Un cyclotron contre le cancer

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décembre 2008
Le cyclotron mesure 4m de diamètre. À l’intérieur, un aimant circulaire produit un champ magnétique qui fait tourner les particules et un champ électrique, qui accélère leur mouvement.
© Nathalie Blanc

Un cyclotron dédié à la recherche médicale et notamment à la lutte contre le cancer a été inauguré près de Nantes. Un outil unique au monde.

« C’est une machine nouvelle, qui n’a pas été choisie sur catalogue », explique Jacques Martino, directeur du laboratoire Subatech, spécialisé dans la physique des particules, l’un des pères fondateurs du cyclotron inauguré à Saint-Herblain (près de Nantes) par François Fillon, le 7 novembre dernier : Arronax(1) est le cyclotron le plus puissant (70 MeV(2) contre 30 MeV habituellement) jamais construit pour la recherche médicale et notamment la lutte contre le cancer. Il possède également une haute intensité, la possibilité d’accélérer des protons et des particules alpha, et six lignes de fabrication qui permettent de mener deux expériences d’irradiation en même temps.

Avec ces caractéristiques uniques au monde, le cyclotron pourra produire, pour la recherche, des radioéléments innovants, comme le gallium 68 ou le cuivre 64, qui permettront de détecter plus précocement des tumeurs. La fabrication de cuivre 67 et d’astate 211 est aussi très attendue pour réaliser des médicaments radioactifs capables de cibler puis de détruire des tumeurs cancéreuses diffuses. La moitié de l’activité d’Arronax sera réservée à la production industrielle. Il pourra ainsi produire en grande quantité des radioéléments utilisés pour le diagnostic et la thérapie en cancérologie et cardiologie (cuivre 64, rubidium 82), non disponibles actuellement. Pour Peter Ell, professeur de médecine nucléaire au collège universitaire de Londres, et utilisateur de ces radioéléments pour le diagnostic en cardiologie, « Arronax va changer les pratiques médicales et apporter beaucoup aux malades. Il permettra, par exemple, de réduire leur hospitalisation de six jours à quelques heures. »

Outre la recherche médicale, Arronax ouvre d’autres voies, telles que l’étude des dégâts causés par les radioéléments sur la matière, pour comprendre le mécanisme de destruction cellulaire, ou encore la radiolyse de l’eau impliquée dans le recyclage des déchets nucléaires. Le cyclotron ligérien va également devenir un centre important pour la formation et l’enseignement.

La complémentarité des compétences dans les domaines de la médecine et de la physique nucléaires à Nantes fait que la Région Pays de la Loire est le berceau de ce grand équipement de recherche (environ 37 ME). Mais le cyclotron constitue bien sûr un outil de choix pour toutes les équipes de recherche réunies dans le cadre du Cancéropôle du grand Ouest, dont la Bretagne fait partie.

Les particules sortent ensuite par un des bras pour percuter une cible en produisant des éléments radioactifs
© IBA-Ion Beam Applications

Un Américain nous l’envie

Après la phase de tests, qui se terminera en février, et six mois de prise en main, les premiers radioéléments devraient être produits en septembre 2009. Tout le monde les attend impatiemment. Y compris Robert Atcher, professeur de radiopharmacie et président de la société américaine de médecine nucléaire, qui a suivi de près la construction d’Arronax et viendra bientôt l’utiliser !

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Nathalie Blanc

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