Fin des quotas : le lait tourne

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mars 2015
En France, la fin des quotas laitiers pourrait entraîner une restructuration de la production.
© Brigitte Cauvin / Inra

Un doctorant évalue l’impact de l’abandon des quotas laitiers sur l’évolution des systèmes agricoles et l’environnement.

C’est la fin d’un système. Cette année signe l’arrêt définitif des quotas laitiers. Cette mesure, mise en place par la France en 1970 puis étendue à l’Europe en 1984 pour limiter la surproduction, assignait à chaque exploitation laitière la quantité de lait maximale qu’elle pouvait produire. « En France, cela a aussi permis, dans une certaine mesure, de maintenir les exploitations de taille petite ou moyenne sur l’ensemble du territoire », explique Hayo Van der Werf, agronome à l’Inra(1). Des économistes ont déjà prédit certains effets de cette décision : une augmentation de la production, donc une baisse des prix. « En France, on ne s’attend pas à une forte variation des volumes, mais à une réorganisation du secteur », poursuit l’agronome. Notamment un retour d’une partie de la production vers l’Ouest, où l’élevage est déjà concentré, les infrastructures en place et la collecte moins coûteuse qu’en montagne, par exemple.

Retour à l’équilibre

« Mon objectif est d’évaluer les effets environnementaux de ce changement politique », explique Thibault Salou, en thèse sous la direction d’Hayo Van der Werf et de Chantal Le Mouël. Pour cela, l’étudiant utilise un modèle économique de marché mis au point dans l’unité Smart(2) qu’il couple à une analyse de cycle de vie. Cette méthode permet d’estimer des paramètres tels que l’eutrophisation, le réchauffement climatique et l’occupation des terres. « J’y ai implémenté sept systèmes laitiers : un biologique, un système de montagne et cinq systèmes de plaine, plus ou moins intensifs et utilisant plus ou moins de maïs fourrager. Chacun représente une part de la production française. Je vais ensuite faire tourner mon modèle jusqu’en 2020, en prenant en compte l’augmentation de la demande alimentaire mondiale et le paramètre climatique. Et comparer l’équilibre obtenu avec ou sans les quotas laitiers. »

Agronomie et économie

L’ajustement se faisant par les prix, les systèmes les plus rentables pourraient se développer aux dépens des autres. « Cela va jouer sur les demandes en matières premières pour nourrir les animaux. Pour y répondre, soit de nouvelles terres vont être directement converties, soit certaines parcelles agricoles vont changer d’affectation. » Les cultures auparavant produites sur ces parcelles seront alors déplacées : il faudra de nouvelles terres ! Pour l’heure le modèle est en phase d’initialisation : « Le fait de travailler avec des économistes est nouveau pour nous », ajoute Thibault Salou. La recherche agronomique aussi doit prendre en compte la mondialisation des échanges.

Concilier productivité et environnement : un projet ambitieux

En France, la surface agricole utile a diminué de 20 % ces cinquante dernières années, passant de 35 à 28 millions d’hectares(3). Parallèlement, la population augmente, dans le pays et dans le monde. Face à ces enjeux, le ministère de l’Agriculture a lancé le 18 décembre 2012, le projet agroécologique pour la France. L’objectif est d’aider au développement d’une agriculture capable d’intensifier sa production, tout en préservant l’environnement et prenant en compte les aspects humains et sociaux de l’activité. Un vaste programme, qui cible différents objectifs (formation, sensibilisation, recherche...) et qui prend corps en ce début d’année avec la mise en place des Groupements d’intérêt économique et environnemental. Ils permettront aux agriculteurs de se rassembler autour d’un projet innovant destiné à améliorer ou consolider leurs pratiques productives et respectueuses. En Bretagne, l’appel à projets est lancé depuis janvier et prendra fin le 31 mars prochain.

Renseignements : 
www.draaf.bretagne.agriculture.gouv.fr/Lancement-d-un-appel-a-projets

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Céline Duguey

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