« Le jeu n’a plus de frontières »
Les pouvoirs du jeu
TOUT LE DOSSIER
du magazine Sciences Ouest
Les humains se tatouent depuis des millénaires, mais comment expliquer que les tatouages persistent alors que notre système immunitaire fait tout son possible pour les détruire ?
Certains s’en couvrent, d’autres les détestent. Il y a ceux que l’on chérit et ceux que l’on regrette. Certains que l’on montre, d’autres plus intimes. Il y a ceux qui réparent, ceux qui habillent et cachent des cicatrices. Mais toujours, les tatouages sont une trace indélébile, une manière d’ancrer un sentiment d’existence dans la chair.
Chaque année, le 21 mars, une journée internationale les célèbre. Il faut dire que c’est l’une des pratiques les plus anciennes de l’humanité. Des archéologues ont même retrouvé des tatouages sur le corps d’Ötzy, le célèbre homme des glaces mort il y a près de 5 300 ans. « D’un point de vue anthropologique, le marquage des corps est une façon de sortir du monde de la nature, c’est un moyen pour un groupe de revendiquer une appartenance, des éléments de reconnaissance », souligne Stéphane Héas, sociologue à l’Université Rennes 2 et directeur de publication de La Peaulogie, une revue de sciences humaines et sociales dédiée aux peaux.
Longtemps envisagé comme une prouesse rituelle, le tatouage peut aussi être utilisé pour provoquer et marquer une contestation à l’ordre établi, une manière d’afficher sa singularité. « Selon le sociologue David Le Breton, lorsque tous les liens forts avec la communauté et la famille ont été rompus, il reste le corps pour tenter de s’individualiser », poursuit Stéphane Héas.
Mais que se passe-t-il quand l’encre pénètre sous la peau ? En 2018, l’équipe de Sandrine Henri, alors immunologiste à Marseille, a découvert le secret de la persistance des tatouages. Lorsque l’encre arrive dans le derme, les particules de pigments sont repérées par les macrophages. « Ces cellules chargées de faire le ménage éliminent les cellules mortes, pathogènes ou corps étrangers », précise la chercheuse. En bonnes sentinelles, elles avalent donc les pigments mais ne sont pas équipées pour les digérer. L’encre reste donc coincée dans l’estomac de ces petits soldats. Lorsque nous regardons un tatouage, nous voyons en fait l’encre accumulée dans les cellules supposées les dégrader. Comme toutes les cellules, les macrophages finissent par mourir, relarguant le pigment qui est alors immédiatement rattrapé par un autre soldat. Et ainsi de suite. « À chaque fois qu’une particule est libérée et recapturée, il y a un micro-déplacement. C’est pourquoi les contours des tatouages se déforment un peu avec le temps », décrypte Sandrine Henri.
Une partie du système immunitaire est donc sollicitée en permanence par les tatouages, et les scientifiques ne savent pas si c’est une bonne ou une mauvaise chose. Deux hypothèses s'opposent : cela pourrait épuiser notre organisme ou au contraire l’entraîner et le maintenir en forme. « Peu de travaux ont été menés sur le sujet mais les personnes tatouées ne semblent pas plus malades que les autres », rassure toutefois l’immunologiste.
Une douzaine de chercheurs et de non-chercheurs proches du milieu carcéral collectent les mémoires de l’ancienne prison rennaise pour montrer que le passé d’un lieu peut inspirer son avenir.
À dix minutes en métro du centre-ville de Rennes, les murs de briques et la rotonde de l’ancienne prison Jacques Cartier dénotent avec les pavillons et les immeubles qui l’entourent. Entre 1903 et 2010, cette maison d’arrêt, de correction et de justice a enfermé des milliers de prévenus, accusés et condamnés. Parmi eux : des résistants pendant l’Occupation et des soldats allemands après la Libération, mais aussi des indépendantistes algériens et des membres de l’OAS1. Remplacée il y a quatorze ans par le centre pénitentiaire de Vezin-le-Coquet car trop insérée dans le tissu urbain, la prison est depuis laissée à l’abandon. Rennes Métropole a racheté les lieux en 2021 « pour la transformer en un site à vocation culturelle et citoyenne », mais aucun projet précis n’a encore été annoncé. La réhabilitation est toutefois en cours ; des travaux sont prévus à l’automne pour préserver le site en attendant sa reconversion.
