Quand la science embarque

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octobre 2010
À l’occasion de sa descente entre La Rochelle et Ushuaia (Argentine) en septembre dernier, le voilier de croisières Podorange a embarqué quatre bouées de l’Ifremer à lâcher au niveau de l’Équateur.
© DR

Les navigateurs  assistent les chercheurs : ils se mettent à embarquer des outils de mesure de la qualité de l’eau.

Cela commence par une histoire d’hommes. Quand le navigateur Bernard Stamm décide d’inviter la science à bord de son bateau pour sa prochaine course en 2012. Un ami lui présente Éric Hussenot qui réunit des scientifiques de la région. « Nous avons décidé de travailler sur le premier mètre de la couche d’eau très riche en plancton », explique le directeur d’Océanopolis, à Brest. Depuis, les esprits phosphorent. « Comment récolter et analyser les échantillons sur un bateau comme celui-là, sans microscope ! Et sans  que cela soit une trop  grosse contrainte pour le navigateur », se demande Pierre Mollo, spécialiste du plancton(1). « Nous avons montré au chantier naval suisse qui construit le bateau ce qu’il est possible de faire pour mesurer la salinité et la température de l’eau. Mais ce sont eux qui, au final, choisiront le matériel qui  convient le mieux », explique Fabienne Gaillard, du laboratoire de physique des océans de l’Ifremer de Brest. Car « l’objectif de Bernard Stamm est avant tout de gagner la course ! », reprend Éric Hussenot.

Tous dans le même bateau

Depuis 2005, l’Ifremer est associé à un autre projet de course nautique, avec une problématique différente : la société SaillingOne prépare une course de monotypes – dans laquelle tous les concurrents ont le même bateau – et a prévu d’y intégrer des capteurs pour sensibiliser les navigateurs au réchauffement climatique. « Comme tous les concurrents sont sur un pied d’égalité, on est moins limité par l’encombrement et le poids du matériel, précise Fabienne Gaillard. Nous avons adapté un outil existant, qui pèse quand même une quinzaine de kilos, pour effectuer des mesures de température, salinité et pression de CO2. Les tests sur le premier bateau construit ont eu lieu en décembre 2009. »

Les plaisanciers aussi

Les chercheurs ont déjà l’habitude d’embarquer du matériel sur des bateaux de pêche, des navires de commerce ou des ferries(2). Mais ceux-ci restent près des côtes ou effectuent des trajets fixes. L’intérêt des voiliers est qu’ils sillonnent les mers du monde entier. « Je suis convaincue de leur rôle, poursuit Fabienne Gaillard. Ils peuvent rapporter une quantité de données très variées. Et aussi nous aider à étalonner les satellites qui mesurent la température et même, depuis peu, la salinité de l’eau en surface(3). Par ailleurs, un projet comme celui  de Bernard Stamm, où les contraintes sont fortes, peut déboucher sur  des innovations techniques. »

Les professionnels des courses au large ne sont pas les seuls à participer : l’Ifremer reçoit en ce moment des collectes réalisées par Podorange, un voilier qui effectue des croisières autour du Cap Horn, dans les canaux de Patagonie et en péninsule Antarctique, et par le navigateur Philippe Poupon qui réalise actuellement un tour du monde avec sa famille. Le problème consiste aujourd’hui à identifier les bateaux les plus pertinents. Car les bénévoles se donnent le mot, grâce à Radio-Pontons ! L’Ifremer a ouvert une liste d’attente.

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Nathalie Blanc

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