Ringarde la Bretonne pie noir ?

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juillet 2010
À peine 1,20m au garrot, la vache bretonne pie noir est la plus petite des races bovines françaises. Elle vêle sans l’aide de l’éleveur et peut vivre très longtemps.
© Arnaud Guérin – Lithosphère

Après s’être fait voler la vedette par la “reine” des laitières, la vache pie noir revient sur le devant de la scène.

Après la guerre, le monde agricole n’a eu d’yeux que pour la prim’Holstein. Une vache capable de “pisser” 6500 litres de lait par an. La vache bretonne pie noir, qui, depuis toujours, avait fait le bonheur des fermiers bretons, était devenue ringarde avec ses 3500 litres. Elle donnait pourtant du lait riche en matières grasses et en protéines, sa viande était délicieuse, sa rusticité adaptée aux sols granitiques d’Armorique, et le vêlage facile.

Mais dans  un contexte de relance économique, la  broutarde hollandaise avait tout  pour séduire : il fallait produire. La pie noir, délaissée, a bien failli disparaître. Le cheptel est passé de 500000 têtes en 1885, à 300 femelles en 1976. Les derniers éleveurs ont alors réagi, en lançant un plan de sauvegarde.

« L’objectif est d’augmenter l’effectif et de limiter la consanguinité, en conservant le maximum de diversité génétique. Car moins les populations sont sélectionnées, moins elles perdent en qualité et plus elles sont fécondes », explique Cédric Briand, président de l’Union bretonne pie noir (UBPN). Grâce à un langage mathématique spécifique inventé par Jean-Jacques Colleau, de l’Inra, l’UBPN parvient chaque année à accoupler des taureaux et des vaches aux patrimoines génétiques très éloignés. Résultat : très peu de mortalité et un effectif reparti à la hausse, avec environ 1500 naissances par an.

Promouvoir la race

Les éleveurs de prim’Holstein, confrontés à une inquiétante infertilité due à une très forte consanguinité, s’intéressent à cette méthode. La partie est-elle gagnée ? « Nous sommes désormais dans une démarche de promotion de la race, répond Cédric Briand. L’idée n’est pas d’augmenter les ventes de produits laitiers mais de les valoriser dans les circuits courts et de donner envie à des paysans de nous rejoindre. » L’UBPN a ainsi relancé le Gwell, un dessert à base de gros-lait fermenté. Elle vient aussi de s’engager comme “sentinelle” aux côtés de l’association internationale Slow Food. Objectif ? Favoriser le développement de la bretonne pie noir au même titre que le riz des montagnes de Malaisie ou les haricots noirs basques !

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Raphaël Baldos

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