Quand l’obésité n’est pas génétique
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Elle peut être transmise par la mère, via des bactéries.
« L’alimentation de la mère pendant la grossesse influence la santé de l’enfant devenu adulte. » Patricia Parnet est neurobiologiste de la prise alimentaire et directrice de recherche Inra(1) au CHU de Nantes(2). Elle étudie comment la nutrition de l’enfant, en début de vie, peut avoir des effets à long terme.
Tout commence dans les années 1990. L’épidémiologiste anglais David Parker consulte des registres de naissances et retrouve les bébés devenus adultes. « Il s’aperçoit que les gens nés avec un petit poids ont un risque accru de développer des maladies cardiaques », explique Patricia Parnet. Les maladies peuvent donc avoir une origine “développementale”.
De sa conception à ses deux ans, le nourrisson est très sensible à son environnement. Il pourrait même garder “en mémoire” les effets de ces expositions tout au long de sa vie. En 2016, Patricia Parnet et son équipe ont ainsi montré que l’alimentation et la santé des parents orientent la physiologie et le comportement alimentaire de leurs enfants.
Une maman en surpoids
Depuis deux ans, la chercheuse s’intéresse à la transmission d’un microbiote intestinal “obèse” à l’enfant. À sa naissance, le nouveau-né rencontre, lors de son passage par les voies génitales de sa mère, ses milliards de bactéries. « Le microbiote, qui participe à l’absorption des nutriments lors de la digestion, est un acteur important de la régulation du poids. » Une maman en surpoids peut-elle transmettre un microbiote favorisant le développement de l’obésité à son enfant ? « Difficile d’y répondre, car l’obésité peut aussi être liée à un mode de vie sédentaire ou à des facteurs génétiques. Il fallait un protocole qui montre uniquement les effets de la transmission du microbiote. »
Son équipe a trouvé une solution. Deux groupes de rats femelles sont soumis à un régime riche en énergie. Les premières ont une tendance naturelle à prendre du poids (groupe OP). Les secondes sont résistantes à l’obésité (groupe OR). Les chercheurs prélèvent les microbiotes des rates fécondées, pendant leur gestation et l’allaitement. Il est transplanté dans celui de petits rats, nés d’autres mères. Celles-ci ont un poids normal, ce qui permet d’éviter tout facteur génétique.
La croissance des rats
Les biologistes suivent la croissance des deux groupes de petits rats, leur comportement alimentaire et le développement des structures cérébrales impliquées dans la digestion. « Nous constatons que les petits ont un microbiote différent. À l’âge adulte, les individus qui ont hérité du microbiote des rates du groupe OP ont davantage de motivation pour chercher un aliment riche en calories. » Cela signifierait que le microbiote seul aurait une influence sur le long terme. Chez les rats, la préférence alimentaire serait donc transmise de la mère à son petit, via le microbiote. Après ces premiers résultats, les analyses se poursuivent.
(1) Institut national de la recherche agronomique.
(2) Dans l’unité de recherche “Physiopathologie des adaptations nutritionnelles”.
Patricia Parnet
patricia.parnet@univ-nantes.fr
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