Portraits

Catherine Schröder / Unistra
Jean-Pierre Sauvage
73 ans
Prix Nobel de chimie 2016
Le célèbre chimiste des molécules, professeur émérite à l’université de Strasbourg, est à Brest pour une conférence grand public(1), le 16 février.

« J’aurais aimé être prof de maths au lycée »

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Qu’auriez-vous fait si vous n’aviez pas été chercheur ?
Peut-être enseignant, pourquoi pas en mathématiques dans un lycée ! J’aimais beaucoup les maths quand j’étais ado. J’aime communiquer et interagir.

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Aujourd’hui, qu’avez-vous trouvé ?
Dans mon laboratoire, nous avons trouvé des modèles de la photosynthèse. Les propriétés de ces molécules artificielles se rapprochent de celles de la photosynthèse des plantes ou des bactéries. Nous avons ensuite découvert quelque chose qui a bien marché, pour former des molécules spéciales. Elles contiennent des anneaux entrelacés, ou traversées par des axes. Puis nous avons basculé vers la machinerie moléculaire, pour fabriquer par exemple un moteur rotatif, ou linéaire comme un piston dans un cylindre, à l’échelle nanométrique.

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Le hasard vous a-t-il déjà aidé ?
Des rencontres dues au hasard avec d’autres chercheurs nous ont aidés. Christiane Dietrich-Buchecker était une chimiste très compétente, capable de faire des molécules compliquées. Elle a changé de labo pour travailler dans mon équipe. Cela a déclenché un ensemble de succès, qu’on peut lui attribuer en partie, et qui ont conduit au prix Nobel.

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Qu’avez-vous perdu ?
Ma sérénité. Je suis très sollicité et n’ai plus le temps de faire ce que je voudrais. C’est l’effet prix Nobel.

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Que faudrait-il mieux ne pas trouver ?
Les inconvénients de ce qu’on a trouvé ! Une grande toxicité pour des molécules que l’on a fabriquées. Un usage imprévu des systèmes moléculaires, qui serait dirigé contre l’humanité.

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Quelle est la découverte qui changerait votre vie ?
J’aurais aimé trouver des machines moléculaires qui fonctionnent de manière parfaite. Nous avons fabriqué des muscles de dimension nanométrique. Mais nous n’arrivons pas à les manipuler facilement, à les associer à des articulations. Nous pourrions faire des microrobots articulés ! Il y a aussi des applications en nanomédecine ou en informatique moléculaire.

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Qu’est-ce qui vous ferait douter de la rationalité ?
Rien. Je suis très rationnel et athée convaincu. J’ai même du mal à comprendre que l’on puisse être religieux. Mais je respecte les personnes croyantes.

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Interviewé par
Nicolas Guillas

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