Portraits

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Daniel Cluzeau
59 ans
Chercheur en écologie à l'université de Rennes 1
Décoré de l’ordre du Mérite agricole(1) pour son engagement en faveur de l’agroécologie, il a été interviewé par téléphone par Maryse Chabalier.

« Ce qui m’intéresse c’est le lien entre la nature et l’homme. »

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Qu’auriez-vous fait si vous n’aviez pas été chercheur ?
J’aurais été agriculteur. Ce qui m’intéresse c’est le lien entre la nature et l’homme et la façon dont il l’utilise et parfois l’agresse.

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Aujourd’hui, qu’avez-vous trouvé ?
Nous avons trouvé de nouvelles connaissances sur le rôle des lombriciens dans le cycle du carbone et la circulation de l’eau dans le sol. Nous avons également découvert les facteurs responsables de la disparition des espèces de lombrics, qui sont souvent liés à l’homme, mais également que l’on peut proposer des alternatives, pour utiliser le sol tout en améliorant sa qualité.

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Le hasard vous a-t-il déjà aidé ?
Le hasard aide toujours les scientifiques. Par exemple, au hasard de mes explorations, j’ai pu comparer l’effet de la présence ou de l’absence de certaines espèces de lombrics sur le fonctionnement des sols. Mais le hasard n’a plus beaucoup de place dans la recherche actuelle, notamment dans les projets ANR(2) et européens, où il faut avoir tout prévu dès le début !

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Qu’avez-vous perdu ?
Du temps et de l’énergie dans la gestion administrative de l’enseignement et de la recherche universitaires, dont les questions se complexifient. Par contre au niveau de la recherche et de la transmission des connaissances elles-mêmes, je n’ai pas l’impression d’avoir perdu quelque chose, au contraire, c’est un enrichissement.

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Que faudrait-il mieux ne pas trouver ?
Il n’y a pas une thèse dont je ne voudrais pas tester l’antithèse. On m’a un jour demandé s’il était possible d’avoir un sol biologiquement actif sans vers de terre. Moi qui ai consacré plus de 20 ans de recherches à montrer comment la population lombricienne contribue à la gestion des sols, j’étais d’accord pour tester l’idée ! Mais le projet ne s’est finalement pas réalisé.

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Quelle est la découverte qui changerait votre vie ?
Des découvertes ont déjà changé ma vie, et continuent de la changer. Notamment le développement du numérique. Il facilite les échanges, y compris à l’international, met à disposition des informations et favorise la recherche participative.

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Qu’est-ce qui vous ferait douter de la rationalité ?
La rationalité est la base de ma construction intellectuelle. Ce qui m’inquiète est l’impression que les gens l’utilisent de moins en moins. Ils ont tendance à réagir très simplement à des questions parfois complexes. D’où l’importance de l’éducation par les sciences, pour que la démarche scientifique soit autant encouragée que les mentions “j’aime” des réseaux sociaux, où l’on juge quelque chose en quelques minutes.

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Interviewé par
Maryse Chabalier

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