Unis contre le Staphylocoque

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février 2017
Le staphylocoque doré est l’espèce la plus pathogène du genre Staphylococcus. Souvent disposé en grappes, son diamètre est compris entre 0,5 et 1,5 µm.
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Des chercheurs rennais ont découvert une faille de la bactérie tant redoutée dans les hôpitaux et dans les élevages...

À l’hôpital, devenu multirésistant aux antibiotiques, il peut avoir des conséquences mortelles (1) sur des patients déjà affaiblis par ailleurs. Responsable des mammites chez les vaches laitières, il rend leur lait impropre à la consommation et oblige les éleveurs à appliquer des traitements antibiotiques préventifs et curatifs. En santé humaine, comme en santé animale, le staphylocoque doré est décidément une bête noire !

Une nouvelle piste très prometteuse de lutte contre cette bactérie est en train de naître dans le laboratoire de Biochimie pharmaceutique (2), dirigé par Brice Felden et situé à deux pas du CHU de Rennes, sur le campus de Villejean de l’Université de Rennes 1. L’histoire a commencé il y a maintenant plus de dix ans...

 

Les chercheurs ont mimé la nature

« On s’est inspiré de la nature et du fonctionnement du staphylocoque lui-même, explique Brice Felden. Nous avions mis en évidence qu’en situation de stress, il produit naturellement une toxine pour se débarrasser d’autres bactéries qui pourraient lui faire concurrence (3). Mais cette toxine détruisait aussi les globules rouges, ce qui était problématique pour l’envisager comme remède ! »

« Un brevet avait été déposé, mais vu les résultats, on était en train de discuter de son abandon, précise Clément Jouanneau, chef de projet à la Satt (4) Ouest Valorisation, en charge du suivi du dossier. La collaboration avec une équipe de l’Institut de chimie de Rennes (5) a vraiment donné quelque chose de remarquable. »

 

La demande de brevet relancée

« Le travail avec les chimistes a été déterminant, confirme Brice Felden. Nous avons réussi à reproduire cette molécule et même à beaucoup l’améliorer en la dirigeant contre le staphylocoque lui-même et d’autres bactéries résistantes aux antibiotiques, en la stabilisant et aussi en supprimant ses effets toxiques, sur les cellules humaines notamment. » Cette fois, les résultats sur diverses cultures se sont révélés prometteurs. Une nouvelle demande de brevet a été déposée en octobre 2014, et le projet soumis à un Appel à manifestation d’intérêt lancé par trois organismes de valorisation (6), sur le concept One Health, homme et animal : une seule santé. Résultat : il a obtenu une aide financière de 230000 euros pour dix-huit mois (qui prendra fin en mars prochain).

Le financement a permis l’embauche d’un ingénieur, Irène Nicolas, pour effectuer les synthèses des différents antibiotiques candidats, et continuer à tester leur toxicité et leur efficacité à guérir, sur des modèles animaux (poissons zèbres, souris) mimant des infections humaines (septicémies, pneumopathies). Quatre molécules de synthèse sont toujours en course. « Les résultats continuent d’être très encourageants, poursuit Brice Felden. Mais il reste encore beaucoup d’étapes à franchir, comme des tests pharmacocinétiques, c’est-à-dire le suivi de la distribution des molécules au cours du temps. Mais ces essais coûtent cher et ne sont plus du ressort de mon laboratoire... »

Les tests cliniques en cours ne ciblent pour l’instant que des modèles de maladies humaines, mais sont tout à fait applicables aux infections animales (mammites des vaches laitières) car les bactéries sont les mêmes. Les différentes voies d’applications sont ouvertes : plusieurs entreprises de l’industrie pharmaceutique sont déjà en contact avec la Satt Ouest Valorisation, tandis que l’extension au marché de la santé animale est à l’étude.

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Nathalie Blanc

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