Trois historiennes rennaises ont vu dans la renaissance de l’ancienne bâtisse l’opportunité d'en recueillir les mémoires. Fanny Le Bonhomme (Université de Poitiers), Gaïd Andro (Nantes Université) et Fanny Bugnon (Université Rennes 2) ont monté Primem, un projet de recherche participative qui réunit une douzaine de chercheurs et non-chercheurs. Débuté en décembre 2023, il doit permettre « de récolter pendant deux ans les témoignages de celles et ceux qui ont une relation à la prison : des anciens détenus, leurs proches, des surveillants mais aussi des voisins ou les descendants de résistants emprisonnés », explique Gaïd Andro. Le tout formera un grand fonds d’archives qui pourra servir à la recherche. « Mais à terme, nous prévoyons surtout de créer des outils de médiation comme des vidéos ou des capsules audio pour raconter l’histoire des lieux », complète Fanny Le Bonhomme.
© ARNAUD LOUBRY / RENNES VILLE ET MÉTROPOLE, ALAIN AMET / MUSÉE DE BRETAGNE
Loin d’être une simple enfilade de cellules, Jacques Cartier est un objet riche et complexe. « Quand on travaille sur un lieu qui change comme celui-ci, où les gens projettent un futur et où il y a un passé riche, ça suppose d’envisager l’histoire un peu différemment. Ce n’est pas un objet froid », analyse Gaïd Andro. Avec Primem, le trio de chercheuses veut penser de nouvelles manières de pratiquer la recherche, plus en horizontalité avec les non-chercheurs. « On ne voulait pas se positionner en “sachants”. De toutes façons, celles et ceux qui travaillent avec nous ont une expertise qui vient de leur expérience avec la prison, ça équilibre le rapport », précise l’historienne.
Alain apporte ainsi son point de vue d’ancien surveillant, Serge son regard d’ex-détenu, Françoise sa perspective de visiteuse. Guy et Christian, membres de l’association Champs de justice qui se donne pour mission de « rapprocher les citoyens des mondes de la justice », connaissent par cœur l’histoire du site. Stefan a rejoint le projet avec sa double casquette d’anthropologue à l’EHESS2 à Paris et de voisin de la prison. Pour Gaïd Andro, travailler avec des personnes directement concernées par le sujet rend possible « une vraie circulation des savoirs, sans hiérarchisation », tout en profitant des connaissances et des expériences de ceux qui viennent « de l’intérieur ».
Fin janvier, le groupe s’est réuni pour travailler sur la méthode des entretiens, réalisés en binôme par un chercheur et un non-chercheur. C’était aussi l’occasion de faire le bilan des quatre premiers réalisés. La veille, Alain avait sauté le pas. « Je n’ai pas réussi à dormir hier soir, confie ce surveillant à la retraite. La personne nous a raconté sa vie, c’était poignant, je n’arrêtais pas d’y repenser. » Le sujet n’est pas simple. Les émotions affleurent facilement quand l’intime se mêle à l’histoire. D’ailleurs, le caractère scientifique du projet n'empêche pas l’humanité : il est possible de faire des pauses, de prendre le temps, rappelle-t-on. « Il ne faut pas sous-estimer les effets de ce genre d’exercice, à la fois pour celui qui témoigne et pour celui qui reçoit, insiste Fanny Le Bonhomme. La prison n’est pas un terrain comme les autres, c’est chargé de souvenirs, souvent douloureux et pas forcément très anciens. »
Serge est bien placé pour le comprendre. Le quinquagénaire a fait quatre séjours à Jacques Cartier dans les années 1980 et se souvient encore « des bruits et des odeurs de la première nuit ». Avant de mener lui-même des entretiens, il a été interrogé dans le cadre du projet. « Je dois bien avouer que ça m’a travaillé pendant un moment, ça m’a bouleversé d’en reparler mais pour moi, ça fait partie de la thérapie », raconte-t-il.

© ARNAUD LOUBRY / RENNES VILLE ET MÉTROPOLE, ALAIN AMET / MUSÉE DE BRETAGNE
Sans collecte, un pan de l’histoire de la prison Jacques Cartier est condamné à tomber dans l’oubli. « Les mémoires stigmatisées, comme celles des anciens détenus, ont tendance à s’effacer très vite car elles ne sont pas formulées », fait remarquer Gaïd Andro. L’un des objectifs du projet Primem était de leur donner la parole. « Ce sont des gens qui ont souvent des réticences à parler et qui ne se rendent pas compte que leurs récits peuvent intéresser », souligne Fanny Le Bonhomme. D’ailleurs, le réseau des participants facilite la prise de contact. « Ça fait un effet boule de neige, résume l’historienne. Un ancien détenu parle plus facilement si l’un de ses amis fait partie du projet et le met en confiance. » En rassemblant souvenirs et récits, le groupe veut écrire l’histoire de la prison pour éviter qu’elle ne tombe aux oubliettes. « J’ai passé plus de 30 ans à Jacques Cartier, c’est l’essentiel de ma vie professionnelle, résume sobrement Alain, ça me ferait mal au cœur qu’aucune trace ne soit laissée, ce ne sont pas que des murs. »
1. L’Organisation de l’armée secrète était une organisation terroriste clandestine française proche de l'extrême droite, pour la défense de la présence française en Algérie.
