Une marée noire menace le littoral

Actualité

N° 371 - Publié le 2 avril 2019
Marine Nationale / Défense
Le navire transportait 2000 véhicules (voitures, camions) et 365 conteneurs, dont
45 avec des matières toxiques.

Le fioul du Grande America dérive vers la côte.

Le mardi 12 mars à 15h30, le navire commercial italien Grande America sombre à 350 km de l’île d’Oléron. Ses soutes contiennent 2200 tonnes de fioul. Dès le lendemain, plusieurs nappes d’hydrocarbures sont repérées par avion. Elles menacent d’atteindre les côtes françaises ce mois-ci.

À Brest, le Cedre(1) fait partie de l’équipe de gestion de crise(2). « Nous apportons au préfet maritime des prévisions sur le vieillissement du fioul », explique Nicolas Tamic, son directeur adjoint. Les hydrocarbures qui fuient d’un navire ne restent pas groupés en une nappe compacte. Une semaine après le naufrage, le fioul du Grande America dérive vers le sud-est. Il forme des amas de moins d’un mètre de diamètre en surface. Un barrage flottant de 500 m de long a été mis en place pour en pomper une partie.

Plaques, galettes, boulettes

Même par temps calme, ce type de polluant se dégrade de plusieurs façons. « Très vite, 10 à 15 % du polluant s’évapore, comme l’essence au soleil. Une partie du fioul se disperse et se répand dans l’eau de mer, sans flotter. Enfin, le produit se charge d’eau à hauteur de 50 à 70 %. Cela double le volume de polluant à récupérer. On parle d’émulsification. » Résultat : les nappes d’hydrocarbures se divisent en plaques, puis en galettes et en boulettes. D’où l’intérêt de les récupérer le plus tôt possible. Ce phénomène s’accélère quand la mer est mauvaise. C’était le cas lors du naufrage.

Un échantillon dans le polludrome

Depuis le 15 mars, le Cedre teste un échantillon du fioul du Grande America dans son “polludrome”. « C’est un gros anneau dans lequel nous recréons les mouvements de la houle, le courant marin, le vent et la lumière du soleil, poursuit Nicolas Tamic. Connaître le vieillissement du produit permet d’ajuster les moyens de lutte. »

Quels seront les effets sur la faune et la flore, marines et terrestres ? Tout dépend de la durée de leur exposition au polluant, de la nature de celui-ci et des zones touchées. De nombreuses espèces pourraient être contaminées et le retour à la normale est difficile à estimer. Une “cellule zonale de suivi environnemental”(3) s’est réunie, à laquelle participe la biologiste Sandrine Derrien, coordinatrice du Rebent.

Claire Guérou

(1) Centre de documentation, de recherche et d’expérimentations sur les pollutions accidentelles des eaux.
(2) Mise en place par la préfecture maritime de l’Atlantique, l’EGC réunit notamment le Cedre, l’Ifremer, Météo-France et la Marine nationale.
(3) Par le Service du patrimoine naturel de la Direction régionale de l’environnement, de l’aménagement et du logement de Nouvelle-Aquitaine.

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