Des pères aux pairs

L'adolescence, une crise ?

N° 422 - Publié le 20 septembre 2024
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Entre rapports familiaux parfois bouleversés, quête d’individualité et recomposition des relations sociales, l’adolescence est une période marquée par l’installation de nouvelles formes d’interactions.

Sur le parvis du collège, les similarités entre jeunes sont grandes. Looks identiques, vocabulaire commun, mêmes sujets de conversation… Pourtant, la quête d’individualité est un marqueur de l’adolescence. Cette dernière passe par une reconstruction de l’identité, jusque-là basée sur l’éducation parentale.

Augmentation des conflits


C’est une période intense, durant laquelle les liens avec les parents ainsi qu’avec d’autres adultes ont tendance à se compliquer. En effet, la nécessité de renouveau chez l’adolescent se traduit par une recherche d’autonomie, bien souvent accompagnée d’une augmentation des conflits à propos des enjeux du quotidien, tels que les vêtements, la coiffure ou les loisirs. « Ces dissensions sont la manifestation du besoin identitaire de l’adolescent, qui tente d’affirmer son existence en dehors des attentes parentales », résume Cécile Kindelberger, enseignante-chercheuse en psychologie de l’adolescence à Nantes Université. Le dialogue parfois difficile entre parents et adolescents qui ne se comprennent pas toujours et les bouleversements physico-psychologiques à l’œuvre à cet âge participent également à l’apparition de différends.

Une nouvelle configuration familiale s’installe alors, d’autant plus que « le passage de la socialisation verticale, soit l’intégration des normes sociales par les adultes, à la socialisation horizontale, c’est-à-dire par les autres adolescents, est entamé », ajoute Barbara Fontar, maîtresse de conférences en sciences de l’éducation à l’Université Rennes 2.

Rapports de force


L’apparition de cette socialisation inédite est due à l’influence des pairs, grandissante à l’adolescence. Une transfiguration des relations amicales opère à cette période : la valeur de l’amitié est reconsidérée, et prend toute son ampleur. Le nombre de connaissances augmente avec l’entrée au collège, tout comme le temps qui leur est consacré. L’ami n’est plus seulement le copain de jeu, il devient un confident. « En partageant leurs goûts, centres d’intérêt ou avis, ainsi que du temps et des activités, les adolescents construisent peu à peu leur individualité par des choix plus ou moins conscients », développe Barbara Fontar. En somme, en étant avec les autres, les jeunes entrent dans un processus les invitant à définir leur propre identité et à mieux comprendre qui ils sont.

Vient également à cet âge la découverte, quelquefois de manière brutale, de la notion de groupe social et des interactions inhérentes. Les adolescents les plus populaires font peser des normes sur le groupe, par exemple sur les tenues vestimentaires et les goûts musicaux. Les autres tentent de se plier à ces règles, l’approbation et la validation par les pairs permettant de se sentir accepté et intégré. « Mais cela peut être difficile pour certains, qui peinent donc à trouver leur place dans le groupe », explique Cécile Kindelberger. Ces rapports de force peuvent ainsi devenir problématiques, et parfois mener à l’exclusion.

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