La mer à l’assaut du cancer

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février 2010
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LAURÉAT : Karima Bettayeb. Après des études de biochimie à Jussieu et un DEA en chimie appliquée à la santé dans un laboratoire rennais, elle a soutenu sa thèse en mars 2008 à la Station biologique de Roscoff. Elle est actuellement en postdoctorat à l’université Rockefeller à New York. INTITULÉ DE LA THÈSE : Optimisation et caractérisation de nouveaux inhibiteurs pharmacologiques de kinases cyclines-dépendantes (CDKs).

Ses travaux sur la mort cellulaire cible le traitement de cancers. En s’inspirant de molécules d’origine naturelle.

Elle surfe sur la vague de la roscovitine. Encadrée pour sa thèse par Laurent Meijer, le découvreur de cette molécule, actuellement en phase d’essai clinique contre le cancer sur poumon et du pharynx, Karima Bettayeb est ultramotivée. « Je voulais absolument appliquer mes connaissances en biochimie au domaine de la santé, affirme-t-elle. C’est la raison pour laquelle je suis venue en Bretagne. » Et les idées ne manquent pas sur ce thème, à la Station biologique de Roscoff. L’équipe de Laurent Meijer(1) s’inspire de molécules naturelles (plantes, éponges, ascidies...) pour trouver des candidates capables de stopper la prolifération cellulaire ou alors d’induire la mort des cellules. Dans le cas de proliférations dues au cancer. Et c’est là tout le problème : toutes les cellules ne sont pas visées. Le produit doit être efficace contre les cellules cancéreuses mais pas toxique pour le patient. « C’est pourquoi nous recherchons des inhibiteurs plus sélectifs et plus efficaces. En nous inspirant de la roscovitine, qui a ouvert une voie extraordinaire », explique-t-elle.

Pour sa thèse, Karima Bettayeb a adopté plusieurs stratégies : elle est partie de la roscovitine, la molécule “maison”, mais aussi d’autres familles de molécules connues dans la littérature scientifique. Elle s’est ensuite appuyée sur des chimistes pour obtenir des composés, améliorer et affiner leur réactivité.

Karima Bettayeb applique aujourd’hui ses méthodes de travail à New York, dans le laboratoire de Paul Greengard, Prix Nobel en 2000
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Roscovitine 2e génération

Le criblage des dérivés de la roscovitine s’est déroulé en étroite collaboration avec un laboratoire de chimie, à Paris. « Mes confrères synthétisaient des molécules en faisant varier certains groupements chimiques et à Roscoff, je les testais sur des enzymes purifiées et des cellules représentatives de différents types de cancers. Ce travail en interaction constante m’a beaucoup plu. » Pour ses travaux sur la deuxième famille de molécules, les indirubines, Karima Bettayeb a travaillé avec un laboratoire grec. Le résultat de cette collaboration est la synthèse d’une molécule qui induit une mort cellulaire particulière, différente du mécanisme d’apoptose. « Elle s’avère donc intéressante pour les cancers qui présentent des résistances à l’apoptose. » Pour sa troisième phase de recherche, Karima Bettayeb s’est appuyée sur deux familles de molécules (les méridianines et les variolines) dont l’une est déjà exploitée en phase clinique par une société espagnole, PharmaMar. « Nous avons eu l’idée de créer une structure hybride entre les deux, les mériolines .» Et cela a fonctionné : cette famille de molécules, synthétisées par un groupe de chimistes de Lyon, s’est révélée avoir un effet particulièrement efficace sur deux kinases (CDK2 et CDK9) très importantes dans les mécanismes de mort cellulaire.

Trois brevets et douze publications

Les travaux de thèse de Karima Bettayeb ont déjà débouché sur le dépôt de trois brevets (deux sur les roscovitines de deuxième génération et un sur les dérivés d’indirubine) et la parution de douze publications. « Il devrait y en avoir 17 au total. C’est toujours frustrant d’arrêter au bout de trois ans et demi de thèse. Mais les travaux continuent au laboratoire. » La jeune chercheuse applique aujourd’hui ses méthodes de travail à d’autres maladies dans le laboratoire de neurosciences de l’Université Rockefeller (New York), dirigé par Paul Greengard, lauréat du Prix Nobel de physiologie et médecine en 2000.

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Nathalie Blanc

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