Le créatif boulimique

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novembre 2017
Renaud Séguier est spécialiste du traitement d'images et de l'analyse des émotions à CentraleSupélec.
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Inciter les étudiants à monter des entreprises avec leurs aînés, tel est le leitmotiv de Renaud Séguier !

Il parle vite, a deux idées par seconde, est à l’origine de la création de trois entreprises... Il faut pouvoir suivre Renaud Séguier ! Cet enseignant-chercheur à CentraleSupélec campus de Rennes(1) travaille sur l’analyse des émotions. Mais il n’est pas psychologue. Il est spécialisé dans le traitement d’images ; plus particulièrement de modèles qui se déforment en 3D et, très précisément, de visages ! Il dirige l’équipe de recherche baptisée Fast(2). « On est capable d’analyser les émotions sans poser de capteurs cardiaques, rien qu’en filmant la personne : on peut suivre jusqu’à cent points sur le visage, son regard, sa voix, mais aussi sa gestuelle et les mouvements de son corps, explique-t-il. Et, surtout, l’analyse se fait en temps réel. » Pour cela, les algorithmes qu’il utilise sont basés sur un très grand nombre de données (big data) et de l’apprentissage de contenus (machine learning) ; ici avec un comédien qui réalise des séries d’expressions.

Au départ imaginée pour rendre les avatars (ou agents conversationnels) plus humains ou pour être utilisée pour le cinéma, la technologie a donné lieu à la création, en avril 2010, de la start-up Dynamixyz(3) et s’applique aujourd’hui à l’analyse des émotions et la gestion du stress dans des cas tels que l’annonce d’un cancer ou la prise de parole en public. « L’application permettra au médecin de moduler son discours en fonction du ressenti de son patient, et à l’intervenant en public de réadapter sa posture. »

Elle a ensuite été appliquée au son qui, avant d’arriver jusqu’à l’oreille, subit des déformations en 3D dues à l’environnement. C’est la start-up 3D Sound Labs, née en 2014(4), qui a mis au point un casque capable de modéliser ces déformations et de reproduire un son plus vrai que nature. Là encore, les applications tournaient autour de la réalité augmentée et des jeux vidéo, mais d’autres débouchés s’ouvrent aussi dans le domaine médical pour augmenter le confort des personnes appareillées avec des implants cochléaires. Deux thèses sont en cours.

« Je pousse et je cofonde ! »

Axée sur le traitement des acouphènes, Immersive Therapy est la troisième entreprise cofondée par Renaud Séguier. Mais il ne travaille dans aucune d’entre elles ! Sa stratégie : « Je pousse et je cofonde ! » Grâce à cette dynamique, il est aujourd’hui responsable du premier préincubateur d’entreprises créé à CentraleSupélec. Fondé il y a deux mois et baptisé The Cave, il a pour but « d’inciter étudiants, doctorants et enseignants à se regrouper pour fonder des entreprises. Nous voulons que les sujets de laboratoire en sortent ! Tous les profs ont des pépites sur leurs étagères. Et le campus accueille chaque année près de trois cents étudiants et doctorants. Des idées, on en a tout le temps ! Avant, la création d’entreprise était tabou. Les étudiants ne se mettaient pas en avant ou ne se lançaient pas du tout. Aujourd’hui, on veut l’assumer ! »

Immersive Therapy est le premier exemple de ce parcours entrepreneurial, qui compte trois autres projets. Cofondée par deux enseignants-chercheurs, Catherine Soladié et Renaud Séguier, et Lilian Delaveau, étudiant en 3e année, qui en est le directeur, elle s’intéresse au parcours de soins des personnes atteintes d’acouphènes et s’appuie sur des travaux de recherche sur le système vestibulaire de l’oreille, menés à l’hôpital parisien La Salpêtrière(5). Avant de se rendre au fameux salon à Las Vegas au mois de janvier 2018 (le Ces(6)), l’entreprise a même fait son avant-première, le “Ces Unveiled”, à Paris le 24 octobre dernier. Des débuts prometteurs.

Pour décoller, passez par The Cave !

Le préincubateur de CentraleSupélec a été créé au début du mois de septembre sur le campus de Rennes. En plus de l’aide au montage d’entreprise, incluse dans le cursus étudiant, il met à disposition des créateurs en herbe des locaux, leur propose des voyages dans des incubateurs à l’étranger (Milan (Italie), Tel Aviv (Israël), Chine) et une participation au financement pendant un an et demi. « L’idée est d’initier le projet en minimisant les risques des deux côtés, entrepreneurs et école », précise Renaud Séguier, le responsable de cette nouvelle structure.

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Nathalie Blanc

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