41 chercheurs pour la Terre
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Les lauréats du projet "Make our planet great again" ont rejoint des laboratoires de recherche en France. Ils luttent contre le dérèglement climatique.
Pour comprendre l’effet de serre, il faut connaître les nuages. Cette eau dans l’atmosphère est un élément clef du réchauffement climatique. Problème, les nuages sont très difficiles à modéliser ! Les choses pourraient changer grâce au projet "Make our planet great again". L’Américaine Barbara Ervens est l’une des lauréates de cette initiative, lancée par le président de la République1. Elle a quitté l’Université du Colorado pour rejoindre l’Institut de chimie de Clermont-Ferrand.
Cette experte en modélisation des nuages s’associe à des chimistes pionniers. Ils étudient les bactéries, les champignons et les levures qui se déplacent dans l’atmosphère. Car ces microbes jouent un rôle dans la formation des gouttes d’eau et la dynamique des nuages ! La collaboration avec Barbara Ervens va permettre, pour la première fois, d’intégrer la composante vivante des nuages dans des modèles de prédiction du climat.
Venus des États-Unis
Cette recherche est citée en exemple par Yvan Lagadeuc, coordinateur scientifique à l’ANR2 du projet "Make our planet great again". Quarante et un chercheurs sont arrivés des États-Unis, d’Inde, du Pakistan, du Japon ou d’ailleurs, pour intégrer des laboratoires en France3, durant trois ans au moins4. Ils sont chimistes, physiciens, biologistes, géologues... Le jury scientifique international, présidé par la climatologue franco-canadienne Corinne Le Quéré, a été proposé par Yvan Lagadeuc et validé par le ministère de la Recherche.
« Pour qu’un projet soit sélectionné, il ne doit pas seulement améliorer ce qui marche déjà, résume l’écologue rennais. Chaque projet doit apporter des connaissances nouvelles très concrètes, en réponse au changement climatique. Les lauréats sont d’excellents chercheurs, au top sur leur sujet. À chaque fois que je les rencontre, ils ont des idées et ça bosse ! »
Bilan carbone nul
Parmi les chimistes, certains étudient la propagation des gaz à effet de serre. Philippe Schulz, qui vient des États-Unis, réinvente quant à lui les capteurs photovoltaïques5. L’Espagnol Orestes Riva Wheelaghan arrive du Japon pour créer des hydrocarbures, à partir du CO2 présent dans l’atmosphère : l’objectif est de faire tourner des moteurs thermiques avec un bilan carbone nul. Venkatramani Balaji est « une sommité internationale » exfiltrée de l’Université de Princeton. Ses simulations haute résolution des océans et de l’atmosphère vont permettre de mieux comprendre le système Terre et le rôle des nuages.
L’étude de la biodiversité est aussi au programme. James Clark, « un Américain mondialement reconnu », a débarqué. Ce spécialiste de l’environnement et des modèles statistiques est cité dans d’innombrables revues scientifiques. Il veut comprendre les menaces qui pèsent sur la biodiversité, en Europe comme en Amérique du Nord, en étudiant les interactions entre espèces, presque en temps réel.
Changer les choses
« Ces quarante et un scientifiques vont prouver qu’on peut faire changer les choses. Nous allons obtenir des progrès dans la connaissance, c’est certain ». Le 28 janvier, Yvan Lagadeuc participera à la table ronde à l’Espace des sciences "Changement climatique : quels enjeux et solutions", avec des lycéens. De quoi montrer que rien n’est perdu d’avance dans la course au climat.
1. En réponse à la sortie en 2017 des États-Unis de l’Accord de Paris sur le climat. Les lauréats ont été sélectionnés en 2018 et 2019.
2. Agence nationale de la recherche.
3. Les laboratoires qui collaborent avec les chercheurs lauréats se situent surtout en Ile de France, à Toulouse et Grenoble. L’Ouest compte une seule lauréate à Bordeaux.
4. Chaque projet est financé par le Programme investissement d’avenir, à hauteur de 750 000 € maximum. Les laboratoires d’accueil apportent le même budget, portant le financement à 1,5 million d’euros.
5. Cellules à pérovskite. Lire “Cellules solaires : une avancée majeure”, Sciences Ouest n°344, sept. 2016.
Yvan Lagadeuc
yvan.lagadeuc@univ-rennes1.fr
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