Zone euro : l'étude du fonctionnement idéal

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décembre 2011
© DANIEL ROLAND - AFP
Le siège de la banque centrale européenne, à Francfort-sur-le-Main, en Allemagne.

En théorie, les unions monétaires peuvent atteindre un fonctionnement idéal. La zone euro gagnerait à s’en approcher !

La crise actuelle en est une preuve : la zone euro n’a pas encore atteint la perfection, économiquement parlant. Mais en sommes-nous loin ? Dans les années 70, la théorie des zones monétaires optimales fixait le périmètre convenable d’une union monétaire et les critères que cette dernière devait respecter afin de s’approcher au plus près d’un fonctionnement idéal : les pays commercent-ils beaucoup entre eux ? La main-d’œuvre est-elle mobile ? Remarque-t-on beaucoup d’asymétries - d’écarts de taux d’inflation, de chômage... - entre les pays... ? C’est en reprenant et en retravaillant ces critères qu’Aurélien Eyquem a déterminé combien la zone euro perdait à ne pas atteindre cette perfection.

Atteindre un fonctionnement idéal

« La perfection correspond à une situation d’équilibre, où les avantages à être en union monétaire, notamment la suppression des coûts de change, ou encore l’établissement d’une paix durable, compensent l’impossibilité pour les États d’éviter les asymétries en jouant sur les taux de change justement. » Cet équilibre hypothétique peut se comparer à la situation actuelle, en évaluant « les gains qu’un fonctionnement idéal représente en pourcentage de la consommation actuelle des ménages. »

La Grèce déjà exclue

L’économiste a travaillé sur un modèle informatique construit de ses mains (ou plutôt de ses neurones), reproduisant au plus près le fonctionnement de la zone euro, qui comptait treize pays lors de sa thèse, dont un qu’il ne prend pas en compte. « Les données concernant la Grèce étaient déjà connues pour ne pas être fiables, il était de notoriété publique qu’elle avait triché pour pouvoir adopter la monnaie unique. » Sa modélisation fait intervenir tous les secteurs : « le travail, les biens et services, mais aussi la monnaie, les finances... En considérant des “moyennes” à l’échelle des États, des sous-ensembles, et

non des données individuelles, pour éviter d’avoir un nombre ingérable d’équations ! » Équations qu’il alimente avec des données publiques : PIB, heures travaillées, prix à la consommation, taux de chômage ou encore taux d’intérêt de la banque centrale européenne.

1% d’augmentation

Grâce à ce “clone” informatique de notre union monétaire, Aurélien Eyquem a pu déterminer qu’en atteignant la situation idéale, la zone euro pourrait gagner l’équivalent d’une augmentation permanente de 0,6 à 1% de la consommation actuelle des ménages. Soit augmenter le revenu de chaque Européen de 70€ par trimestre en moyenne. C’est loin de la cagnotte du loto mais multiplié par 322 millions d’habitants... « Cela représente plus de 20 milliards d’euros par trimestre. C’est l’équivalent du budget de l’Union européenne au complet. Nous sommes donc loin du but ! »

Changer les institutions

S’en rapprocher demande de changer les choix politiques. « Il faudrait une coordination des politiques économiques et fiscales afin de réduire les écarts, les asymétries afin d’en limiter les coûts. Cela impliquerait un gouvernement économique au-dessus des gouvernements étatiques, comme c’est le cas aux États-Unis ou au Canada, autres exemples d’unions monétaires. C’est difficilement envisageable à l’heure actuelle. Bien que les États soient conscients de ce besoin de coordination accrue, le transfert de souveraineté politique que cela implique est un obstacle difficile à franchir, pour les dirigeants comme pour les peuples. » L’idée commence pourtant à se faire de plus en plus présente dans les laboratoires de recherche. Mais il lui faudra encore du temps avant de devenir consensuelle et de parvenir à l’oreille des décideurs. Aurélien Eyquem, lui, est parti poursuivre d’autres travaux à l’École normale supérieure de Lyon.

Aurélien Eyquem : 1er prix – Identités, patrimoine, lien social, gouvernance

Portrait de Aurélien EyquemAprès des études à l’ENS Cachan, à Paris, il a passé une année à l’ENS Cachan - Bretagne afin de préparer l’agrégation d’économie et de gestion, au cours de laquelle il a rencontré son directeur de thèse. Reparti à l’Université de Paris1 pour effectuer un DEA, il est revenu mener à bien sa thèse à l’Université de Rennes1 dans l’équipe Macroéconomie et finance du Centre de recherche en économie et management. Il est aujourd’hui maître de conférences à l’École normale supérieure de Lyon.

Thèse : Asymétries, ajustements conjoncturels et persistance d’hétérogénéités au sein de l’Union économique et monétaire.

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Céline Duguey

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