Anticiper la montée des eaux

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mai 2012
Espace naturel, chantier ostréicole, port du centre-ville (ici celui de Vannes)... ; les projections d'adaptation au changement climatique ont été réalisées pour différents types de lieux et d'usages.
© D.LÉDAN-SIAGM

Le golfe du Morbihan a été le théâtre d’une étude sur l’adaptation de l’urbanisme au changement climatique.

S’adapter est devenu le maître mot pour faire face au changement climatique désormais avéré. Il faut commencer à agir maintenant pour anticiper un changement qui va s’étaler sur le long terme, et qu’on ne cerne pas très bien. C’est toute la difficulté : « les gestionnaires de territoires ont du mal à agir en situation d’incertitude », rapporte Manuelle Philippe, économiste, qui a coordonné la partie française du projet européen Imcore sur l’adaptation des espaces littoraux de l’Europe du Nord-Ouest au changement climatique.

Mis en œuvre dans huit nations(1) en 2008 et terminé en avril dernier, le projet était bâti sur un concept original : il a été mené par neuf tandems associant à chaque fois des chercheurs avec une collectivité territoriale. En France, c’est le laboratoire brestois Amure d’économie et de droit appliqués à la mer qui a piloté le projet avec le Syndicat intercommunal d’aménagement du golfe du Morbihan (SIAGM). Ce territoire ayant été choisi pour la diversité et la concentration de ses activités économiques et de loisir, et de ses sites naturels et patrimoniaux remarquables. « Travailler en direct avec les gestionnaires rend la recherche plus efficace, poursuit Manuelle Philippe. Surtout que le SIAGM a une longue expérience de la concertation. »

Décortiquer un phénomène complexe

Les premiers entretiens menés avec des spécialistes : ichtyologues pour la répartition des poissons, géologues et géomorphologues pour les caractéristiques du trait de côte..., d’une part, et avec les acteurs locaux, élus et techniciens, d’autre part, ont permis de déterminer les enjeux du changement climatique sur le territoire du golfe. Une enquête a même été menée auprès de 1062 habitants. Après ce premier tour, une thématique : l’urbanisme a été choisie, puis une deuxième série d’ateliers a été organisée pour imaginer l’avenir du territoire, selon trois scénarios prospectifs : on abandonne les espaces côtiers ce qui se traduit par un recul de l’habitat ; on ne fait rien d’abord, puis on s’adapte ; on maintient coûte que coûte l’urbanisme sur la côte. « Ces exercices ont permis aux gestionnaires de décortiquer ce phénomène qui est très complexe et aussi de se projeter, de mettre des mots et du sens pour leur permettre de prendre leurs décisions », poursuit Manuelle Philippe. Toutes ces réflexions ont été traduites sous forme de fiches correspondant à un type d’espace ou d’usage : centre-ville, port, chantier ostréicole, espace naturel..., dans lesquelles les trois scénarios sont déclinés. Le tout forme un arbre stratégique bientôt disponible librement en ligne sur le site du SIAGM.

« En 2007, lorsque nous avons commencé, nous n’avions pas beaucoup d’échos, se rappelle Manuelle Philippe. Mais les choses évoluent. Les derniers événements exceptionnels comme la tempête de février 2010 ont montré la vulnérabilité du territoire et marqué les esprits. Bilan : le colloque de restitution des résultats a rassemblé plus de 220 personnes en septembre 2011 et d’autres régions, intéressées par la démarche, nous contactent ! » Le projet Imcore est officiellement terminé mais les travaux continuent autour du golfe.

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Nathalie Blanc

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