En mission sur la banquise
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Un chercheur de l’Ifremer va étudier la force des vagues sur la glace.
« La glace ne cesse de fondre en Arctique, rappelle Peter Sutherland, océanographe à l’Ifremer de Brest(1). Depuis 1978, la banquise a réduit de 3 millions de km². C’est la superficie de la mer Méditerranée ! » Ce phénomène est lié au réchauffement climatique. En fondant, la glace laisse place à l’eau libre, donc à un champ de vagues plus important. Le problème est que ces vagues frappent la banquise et la fragilisent. Pour comprendre ce qui se passe, Peter Sutherland vient de recevoir une bourse européenne(2) importante.
Changements rapides
Avec d’autres chercheurs(3), l’océanographe va réaliser une série de mesures inédites durant cinq ans, d’abord dans l’estuaire du Saint-Laurent au Canada.
« Les changements sont rapides. Nous observons des interactions entre les vagues et la glace de mer qui n’existaient pas en Arctique il y a trente ans, poursuit le chercheur. Nous avons récemment démontré(4) que la force des vagues est souvent plus importante que celles infligées par les vents et les courants. »
En frappant la banquise, les vagues transmettent leur énergie et exercent une compression sur la glace flottante. À l’automne, cela augmente l’épaisseur de la banquise. Mais elle n’est pas moins fragile. Dans quelles conditions les vagues brisent-elles la glace et que se passe-t-il ensuite ?
« Jusqu’à présent, les études ont surtout été théoriques, poursuit Peter Sutherland. Nous allons mener des campagnes sur le terrain. »
Sous-marins et avion
Plusieurs outils vont permettre de prendre des mesures à toutes les échelles, du kilomètre au centimètre. Trois petits sous-marins autonomes seront placés à quelques centimètres sous les vagues et la glace. Équipés de capteurs, ils vont déterminer la turbulence liée au flux de chaleur et de carbone. Un avion et un satellite permettront de mesurer les ondes des vagues, de caractériser leur direction et de localiser là où il y a de la glace. Pour compléter ces données, les chercheurs embarqueront sur un “canot à glace”.
Cette année, l’équipe va se consacrer au développement des instruments et à la mise en place des expériences. Ensuite, les premières campagnes de mesure s’effectueront dans l’estuaire du fleuve Saint-Laurent. « Cette baie au Québec est adaptée pour étudier les interactions entre vagues et glace à petite échelle. » Une fois les outils mis au point sur place, ils seront installés dans l’océan Arctique, au nord de l’Alaska, pour les expériences à plus grande échelle.
(1) Au sein du Laboratoire d’océanographie physique et spatiale (Lops), rattaché à l’Institut universitaire européen de la mer.
(2) Cette bourse “jeune chercheur” d’excellence, versée par le Conseil européen de la recherche (ERC), s’élève à deux millions d’euros.
(3) Dont deux doctorants et deux postdoctorants.
(4) Résultats publiés dans la revue Pnas, en mai 2018.
Peter Sutherland
tél. 02 29 00 85 55
peter.sutherland@ifremer.fr
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