Portraits

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Christiane Guillouzo
63 ans

Directrice d’une unité Inserm de recherche sur le foie

Interrogée par Nathalie Blanc dans son laboratoire rennais, où ont été mises au point les premières cultures de cellules hépatiques humaines.

L’ordre dans la nature est relatif. Ce sont souvent les chocs, les dysfonctionnements qui la font évoluer.

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Qu’auriez-vous fait si vous n’aviez pas été chercheur ?

De l’enseignement, probablement. Mes premières années de laboratoire étaient orientées vers la préparation de l’agrégation.
Je me voyais dans le domaine de l’écobiologie : l’étude des plantes, des animaux... Ma carrière à l’Inserm(1), dans un laboratoire de recherche médicale, est vraiment fortuite.

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Aujourd’hui, qu’avez-vous trouvé ?

L’énergie et la volonté de faire évoluer le fonctionnement d’une unité de recherche de la fonction publique, qui, maintenant, ressemble plus à une entreprise. C’est dans l’air du temps : les organismes de recherche et même les universités reçoivent de moins en moins d’argent récurrent de l’État. Ils doivent trouver eux-mêmes leurs financements et fournir ensuite des bilans financiers, des coûts de personnel et d’équipement, que l’on ne demandait pas avant.

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Le hasard vous a-t-il déjà aidé ?

Oui, énormément ! Le fait le plus marquant est celui qui a débouché sur la mise au point d’un système de coculture permettant à des cellules de foie de fonctionner longtemps et très bien en milieu artificiel. Cela a alimenté 15 ans de recherche et a été un tournant dans ma carrière. L’autre exemple ne date que de quelques mois. En travaillant à réaliser des biomarqueurs pour des puces à cellules, nous avons introduit fortuitement une anomalie dans un gène encore mal connu du génome humain, qui nous fait découvrir aujourd’hui qu’il peut faire basculer les cellules de la prolifération active vers le vieillissement. Cela ouvre un champ passionnant de recherche, y compris pour la lutte contre le cancer.

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Qu’avez-vous perdu ?

Pas mon optimisme ni ma passion ! Mais peut-être l’illusion que la passion de la recherche se transmet facilement.

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Que faudrait-il mieux ne pas trouver ?

La façon de manipuler sans contrôle les gènes et en particulier ceux qui sont liés au vieillissement.

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Quelle est la découverte qui changerait votre vie ?

Toutes celles liées aux maladies. Il y a vingt ans, quand on a découvert les oncogènes (NDLR : catégorie de gènes associés aux pathologies cancéreuses), on pensait avoir résolu le problème du cancer.
Or on en est loin...

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Qu’est-ce qui vous ferait douter de la rationalité ?

Je pense que le fonctionnement et l’évolution de l’humanité ne sont pas rationnels. L’ordre dans la nature est relatif. Ce sont souvent les chocs, les dysfonctionnements qui la font évoluer.

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