2. École des hautes études en sciences sociales.
Pour témoigner ou rejoindre le projet : association.cartierlibre@gmail.com
La main qui tient la raquette modifie la vitesse et le sens de rotation du volant dans l’air. Des détails cruciaux pour certains coups comme le slice.
Les joueurs de badminton expérimentés le savent, le slice — coup de raquette du fond du court qui fait tomber le volant derrière le filet — est plus réussi chez les gauchers. Pourquoi ? Jusque-là, difficile à dire, mais Éric Collet, professeur à l’Institut de physique de Rennes, a enfin la réponse. « J’avais l’intuition que ça avait un rapport avec la symétrie et la chiralité du volant », révèle-t-il. Explications.
Un volant de badminton est composé d’une tête en liège sur laquelle sont plantées des plumes légèrement superposées les unes aux autres, formant une petite jupe. Cette structure particulière donne un objet non superposable à son image dans le miroir : un objet chiral. « Ainsi, quand le volant avance dans l’air, la tête vers l’avant, l’orientation en hélice des plumes le fait tourner sur lui-même, toujours de la même manière, détaille le chercheur, dans le sens inverse des aiguilles d’une montre. » Cette rotation naturelle est valable chez les droitiers et les gauchers dans la plupart des coups classiques. Mais qu’en est-il des slices, où la raquette frotte le volant pour modifier sa trajectoire ? Le chercheur a profité des Internationaux de France de badminton qui se sont tenus à Rennes en octobre 2023 pour mener son enquête en filmant les joueurs rennais de très haut niveau avec une caméra ultra-rapide. « On a enregistré des vidéos avec près de 4 000 images par seconde. Cela nous a permis d’obtenir des ralentis de qualité pour analyser le comportement du volant. »
En décollant après un slice frappé par un gaucher, le volant commence par tourner sur lui-même dans le sens horaire. Mais les frottements de l’air, trop importants, stoppent sa rotation au milieu de sa course. Il finit alors sa trajectoire en tournant à nouveau dans son sens naturel. Cette inversion en plein vol ralentit la course du volant, qui tombe alors plus vite, avec une trajectoire plus raide d’environ quinze degrés. Un avantage pour le joueur gaucher et « une double peine pour l’adversaire, qui doit non seulement se rapprocher tout près du filet pour contrer le coup, mais également mettre plus d’énergie pour faire repartir le volant », explique Éric Collet, lui-même joueur amateur de badminton. Ces résultats ont surpris le scientifique et son équipe qui ne s’attendaient pas à une différence entre droitier et gaucher « si marquée ».
Pour partager cette découverte au grand public, ils seront présents à la Nuit de la physique et du sport au Diapason, à Rennes, le 2 avril. « Nous avons prévu une animation pour les jeunes, qui pourront jouer au badminton et étudier la trajectoire des volants avec une application de smartphone », dévoile Éric Collet. L’objectif : montrer que la science peut être partout, même dans un amorti de raquette…
Chaque année, le Parlement vote le budget de l’État. Dans ce budget il y a des ressources et des dépenses. Dès que les dépenses sont plus importantes que les ressources, on parle de déficit. La dette publique est la somme cumulée des déficits au fil du temps. Pour la combler, l’État émet des bons du Trésor que n’importe qui peut acheter, des particuliers comme des entreprises ou d’autres États. C’est une sorte de crédit pour la puissance publique.
Dès que l’on parle de dette, on part du postulat qu’il faut la rembourser. Ça semble du bon sens, nous avons hérité cette conception morale de la dette de nos traditions chrétiennes occidentales. Mais dans les faits, aucun État ne rembourse jamais ses dettes. La différence fondamentale entre l’État et une entreprise ou vous et moi, c’est qu’il ne meurt ni ne peut faire faillite, il a un horizon de vie infini. On dit qu’il « roule » sa dette : lorsqu’elle arrive à échéance, l’État emprunte pour la rembourser et ainsi de suite. La France n’a aucune difficulté à le faire. Nous avons aujourd’hui 3 013 milliards d’euros de dette et il est faux de dire que les générations futures devront la rembourser. On peut toutefois chercher à la réduire ou à changer les modalités de financement de l’État car emprunter signifie verser des intérêts.
