Surveillant de la qualité

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avril 2010
Le spectromètre à laser mis au point par les chercheurs a permis de caractériser 400 échantillons de porcs élevés à l’Inra, avec succès. Il est actuellement comparé aux techniques de spectrographie industrielle.
© Ifip

Le laser sert à mesurer les qualités nutritionnelles et sanitaires de la viande de porc. Des essais sont en cours.

Jusqu’à présent, il fallait vingt-quatre heures pour comptabiliser les bactéries sur une carcasse de porc. Ce temps pourra être réduit à trente minutes grâce à une technique de marquage des bactéries mise au point à l’Afssa, associée à un système de lecture laser développé par Jean-Marc Goujon à l’Enssat(1). Avec son équipe, il a mis au point une technique simplifiée de microscopie de fluorescence permettant de réduire le temps nécessaire pour compter les bactéries.

La fluorescence est la propriété que possèdent certains corps d’émettre de la lumière après avoir absorbé des photons issus d’une source d’énergie. « Nous utilisons un laser bleu, tel que ceux conçus par la société Oxxius (lire ci-contre), beaucoup moins volumineux que les lasers à gaz argon habituellement utilisés pour exciter la fluorescence », explique Jean-Marc Goujon. La lumière émise par les bactéries de l’échantillon est récupérée à l’aide d’un collecteur de fibres optiques développé avec la société Idil(2) et analysée en un temps moyen de quinze minutes. On peut ainsi déterminer avec précision la qualité sanitaire des porcs.

Breveté en janvier 2009

Ce travail de recherche a été mené en collaboration avec l’Afssa (Agence française de sécurité sanitaire des aliments) du Zoopôle de Ploufragan de 2006 à 2008, et a débouché sur le dépôt d’un brevet en janvier 2009. « Nous sommes désormais dans une deuxième phase applicative pour le marché de l’agroalimentaire. Nous avons identifié un partenaire industriel intéressé par l’utilisation de notre prototype », précise le chercheur. Le prix de 10 à 15 000 € serait pourtant très inférieur à celui des appareils actuels, utilisés par l’industrie pharmaceutique.

Ces salmonelles ont été fixées sur une lame puis marquées avec un fluorophore (alexa 488) avant d’être observées en microscopie defluorescence (grossissement X100).
© Afssa

Oméga-6 ou oméga-3 ?

Mais les lasers peuvent encore faire mieux : avec l’entreprise Valorex, l’Inra de Rennes, l’Université de Bretagne sud et l’Institut du porc (Ifip), l’équipe de Jean-Marc Goujon est parvenue à déterminer la qualité nutritionnelle des porcs grâce à un spectromètre à laser. « Nous pouvons caractériser finement les teneurs en acides gras, omégas-3 et -6, d’un animal pour certifier rapidement sa filière : alimentation et type d’élevage. Ce projet a débuté en septembre 2009. Il devrait être bouclé début 2011. » Plusieurs campagnes de mesures ont été menées avec succès sur 400 échantillons de porcs élevés à l’Inra. Elles ont permis de comparer les différentes sources techniques de spectrographie industrielle. Les résultats seront bientôt croisés avec ceux de l’Inra, obtenus avec les spectromètres utilisés en laboratoire. « L’appareil définitif permettrait aux industriels français de “trier” rapidement les porcs selon leurs conditions d’élevage et le cahier des charges de certification. » Une technologie inédite dans l’agroalimentaire, qui donnerait à ses utilisateurs un avantage concurrentiel. 

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Raphaël Baldos

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