DOSSIER
© ASA STEINARSDOTTIR : UNSPLASH

Voyage au centre des volcans

N° 416 - Publié le 29 janvier 2024

Magazine

4513 résultat(s) trouvé(s)

Qu’on leur attribue un lien avec les dieux, le miracle de la fertilité ou les catastrophes les plus meurtrières, les volcans et leurs éruptions grandioses fascinent. Longtemps méconnus, ils sont aujourd’hui surveillés de près et continuent de captiver.

Entendre le mot « volcan » ouvre la porte de l’imaginaire. On se représente un gigantesque cône de roche parfait, comme le Fuji au Japon, ou on pense aux derniers crachats magmatiques en Islande. Pourtant, cette image d’Épinal est très réductrice : de nombreux volcans sont sous-marins, d’autres se sont effondrés sur eux-mêmes, des îles et des monts sont en fait d’anciens volcans repentis. Il y a aussi ceux qui ne crachent pas de feu, mais plutôt de l’eau bouillante ou uniquement des gaz. Certains n’ont connu qu’une seule éruption, d’autres ont carrément plusieurs cratères. Alors pour se frayer un chemin dans la jungle des volcans, il faut d’abord comprendre pourquoi ils sont là.

Dans les entrailles de la Terre


« La Terre est comme une gigantesque cocotte-minute dont les volcans seraient la soupape », illustre Jean de Bremond d’Ars, géologue au laboratoire Géosciences Rennes. Les volcans sont pour la plupart situés aux limites entre les plaques tectoniques, ce qui est particulièrement visible sur la ceinture de feu, dans le Pacifique. L’Indonésie compte ainsi à elle seule 130 volcans actifs. Exceptionnellement, ils peuvent également chapeauter des points chauds1 et forment au fil du temps des chapelets d’îles ou de montagnes, comme les îles Hawaï. « Dès l’apparition de la croûte terrestre, il y a eu des volcans pour évacuer la chaleur résiduelle de la Terre, complète Arnaud Guérin, géologue et vulgarisateur scientifique spécialisé. S’il y a une atmosphère, c’est grâce au dégazage volcanique. Il est impossible de dissocier les volcans du fonctionnement de la planète. » Le scientifique assimile un volcan à un « tas de cailloux nappé en surface par des coulées de lave », mais il explique surtout que c’est un système avec une ou plusieurs chambres magmatiques, alimentées depuis le manteau terrestre et qui se vidangent par une cheminée volcanique débouchant sur le cratère. Souvent précédées de tremblements de terre, les éruptions se suivent mais ne se ressemblent pas. En fonction de la viscosité de la lave, de sa quantité ou de l’âge du volcan, se dégagent de grands lambeaux de lave fluide ou de furieuses coulées pyroclastiques2, quand les éruptions ne sont ni sous-marines ni sous-glaciaires.

Dépôt soufrés sur la bordure nord du cratère de la Fossa di Vulcano, en Sicile.
© LUDOVIC LE DUC
Dépôts soufrés sur la bordure nord du cratère de la Fossa di Vulcano, en Sicile.

Cette grande variété de manifestations est à l’origine d’une diversité géologique surprenante : de la roche fine comme des cheveux ou en forme de perles3, de la lave qui durcit en forme de coussins4, de grands orgues composés de prismes quasiment géométriques… Ce n’est que très récemment que les scientifiques se sont accordés sur le pourquoi du comment. « Il faut quand même noter que la tectonique des plaques est une théorie qui n’a été avérée qu’en 1974 ! souligne Arnaud Guérin. Les sciences de la Terre sont encore jeunes… Et c’est parce que nous n’avons pas compris les volcans plus tôt qu’ils ont été particulièrement meurtriers par le passé : en 1883 le Krakatoa a tué 28 000 personnes et l’éruption de la montagne Pelée en 1902 a fait sensiblement le même nombre de victimes. » Avant que la science ne rende son verdict, on a d’abord pensé que les volcans abritaient les forges de Vulcain, le dieu romain du feu, des volcans et de la forge, auquel ils empruntent le nom5. Platon y voit en son temps une porte menant à un monde souterrain, les savants du 17e siècle penchent pour un feu perpétuel au centre de la Terre, quand les croyants n’y voient rien de moins que le plus court chemin vers l’Enfer.


