Tout comprendre à l’éclipse solaire de l’été

Grand angle

N° 439 - Publié le 10 juin 2026
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Une éclipse solaire partielle sera observable le 12 août en France. Un phénomène exceptionnel, qui a façonné notre compréhension de la mécanique céleste.


Dans la soirée du 12 août, la Lune passera entre le Soleil et la Terre. Un événement rare. « La Lune va faire de l’ombre à la Terre sur une petite bande de moins de 200 km de large, explique Maxime Piquel, directeur scientifique du Planétarium de Bretagne, à Pleumeur-Bodou (Côtes-d’Armor). Seule une petite partie de la population du monde pourra observer une éclipse totale. » Ce sont ceux qui se trouvent sur le trajet de l’ombre de la Lune, qui partira de l’Islande pour traverser une partie de l’océan Atlantique et finira par une boucle entre La Corogne, au nord-ouest de l’Espagne, et les îles Baléares, dans la Méditerranée.

 

La forme d'un croissant

« En Bretagne, l’éclipse sera partielle, car la région n’est pas dans l’alignement entre le Soleil, la Lune et la Terre, poursuit-il. L’occultation du Soleil sera de l’ordre de 95,5 %. » Ces 4,5 % restant visibles vont changer l’expérience. « Au maximum de l’éclipse, nous verrons encore une petite partie de notre étoile sous la forme d’un croissant, précise Bruno Mauguin, responsable du Planétarium Hubert Reeves de l'Espace des sciences, à Rennes. La baisse de luminosité sera imperceptible à ceux qui n’y prêteront pas attention, car nos yeux vont la compenser. » Il faudra donc se mettre dans des conditions propices à l’observation pour profiter de cette éclipse.

« On a de la chance sur Terre, car dans le ciel, le diamètre de la Lune correspond presque exactement à celui du Soleil. C’est le hasard, souligne Stéphane Le Mouélic, ingénieur de recherche CNRS au Laboratoire de planétologie et géosciences, à Nantes Université. Sur Mars, on a pu observer des éclipses de Soleil grâce aux rovers1. Mais les lunes de Mars, Phobos et Déimos sont toutes petites, et ne masquent qu’une partie de l’étoile. » Ce spécialiste de la surface des planètes a été marqué par une éclipse totale à laquelle il a assisté en 1999, en Autriche : « Je me rappelle avoir vu l’ombre arriver de loin et entendu la clameur, l’émotion des gens, comme une vague. Puis lorsque le ciel s’est éteint, un silence est tombé : les oiseaux se sont arrêtés de chanter. Et le froid s’est fait sentir. C’était vraiment une ambiance étrange. »

Dès l’Antiquité, les humains ont appris à observer les éclipses pour mieux comprendre notre système solaire. « Les Grecs étaient déjà capables de prévoir leur date. Et au cours des siècles, elles ont permis d’affiner les équations de la mécanique céleste, raconte Bruno Mauguin. Désormais, les mouvements des planètes sont connus de manière très précise. Ce qui est devenu intéressant, c’est d’observer un éventuel petit retard ou une avance, à l’échelle des microsecondes. » Cela permet aux scientifiques de savoir que la Lune a accéléré ou ralenti sur sa trajectoire. Ou que la rotation de notre planète a été perturbée. « Il suffit pour cela d’un gros tremblement de terre », précise-t-il.

Lunettes indispensables


Certains chercheurs trouvent des conditions idéales pendant une éclipse solaire : ceux qui étudient, justement, le Soleil. « On peut alors voir la couronne solaire, ce flux de particules qui crée une lumière diffuse autour de notre étoile », explique Stéphane Le Mouélic. Les étoiles les plus proches du Soleil deviennent également visibles dans le ciel. « En 1919, une éclipse totale a été observée par des astronomes britanniques pour confirmer la théorie de la relativité générale d’Albert Einstein, qui prédisait qu’un corps massif, comme le Soleil, doit localement déformer l’espace-temps et donc légèrement dévier la lumière d’une étoile située derrière, sur son trajet vers la Terre », poursuit-il. Désormais, les télescopes sont équipés de coronographes, des instruments qui créent des éclipses artificielles en masquant le Soleil ou d’autres étoiles, et qui permettent d’étudier les planètes situées en dehors du Système solaire.

Le 12 août 2026, l’éclipse débutera autour de 19 h 20 et atteindra son maximum entre 20 h 15 et 20 h 20. « Le Soleil sera bas. Pour l’observer, il faudra s’installer dans un endroit où l’horizon est dégagé vers l’Ouest : sans bâtiments, sans arbres, sans nuages », conseille Bruno Mauguin. En bord de mer, par exemple, sauf si la brume marine s’invite. Le plus important est de s’équiper de lunettes spéciales, qui pourront arrêter les rayons du Soleil. Il ne faut jamais le regarder à l’œil nu, ou même à travers des jumelles : ses rayons vous brûleraient la rétine, créant des lésions irréversibles. « Privilégiez les lunettes en polymère noir, recommande Bruno Mauguin. Il en existe aussi en Mylar, une matière ressemblant à l’aluminium, mais elles sont plus fragiles, et les micro rayures sur les verres peuvent laisser passer des rayonnements. » Attention aussi, si vous prenez des photos, à équiper votre appareil d’un filtre solaire, pour ne pas abîmer la lentille. Bonne observation !

Élodie Papin

1. Engins d’exploration mobiles envoyés sur la Lune et Mars. Les rovers Curiosity et Perseverance sont toujours en service sur Mars.

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