aussi à répondre aux questions concrètes des aires protégées partenaires : faut-il faucher ou non ? Comment limiter les fougères ? », explique le chercheur, qui remarque qu’il est souvent plus facile de convaincre les gens de protéger un paysage en reliant patrimoines naturel et culturel : « Si les citoyens perçoivent les végétaux comme un héritage des générations passées, ils se les approprient plus facilement. »

Violette Vauloup

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