Espèces nuisibles : « C’est le monde à l’envers »
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Une nouvelle liste des espèces chassables en raison des dégâts qu’elles peuvent occasionner a été publiée début juillet, mais son absence de fondement scientifique fait débat.
Renard, martre, pie bavarde ou encore corbeau freux font partie des neuf « espèces susceptibles d’occasionner des dégâts » (Esod) sur les activités agricoles, forestières ou aquacoles. Cette liste, renouvelée tous les trois ans et validée début juillet, autorise la « destruction » des animaux concernés.
Vivement critiqué par les défenseurs de l’environnement, le classement décline, département par département, les espèces en question. En Bretagne, on en compte sept.« Quand une espèce est classée Esod, elle peut être tuée toute l’année sans limite de nombre d’individus », soupire Alain Butet, écologue retraité du laboratoire Ecobio1, à Rennes. Sur chaque territoire, c’est la commission départementale de la chasse et de la faune sauvage (CDCFS) qui établit cette liste. Mais au sein de ces commissions, « le rapport de force est en défaveur des scientifiques et des protecteurs de la biodiversité ; la pré-sélection des Esod est essentiellement déterminée par les fédérations de chasse », déplore le chercheur.
Aucun fondement scientifique
D’autant plus que la liste n’a aucun fondement scientifique. L’entrée d’un animal se décide en fonction des plaintes et du coût des dégâts occasionnés. « On établit un classement sans données précises sur l’état des populations et il n’y a pas d’étude sur l’efficacité des destructions. La seule chose que l’on connaisse, c’est le rôle de ces animaux dans les écosystèmes et il n’est jamais pris en compte, ajoute Alain Butet. C’est le monde à l’envers : on tue 500 000 renards par an en France puis on utilise des produits toxiques pour se débarrasser de leurs proies principales, les rongeurs. »
Pensée pour se prémunir des dommages, la destruction au titre de cette liste semble viser à côté des enjeux. Les oiseaux, qui représentent plus de la moitié de ces espèces, sont par exemple souvent des disséminateurs de graines et des régulateurs d’insectes. Certes, ils mangent parfois les semis agricoles mais « on sait que planter le maïs plus profondément les en empêcherait », relativise l'écologue.
1. Écosystèmes, biodiversité, évolution.
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