Les femmes sont historiquement moins bien nourries
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Dans toute l'Europe, des chercheurs ont révélé l'existence d'inégalités alimentaires très anciennes et marquées par le genre.
12 281. C’est le nombre d’individus étudiés par une équipe internationale d’archéologues avant d’en venir à la conclusion que ces 10 000 dernières années, alors qu’aucune nécessité biologique ne l’oblige, les femmes de toutes les sociétés et de toute l’Europe ont eu des alimentations moins riches en protéines animales que les hommes.
Pour le savoir, les scientifiques ont étudié la prévalence des isotopes d’azote et de carbone conservés dans le collagène d’os humains issus de presque 700 sites, depuis la fin de la Préhistoire jusqu’au milieu du 19e siècle. Indiquant la consommation de protéines animales, de poisson ou de végétaux, ces atomes permettent de reconstituer le régime alimentaire des individus au cours des dix dernières années de leur vie.
Parus en avril dans la revue Pnas Nexus1, ces résultats ont été obtenus grâce à l’introduction d’un nouvel outil par Rozenn Colleter, chercheuse à l’Inrap2, à Cesson-Sévigné, et co-autrice de l’étude. « Chez les archéologues, il est habituel de détourner les outils d’autres disciplines pour notre usage, raconte la chercheuse. Je cherchais à mesurer les inégalités des sociétés anciennes. En regardant du côté des travaux économiques récents, j’ai trouvé l’indice interdécile, qui permet de mesurer les disparités de revenus entre les 10 % les plus pauvres et les 10 % les plus riches. »
Indicateur inédit
Cet outil statistique a permis aux archéologues de mesurer de manière robuste les inégalités alimentaires au sein de chaque groupe social donné, puis d’en retracer l’évolution au cours du temps. « Cela ne révolutionne rien en termes de connaissances purement archéologiques, explique Rozenn Colleter. Mais nous avons été très surpris par cette distribution genrée de l’alimentation, et ce, depuis la Préhistoire ! » Si les écarts varient en fonction des époques, les hommes sont systématiquement surreprésentés parmi les individus ayant le plus fort accès aux protéines animales, tandis que les femmes sont plus nombreuses dans les groupes les moins favorisés.
1. Revue scientifique de l’Académie des sciences des États-Unis. Les articles qui y sont publiés sont en accès libre.
2. Institut national de recherches archéologiques préventives.
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