une médecine nomade

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mai 2009
PATRIMOINE
Cours de physiologie du professeur Charles Lefeuvre, dispensés boulevard Laennec.
© DR

Avant de devenir un modèle pour les écoles de France, la médecine rennaise occupe divers lieux insolites de la ville...

“Arrêt Pontchaillou, accès CHU, centre Eugène-Marquis”. Avant de devenir un lieu emblématique et une station de métro, la médecine rennaise a fait du chemin. Les espaces d’enseignement et de pratique n’ont été réunis au milieu des champs de Villejean qu’en 1968, après avoir occupé des lieux variés, parfois surprenants et pas toujours adaptés...

 
Dans une tour désaffectée

Bien que la communauté des chirurgiens de Rennes remonte à la fin du 15e siècle et que les statuts du collège des médecins aient été promulgués en 1667, il faut attendre 1738 pour voir la création de l’École de chirurgie. Les États de Bretagne accordent à la communauté des chirurgiens une tour désaffectée des remparts, la Tour Le Bât (au sud de l’actuelle rue des Fossés), pour y aménager une école “chirurgique”. Professeurs et étudiants se plaignent d’avoir à gravir 146marches pour arriver au 4e étage, dans une salle de sept mètres de diamètre. 
Elleviou, chirurgien en chef de l’hôpital des Carmes, dissèque dans un réduit de cet hôpital. Rapatel, chirurgien en chef de l’hôpital Saint-Yves, enseigne dans un local situé aux “Champs Elizés”, ou Mail, et il fait opérer les élèves devant lui, dès 1770. D’autres, comme Blin et Maugé, enseignent chez eux. 
 
L’anatomie en plein vent
 
Quand le décret du 18 août 1792 supprime les universités, facultés et sociétés savantes à l’exception de trois Écoles de santé à Paris, Montpellier et Strasbourg, François-Louis Duval prend l’initiative avec Danthon, Loisel, Noblet, Petel et Tual de fonder, à Rennes, la Société libre d’instruction médicale, le 6 novembre 1800. Cette société devient, en 1803, École départementale et, en 1820, École secondaire de médecine. Malgré son succès dans la première moitié du 19e siècle, elle manque cruellement de locaux. De 1803 à 1810, l’administration des hospices héberge les enseignements cliniques dans un bâtiment dépendant de l’ancien couvent Saint-Yves, alors que les cours d’anatomie sont regroupés dans les vieux bâtiments de l’école de droit, actuelle rue Toullier, avant d’émigrer dans la tour sud de l’ancienne cathédrale Saint-Pierre. « C’est là cependant, à une hauteur où l’on ne parvenait qu’après avoir franchi plus de cent marches d’un escalier obscur, dans de grandes salles délabrées, exposées à la fureur des vents, que l’on enseigna, jusqu’en 1813, l’anatomie, cette base fondamentale des études médicales. »
La cathédrale devant être rendue au culte, un nouveau déménagement est organisé pour un autre endroit, qui ne fait guère plus le bonheur de François-Louis Duval : « Mais il restait encore une ruine d’un aspect plus humble dont l’École de médecine n’avait pas encore pris possession, c’était l’ossuaire de l’ancien cimetière de l’église Saint-Étienne ! » L’enseignement général de la médecine n’était pas mieux loti. Il était dispensé à l’angle de la rue des Dames et de la rue du Port-Saint-Yves (rue Le Bouteiller), dans la petite chapelle de l’Ecce Homo, « l’amphithéâtre le plus incommode que l’on puisse rencontrer à cause du mouvement incessant des charrettes qui desservaient le port et dont le bruit couvrait à tout instant la voix du professeur », se plaint Pairier dans une lettre au maire le 12 janvier 1824. 
 
Façade de l’École de médecine au début du 20e siècle, rue Dupont-des-Loges. Chaque enseignement y a son bâtiment séparé.
© Bibliothèque de Rennes Métropole - Ms807
 
Les dissections à l’ossuaire
 
En 1852, l’École secondaire de médecine occupe enfin des locaux neufs au Palais universitaire quai Zola, aux côtés des trois facultés, des musées municipaux et des bureaux de l’académie. Les dissections se poursuivent encore à l’ossuaire jusqu’en 1871, avant d’être transférées boulevard Laennec. La construction de l’Hôtel-Dieu est réalisée entre 1855 et 1858 sur les plans de l’architecte rennais Aristide Tourneux. Premier établissement hospitalier construit à Rennes au 19e siècle, il remplace le vieil hôpital Saint-Yves et témoigne d’une conception hygiéniste de l’espace de soins. De nouvelles améliorations marquent la fin du 19e siècle : création d’une clinique d’accouchements (1867) ; fondation d’un service d’électrothérapie par le docteur Deschamps (1894) ; construction d’un pavillon d’ophtalmologie (1896) ; ouverture d’un institut de bactériologie et d’une clinique des maladies de la peau par le docteur Bodin (1897) ; aménagement d’une nouvelle maternité (1897) ; construction des nouvelles salles de chirurgie “Pasteur” et “Alphonse-Guérin” où sont appliqués avec rigueur les principes d’asepsie (1908). 
 
Jusqu’en 1813, les cadavres servant aux dissections étaient montés par l’escalier à vis ne mesurant que 70cm de large, jusqu’au 2e niveau de la tour sud (à droite) de la cathédrale Saint-Pierre.
© Nathalie Blanc
 
Une école modèle
 
Au début du 20e, la municipalité entreprend la construction d’une nouvelle école de médecine sur les terrains de la Barbotière, entre la rue Dupont-des-Loges, le boulevard Laennec et la Vilaine, où chaque enseignement a son pavillon séparé. Ces locaux sont inaugurés en 1911 par le ministre de l’Instruction publique qui les propose comme modèle à toutes les écoles de France ! Ce modèle perdurera jusque dans les années 60, au moment où le nombre croissant des étudiants et le développement de la recherche nécessitent le rapprochement des lieux d’enseignement avec le centre hospitalier de Pontchaillou. Le chantier est inauguré le 28 septembre1964 et c’est au milieu des mouvements de mai 1968 que la faculté mixte de médecine et de pharmacie s’installe dans les nouveaux bâtiments de Villejean.
 
Sur ce dessin (Hyacinthe Lorette, 1841), on distingue la chapelle (à gauche) et l’hôpital Saint-Yves.
© Bibliothèque de Rennes Métropole - 433Rés.
 
 

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Jos Pennec/Nathalie Blanc

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