Les entreprises privées ne peuvent pas financer de gros investissements comme la construction de chemins de fer, d’un hôpital ou la rénovation d’universités. L’État est la seule entité capable d’emprunter et d’investir de telles sommes. Il peut se financer autrement, avec la fiscalité par exemple, mais la dette reste nécessaire, d’autant plus dans le contexte actuel de bifurcation écologique. Nous arrivons à un moment où l’on a besoin de financements massifs pour s’adapter au dérèglement climatique. Il ne faut pas être naïf, les entreprises privées ne feront pas ces investissements, à chaque fois qu’il y a un problème global, c’est l’État qui y répond.
La dette est souvent agitée comme un chiffon rouge pour justifier des politiques d’austérité. Il y a une sorte de schizophrénie dans le discours des gouvernants : d’un côté ils disent qu’il faut réduire la dette et que l’État dépense trop, de l’autre c’est le produit d’une succession de décisions politiques. Par exemple, en baissant la fiscalité sur les plus riches, on diminue les recettes de l’État, ce qui augmente le déficit et donc la dette. En grossissant les subventions des entreprises privées, on ajoute aux dépenses, ce qui accroît le déficit et donc la dette. Je ne dis pas que c’est bien ou mal, mais ce sont des choix politiques qui ont les mêmes conséquences : augmenter la dette.
1. La dette publique, précis d’économie citoyenne, Éditions du Seuil (2024).
Avec le Tournoi des six nations, les crânes des rugbymen sont au centre des préoccupations. Il faut dire que certains symptômes des commotions cérébrales peuvent perdurer.
La compétition prendra fin le 16 mars et avec elle son lot de plaquages, coups et chutes. Pour le spectacle, le jeu, la ferveur des spectateurs, on court on cogne on tombe. Et parfois, sous l’effet d’un choc, le cerveau heurte la boîte crânienne. « Le rugby fait partie des sports, comme le hockey sur glace ou le football américain, où les risques de commotion cérébrale sont importants », souligne Anne-Hélène Olivier, chercheuse en biomécanique à l’Inria1 et à l’Université Rennes 2. Si la majorité des symptômes (vertiges, nausées ou maux de tête) disparaissent en général au bout de dix jours, d’autres persistent. En 2022, cette chercheuse et son équipe ont mis en évidence un décalage entre la perception et l’action dans un environnement dynamique, chez des joueurs de rugby commotionnés depuis moins de six mois et autorisés à rejouer. « On a constaté qu’ils prennent moins de marge pour éviter une personne qu’ils croisent durant la marche, avec notamment des adaptations inappropriées de leur mouvement », explique la scientifique. Il a d’ailleurs été prouvé que les joueurs ayant déjà subi une commotion cérébrale ont plus de risques d’en faire d’autres. La faute peut-être à leur moins bonne capacité à interagir dans un environnement en mouvement.
Même s’il est très difficile d’étudier le comportement des joueurs dans une situation de match, il semble évident que ce risque de récidive ait un lien avec les troubles de couplage entre la vision et l’action. La scientifique vérifie actuellement s’il est possible de simuler un environnement en réalité virtuelle pour évaluer plus facilement leurs déplacements et leur perception de l’espace. Cela pourrait ouvrir une voie vers le développement d’outils de suivi des effets persistants des commotions cérébrales. « Il y a eu une grosse prise de conscience des dangers de ces chocs, les joueurs professionnels sont très surveillés », souligne Anne-Hélène Olivier, qui soulève que la « vigilance est aujourd’hui plutôt du côté du sport amateur ».
1. Institut national de recherche en sciences et technologies du numérique.
Une simple photo et le nom de la plante apparaît à l’écran. C’est ce que proposent plusieurs applications1 pour smartphone : des systèmes opaques, sans explications pour apprendre la botanique. Pourtant, depuis le 18e siècle, il existe des documents classant les plantes en fonction de leur morphologie. On parle de clés de détermination. Simon Castellan, chercheur en informatique au centre Inria2 de Rennes, souhaite créer une version de ces outils plus accessible pour le grand public, avec l’aide de l’informatique.
Grâce à cette initiative, intitulée Back to the trees, le promeneur pourra identifier les espèces végétales en répondant sur un document papier à des questions qui s’affinent au fur et à mesure : s’agit-il d’un arbre ou d’un arbuste ? Les feuilles sont-elles vertes ou non ? En cochant l’ensemble des critères, le curieux obtiendra le nom de l’espèce.
