La voix, indice de fertilité ?

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avril 2015
(In)Fertilité
© Cheval Jeanne MENJ CCBY SA

Des éthologues ont mis en évidence un lien entre la fréquence des hennissements des étalons et l’attrait des juments.

Les juments auraient un faible pour les étalons qui ont des voix plus graves. C’est ce qu’il ressort d’une étude menée par les éthologues de l’Université de Rennes 1(1) et publiée dans la revue scientifique Plos One en février dernier. « Tout est parti d’un travail sur le comportement social des chevaux, notamment sur la communication vocale, commente Martine Hausberger, responsable de l’équipe Pegase(2) et cosignataire de l’étude. Nous nous sommes aperçus que les hennissements étaient porteurs d’informations individuelles : ils sont différents pour chaque animal, mais aussi d’informations sur le statut sexuel : les étalons hennissent avec des voix plus graves que les hongres (chevaux castrés) ou que les juments. Et parmi les étalons, les plus dominants sont encore ceux à la voix la plus grave. » Les éthologues ont alors cherché à répondre à deux questions : la voix d’un cheval peut-elle donner des indices fiables sur ses qualités de reproducteur ? Et a-t-elle une influence réelle sur l’attrait de ses partenaires ?

La voix fait mieux que le spermogramme

Dans trois haras : Le Pin, Lamballe et Saint-Lô, les éthologues ont croisé plusieurs données : les fréquences des hennissements qu’ils enregistraient, les succès reproducteurs (nombre de saillies réalisées et nombre de poulains nés de ces saillies) sur plusieurs années et des données physiologiques comme le spermogramme. « Sur les quinze étalons étudiés, nous n’avons pas trouvé de lien entre la fréquence des hennissements et le spermogramme, poursuit la chercheuse. Par contre, il y a une corrélation entre la fréquence de la voix et le succès reproducteur. » D’après leurs résultats, la fréquence de la voix semble même être un meilleur indicateur que le spermogramme.

Pour savoir ce qu’en “pensent” les juments, les chercheurs ont installé des haut-parleurs dans une aire de tests au Pin, ainsi que dans des manèges de centres équestres. Ils ont diffusé, en alternance, deux hennissements. L’un parmi les plus graves à l’une des extrémités de la pièce, l’autre parmi les plus aigus de l’autre côté. Chacune des quarante juments testées, une par une, a montré une préférence, plus ou moins marquée, pour la voix la plus grave. « Soit elles se dirigeaient clairement du côté d’où venait la voix, soit elles tournaient la tête. On a noté que les juments de petite taille - proche de la taille d’un poney - hésitaient davantage. Or, une étude précédente nous a montré un lien entre la tessiture du hennissement et la taille de l’animal. »

Trouver le lien : la nouvelle étape

Aucune transposition directe ne peut être faite, mais d’autres études, réalisées chez l’homme, semblent montrer également une préférence pour les voix graves dans l’espèce humaine. « Nous envisageons de travailler avec les spécialistes de la reproduction humaine, conclut Martine Hausberger, pour comprendre les mécanismes sous-jacents à ce phénomène. Notamment le fait que l’on n’observe pas de lien entre la fréquence de la voix et le taux de testostérone, par exemple. Nous voulons comprendre ce qui peut lier la voix et la reproduction. » Avec les connaissances des chercheurs rennais sur le sujet, nul doute qu’ils soient sur la bonne voie.

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Céline Duguey

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