Les plus beaux genoux de l’ouest

Un chirurgien rennais a mis au point un mode opératoire unique qui combine précision du geste et confort du patient.

Désormais, le chirurgien n’est plus le seul maître à bord. Certains le déplorent, mais Jean-Pierre Canciani, lui, s’en félicite. Ce chirurgien orthopédiste, pratique depuis un an un nouveau type d’opération du genou à la clinique du groupe Vivalto à Saint-Grégoire, au nord de Rennes. Avant d’opérer, il travaille en étroite collaboration avec un radiologue et un ingénieur afin d’adapter le plus finement possible la prothèse au patient pour le traitement de l’arthrose du genou. Jean-Pierre Canciani a travaillé avec le laboratoire d’anatomie de Genève pendant toute une année, en 2009, pour mettre au point le protocole.

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mars 2012

Du sur-mesure !

Une image en trois dimensions du genou est d’abord reconstituée à partir des clichés issus d’un scanner (ou d’un IRM). Elle permet au chirurgien de déterminer plusieurs éléments géométriques comme l’orientation et la taille des coupes à effectuer sur l’os avant d’y apposer la prothèse. « Après cette phase de planification préopératoire, nous lançons la réalisation d’un moulage en résine du genou du patient et des guides de coupes sur lesquels je vais m’appuyer pendant l’opération, explique Jean-Pierre Canciani. Cette approche permet vraiment de travailler sur mesure alors qu’avant on faisait du prêt-à-porter ! »

Moins traumatisant pour le patient

La technique en elle-même n’est pas nouvelle. Ce qui fait l’originalité du centre de Saint-Grégoire, c’est qu’elle est appliquée dans le cadre d’une chirurgie mini-invasive, c’est-à-dire qu’une ouverture moins grande est pratiquée sur le patient (une douzaine de centimètres contre trente dans le cas normal). « La chirurgie mini-invasive est née en 2002 aux États-Unis et je la pratique à la clinique depuis 2004, poursuit le chirurgien. Elle permet de ne pas couper le muscle, ce qui est beaucoup moins traumatisant pour le patient. Aussi, quand j’ai commencé à m’intéresser à la planification préopératoire, il m’a paru inconcevable de ne pas continuer dans ce sens. Par contre, le fait de moins ouvrir rend les choses moins accessibles ce qui est un vrai casse-tête quand il s’agit d’introduire les guides de coupe. J’ai beaucoup travaillé sur ce point avec l’entreprise suisse qui les fabrique. Elle a accepté de prendre en compte cette contrainte. »

C’est la chirurgie du futur

Cette nouvelle façon de travailler engendre des surcoûts (le scanner, la fabrication des moulages en résine), que la clinique de Saint-Grégoire prend en charge pour 10 à 15% des opérations du genou. Soixante patients en ont ainsi bénéficié en 2011. Jean-Pierre Canciani se lance maintenant dans l’évaluation économique globale, car grâce aux guides de coupe le chirurgien utilise moins de matériel chirurgical qu’avant et l’opération dure moins longtemps. Plus difficile à calculer : la meilleure qualité de pose de la prothèse. « C’est comme cela que j’imagine la chirurgie du futur : avec plus de confort pour le patient. Et je suis convaincu de l’apport des nouvelles technologies telles que l’imagerie quand elle est utilisée non pas comme une simple image mais comme un véritable outil thérapeutique. » Il faudra cependant attendre une dizaine d’années pour que 100% des patients puissent être opérés dans ces conditions.

Internet au service de la formation des chirurgiens

Le 26 novembre 2011, le chirurgien Jean-Pierre Canciani est au bloc pour poser une prothèse de genou selon un nouveau mode opératoire. Une opération de routine ? Pas tout à fait. Ce jour-là, toute la scène est filmée et retransmise en direct sur Internet. « La date de cet événement avait été fixée huit mois à l’avance. Je m’y étais préparé, explique le chirurgien. J’avais entièrement décomposé l’opération dans ma tête, pour que tout soit fluide et impeccable. Ce qui a donné la preuve qu’elle était reproductible et donc viable. »

Le groupe Vivalto santé formation recherche (VSFR) mise fortement sur ce nouveau mode de formation qui permet de partager les techniques les plus innovantes avec des étudiants et des praticiens dans le monde entier.

L’opération du genou de Jean-Pierre Canciani faisait suite à celle effectuée le 8 octobre 2011 dans les mêmes conditions par son collègue Philippe Collin(1), sur une chirurgie de réparation de l’épaule. Une troisième concernant la chirurgie de l’obésité est normalement prévue en septembre prochain.

 

 

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Nathalie Blanc

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