« Pour mettre au point cet outil, nous développons un modèle probabiliste capable d’anticiper les plantes qui auront le plus de chance d’être cherchées par l’utilisateur en fonction du lieu fréquenté », explique le scientifique. L’objectif est de permettre aux parcs et jardins partenaires du projet de fournir ces nouvelles clés de détermination aux visiteurs. Une phase de test est prévue en avril au Jardin des Mille Pas, à Rennes. D’ici là, Simon Castellan et son équipe ont de quoi faire : « Les catalogues de botanistes en ligne n’étant pas accessibles, nous devons recenser les plantes du parc une par une, ainsi que leurs caractéristiques. »
1. Telles que Pl@ntnet, PlantSnap et Tela Botanica.
2. Institut national de recherche en sciences et technologies du numérique.
Dans la nuit du 8 au 9 janvier 1924, une énorme tempête a balayé la côte atlantique. « Statistiquement, un événement de cette force ne se produit qu’une fois par millénaire », note Pierre Pouzet, enseignant-chercheur en géographie à l’Isen1 Nantes. Il vient de co-publier avec le BRGM2 une étude dans laquelle l’analyse de sédiments prélevés sur le littoral morbihannais est croisée avec des sources historiques. Six événements tempétueux ont été mis en évidence entre 1896 et 1999, dont celui de 1924. « Ce sont du moins ceux qui ont laissé des traces en déposant du sable au-delà du cordon dunaire. Nous avons cherché ces occurrences de sable marin dans des carottes et les avons datées », raconte le scientifique, qui s’est ensuite servi des archives de la météo marine pour déterminer quels paramètres avaient favorisé les tempêtes. Il a constaté que plus les vagues sont hautes et la marée forte, plus la mer franchit le cordon dunaire. « Reconstruire les tempêtes passées nous aide à mieux connaître ces phénomènes que l’on comprend encore mal », indique le géographe.
1. Institut supérieur de l'électronique et du numérique.
2. Bureau de recherches géologiques et minières.
« On sait que le trouble du spectre de l’autisme (TSA) se caractérise notamment par des problèmes d’interactions avec les humains, mais qu’en est-il avec les animaux ? », s’interroge Manon Toutain. Cette doctorante en éthologie au laboratoire Ethos, à Rennes, vient de publier une revue de littérature dans laquelle elle a analysé 21 articles scientifiques pour répondre à la question. Car l’attention visuelle façonne notre représentation du monde. En décodant les émotions sur les visages, nous extrayons des informations qui permettent d’interagir et de s’adapter à différentes situations. « Les personnes atteintes de TSA ont des difficultés à explorer le visage des humains qu’ils n’ont pas avec les animaux, ce qui pourrait expliquer pourquoi les interactions avec ces derniers sont plus faciles », résume la chercheuse. Un résultat précieux pour celle qui doit soutenir sa thèse en décembre : « la revue de littérature est une étape importante, elle permet de faire le point sur ce qui a été fait pour orienter les recherches. »
Une expérience inédite, consacrée cette année à l’ormeau (Haliotis tuberculata), est désormais visible à Océanolab, premier laboratoire de recherche au monde ouvert au public. Au sein d’Océanopolis à Brest, cette plateforme permet de découvrir une expérimentation le temps d’une visite, et d’interagir avec les chercheurs plongés dans leur travail. Une exposition de la démarche scientifique bienvenue en ces temps de désinformation.
Intitulé « Génormalg, le changement climatique chez l’Ormeau européen », le nouveau programme de recherche vise à étudier la réponse du mollusque face aux changements globaux actuels. Les conséquences de l’augmentation de la température et de l’acidification de l'océan seront ainsi mesurées chez l’espèce, classée comme vulnérable par l’UICN1 puisqu’en déclin depuis les années 1990. « Les effets de bioremédiation par les macroalgues2, soit leur capacité à limiter l'acidification et ses impacts, seront également étudiés, ajoute Céline Liret, directrice scientifique d’Océanopolis. Cette flore marine qui vit à proximité des ormeaux capte en effet du CO2, et atténue peut-être l’acidification à l’échelle de l’habitat des mollusques. » Afin de répondre à ces questions, des groupes d’algues et d’ormeaux sont étudiés dans trois conditions environnementales actuelles et futures différentes. Rendez-vous fin 2024 pour les premiers résultats !
1. Union internationale pour la conservation de la nature.
2. Algues visibles à l’œil nu, en opposition aux microalgues.