Les coquilles Saint-Jacques survivraient aux éoliennes
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L’installation d’éoliennes dans la baie de Saint-Brieuc fera du bruit sous l’eau. Des biologistes ont montré que les coquilles Saint-Jacques devraient survivre.
La construction d’un parc d’éoliennes fait toujours du bruit. Y compris sous l’eau. Un tel chantier peut perturber les espèces marines. Mais à quel point ? C’est ce que mesure une équipe de chercheurs1, dans le cadre du projet de champ éolien dans la baie de Saint-Brieuc. « Nous étudions le comportement des coquilles Saint-Jacques, pour répondre à la demande des pêcheurs », explique Laurent Chauvaud, biologiste au Lemar2. Depuis deux ans, des expériences sont menées à l’écloserie du Tinduff, près de Brest. Les premiers constats sont rassurants : l’animal survit malgré le bruit.
L’équipe s’intéresse à l’effet des nuisances sonores sur les adultes et les larves. À chaque fécondation, celles-ci sont des millions à se disperser dans l’eau ! Elles se fixent ensuite sur le fond pour devenir adulte. « Ce passage à la vie benthique3, qu’on appelle fixation primaire, est très important, explique Frédéric Olivier, enseignant-chercheur du Muséum4 à la Station marine de Concarneau. Le taux de mortalité naturelle est de l’ordre de 99 % ».
Forage en mer
Cette forte sélection est-elle accentuée avec le bruit ? Pour le savoir, les biologistes ont mené des expériences. Près de 50 000 larves de coquilles Saint-Jacques sont placées dans des cylindres de cinq litres, eux-mêmes posés dans de grands aquariums. Durant quatre jours, des ondes sonores sont émises dans ce dispositif, appelé "larvosonic". Deux types de bruit sont testés. Ils correspondent au forage et au battage5 en mer, d’un niveau sonore de 180 et 215 décibels. « Nous avons étudié l’effet du bruit sur des Saint-Jacques qui seraient à 50 ou à 5 000 m du parc éolien. » Cette technique innovante a été mise au point avec Delphine Mathias, spécialiste en acous-tique sous-marine à la société Somme, à Plouzané.
Résultat : la majorité des larves a survécu. « De manière surprenante, nous avons observé que les larves se métamorphosent davantage où il y a du bruit », précise Laurent Chauvaud.
« Cette réponse des Saint-Jacques va dans le même sens que nos recherches sur les moules en 2013, ajoute Frédéric Olivier. Nous avions montré que le bruit des bateaux stimule leur fixation primaire. » Les larves restent en vie, mais dans quel état ? Pour savoir si elles sont stressées et si elles se nourrissent bien, les acides gras présents dans leur organisme sont en cours d’analyse.
Chez les adultes également, aucune mortalité n’est constatée. Mais leur comportement est inhabituel : le bruit ralentit légèrement les mouvements de leurs valves. Les coquilles semblent un peu fatiguées… « Rien de grave ! » rassure Laurent Chauvaud. Les chercheurs s’intéressent aussi à la génération suivante, c’est-à-dire aux larves produites par ces adultes vivant dans le bruit. Avant l’installation du parc éolien à Saint-Brieuc en 2023, l’équipe va aussi étudier un autre coquillage, la praire, et le homard.
1. Projet de recherche “Acoustiques sur les invertébrés de la baie de Saint-Brieuc” (LIA BeBest).
2. Laboratoire des sciences de l'environnement marin, à Brest.
3. En profondeur.
4. Muséum national d’histoire naturelle.
5. Procédé de forage sans aucune rotation, en frappant contre le fond du trou.
Laurent Chauvaud,
laurent.chauvaud@univ-brest.fr
Frédéric Olivier, frederic.olivier@mnhn.fr
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