Un, deux, trois... hackez !

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novembre 2017
La passion créatrice
Reda Cherqaoui (à gauche), dirgeant et fondateur de Buglab, et Yassine Abouzaid, designer produit, sont venus à Rennes pour créer une start-up en cybersécurité au fonctionnement original.
DR

Reda Cherqaoui compte sur l’esprit de compétition des experts en cybersécurité pour détecter les failles du web.

Quand il était adolescent, Reda Cherqaoui s’amusait à détecter les failles des sites Internet : « Ce que j’aime, c’est l’esprit de challenge, raconte-t-il. À 17 ans, je me suis lancé le défi avec un ami de trouver une faille sur eBay. J’y ai passé toute la nuit, et le lendemain, j’avais gagné ! » Il perce également les défenses de Google, Yahoo, Dailymotion ou Hotmail... En 2011, ses révélations sur les vulnérabilités de Facebook lui valent plusieurs articles de presse, notamment au Maroc, son pays natal. Aujourd’hui, la détection des vulnérabilités d’Internet et l’esprit de compétition ne l’ont pas quitté. Ce sont même les bases de la start-up qu’il est en train de créer, au sein de l’incubateur de l’Institut Mines-Télécom (Imt) Atlantique, à Rennes. Buglab devrait voir le jour au cours du deuxième trimestre 2018. Son originalité vient de son mode de fonctionnement : les experts qui testeront la sécurité des sites ne seront pas employés par la start-up, seulement certifiés par elle. Chaque test donnera lieu à un concours. Les consultants qui trouveront le plus de vulnérabilités se partageront le prix de la prestation.

Les PME sont les plus vulnérables

Le jeune entrepreneur n’en est pas à sa première création : en parallèle de ses études d’ingénieur au Maroc, puis à Supinfo Paris, il a créé une entreprise de développement de sites Internet et une autre de conseil en cybersécurité, basées sur un fonctionnement classique. Mais il se rend compte que les petites et moyennes entreprises ne font des tests qu’après avoir été victimes d’une attaque. « Les sociétés de consulting en cybersécurité actuelles font payer au nombre de jours de tests, ce qui revient cher pour une PME. » Pourtant, ces dernières sont les premières cibles de cyberattaques. Faute d’équipe interne dédiée, leurs sites Internet, applications mobiles et serveurs, peuvent présenter des centaines de failles ! Le mode de fonctionnement imaginé par Reda Cherqaoui, basé sur le challenge, permet de proposer des consultations à prix fixe et plus abordable, tout en fournissant aux entreprises des avis multiples et une recherche approfondie des vulnérabilités.

Rennes, centre de la cybersécurité

Son idée en tête, l’équipe Buglab candidate en 2016 au programme French Tech Ticket (lire encadré). « Être en France ouvre les portes de l’Europe et donne plus de crédibilité », explique-t-il. C’est ainsi qu’il débarque, en janvier dernier, dans un petit bureau de l’incubateur de l’Imt Atlantique. « Rennes est le cœur de la cybersécurité en France. C’est important d’être ici pour créer des partenariats, ou tout simplement pour discuter avec des gens dans le domaine. » Ces discussions lui ont permis d’adapter son projet aux spécificités européennes et françaises, en y ajoutant des fonctionnalités : « Les clients européens sont plus méfiants vis-à-vis de qui peut accéder à leur site. Nous avons, par exemple, ajouté la possibilité de restreindre la participation aux challenges selon le pays de résidence », explique-t-il.

Avec l’entrée en application en mai 2018 du règlement européen sur la protection des données, qui oblige notamment les entreprises à garantir la sécurité des informations qui leur sont confiées, le renforcement de la sécurité devient encore plus urgent. Déjà, cinquante entreprises se sont préinscrites pour bénéficier des services de la future start-up. Reda Cherqaoui ne se fait pas de souci pour convaincre les experts en sécurité informatique de participer : « Les vrais chercheurs en cybersécurité adorent les challenges ! » C’est du vécu, et cette fois, les compétiteurs auront la bénédiction des entreprises pour mettre au défi leurs défenses virtuelles !

Attirer les talents internationaux

Débuté en 2015, le programme French Tech Ticket vise à encourager les entrepreneurs étrangers à s’installer en France pour créer leur start-up. Il offre notamment un financement de 45000 €, un accompagnement pendant un an par le réseau French Tech et l’incubateur d’accueil, ainsi qu’un titre de séjour pour une durée de quatre ans. Soixante-dix start-up ont ainsi été accueillies pour la seconde édition au début de l’année. L’Imt Atlantique est le seul incubateur partenaire du programme en Bretagne.

Renseignements : 
www.lafrenchtech.com/french-tech-ticket

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Maryse Chabalier

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