La hauteur du panache


L’intensité de l’éruption d’un volcan se mesure grâce à l’indice d’explosivité volcanique (VEI). Il court de 0 à 8 et dépend à la fois de la hauteur du panache et du volume de matières éjectées. Mais cela ne suffit pas à évaluer la dangerosité, qui dépend aussi de la densité de la population à proximité. « Le Popocatépetl, à 70 km de Mexico, représente un risque plus important pour les habitants que le Katmai d’Alaska, loin de tout », illustre Jean de Bremond d’Ars. Cela n’a pas non plus de rapport avec sa taille : le plus haut relief à la surface du globe, le Mauna Loa, à Hawaï, « qui pousse depuis le plancher océanique, à 5 000 m de profondeur, jusqu’à 4 200 m au-dessus du niveau de la mer », dit Arnaud Guérin, n’a jamais eu un indice supérieur à 2.

On recense sur Terre 1 511 volcans actifs, c’est-à-dire ayant connu au moins une éruption ces 10 000 dernières années, sans quoi ils sont considérés comme éteints. Ils entrent « en dormance » quand aucune éruption n’est enregistrée. La durée de vie d’un volcan peut aller jusqu’à plusieurs millions d’années. « Dans le Massif central, le Cantal, qui a été le plus gros volcan d’Europe, a été actif entre -13 et -3 millions d’années » , explique Jean de Bremond d’Ars. Certains cachent bien leur jeu, abritant des lacs dans leurs cratères et affichant des pentes luxuriantes. « On ne sait qu’un volcan est éteint qu’a posteriori, continue le chercheur. Et c’est justement ce temps, très long à l’échelle de l’histoire des hommes, qui peut faire oublier la nature volcanique de certaines montagnes. »

À la vie, à la mort


Malgré l’effroi qu’ils suscitent chez certains, 850 millions de personnes dans le monde vivent au pied d’un volcan, estime Arnaud Guérin. Il raconte qu’un habitant de Stromboli, en Sicile, lui a un jour confié que « deux ou trois minutes par siècle, c’est l’Enfer sur Terre. Sinon, c’est le plus bel endroit du monde ». Effectivement, les volcans sont aussi d’incroyables pourvoyeurs de beauté et de vie. Leurs abords sont incroyablement fertiles sur terre comme en mer, où les sources hydrothermales situées sur les dorsales océaniques favorisent une très grande biodiversité. Le géologue raconte que « même pour les Islandais, les volcans sont quelque chose de positif, alors qu’en 1783 l’éruption du Laki a tué un quart de la population de l’île ».

Aujourd’hui, des techniques de surveillance sophistiquées permettent de suivre de très près l’activité des volcans. De nombreux observatoires, installés aux pieds des volcans du monde entier, délivrent aux autorités un état des lieux régulier. Pourtant, les montagnes de feu continuent de nous surprendre, comme le Paricutín, un volcan de plus de 3 000 m d’altitude, qui a poussé en 1943 dans un champ de maïs mexicain sous les yeux éberlués de son propriétaire.

Anna Sardin

1. Endroits à la surface d'une planète qui ont une activité volcanique régulière en raison
de l’arrivée en surface de roches mantelliques.
2. Ou nuées ardentes. Nuages de gaz brûlants de très forte pression qui transportent d'importantes quantités de débris de laves et peuvent se déplacer à plus de 100 km/h.
3. Cheveux de Pélé, larmes de Pélé.
4. Pillow lavas.
5. Qui pourrait aussi venir de Vulcano, une des îles Eoliennes, au large de la Sicile.

TOUT LE DOSSIER

Abonnez-vous à la newsletter
du magazine Sciences Ouest

Suivez Sciences Ouest