Alzheimer : la solution dans la mer ?

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N° 416 - Publié le 29 janvier 2024
© Mattias Lindberg
Préparation de Leucettinib-21, le candidat-médicament en cours de test.

Il a l’habitude de dire que la maladie d’Alzheimer est un cimetière pour médicaments, mais Laurent Meijer espère bien être détrompé. Son laboratoire, Perha Pharmaceuticals, basé à Roscoff, a débuté en janvier des essais cliniques chez 120 volontaires pour tester un candidat-médicament contre la maladie d’Alzheimer et la trisomie 21. « Dans ces deux maladies, le gène DYRK1A est suractivé, entraînant des difficultés d’apprentissage, de mémorisation et de localisation dans l’espace », résume le chercheur. Son équipe a mis au point un potentiel traitement à partir de Leucettamine B, une substance produite par une éponge du Pacifique, qui modère l’activité de DYRK1A. Les tests doivent s’étendre jusqu’à l’automne et permettront de mieux appréhender l’absorption et l’élimination du médicament tout en s’assurant qu’il ne provoque pas d’effets secondaires. Si les résultats sont encourageants, d’autres essais suivront. « Le besoin est énorme, un tiers des plus de 85 ans est touché par Alzheimer et il n’existe pas de traitement efficace », souligne Laurent Meijer. 

Violette Vauloup

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Pascal Le Dû, chasseur de nébuleuses

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N° 416 - Publié le 29 janvier 2024
© Mathieu Le Gall
En 2022, Pascal Le Dû a remporté avec 2SPOT le prix Gemini qui récompense chaque année une collaboration entre professionnels et amateurs.

Pascal Le Dû passe la majorité de son temps libre à observer des nébuleuses planétaires. Loin d’être anecdotique, son travail met en évidence la précieuse contribution des amateurs à la recherche en astronomie.

Depuis son jardin il observe Molène, Ouessant et les confins de la galaxie. Il faut imaginer un petit village breton avec la mer pour horizon. Cette bande bleue que l’on voit à travers la vitre du salon d’un petit pavillon sage de Porspoder, tout au bout du Finistère. C’est ici qu’il y a treize ans, Pascal Le Dû a découvert une nébuleuse planétaire, une étoile en fin de vie qui éclaire un nuage de gaz qu’elle a éjecté. Une trouvaille qui a donné un nouvel élan à sa carrière d’astronome amateur. Pourtant c’est avec une autre immensité que le sexagénaire passe ses journées ; hydrographe de formation, il élabore notamment les annuaires des marées pour le Shom1, à Brest. Mais la nuit, il enfile une autre casquette.

Pas une date qu’on oublie


« J’aime être le seul éveillé quand tout est silencieux, avec la voûte céleste au-dessus de moi », raconte celui qui a jeté son dévolu sur les nébuleuses, ces objets célestes « dont le nom parle de lui-même », des amas de poussières et de gaz interstellaires. « Il existe des catalogues de nébuleuses identifiées par les scientifiques mais dont on ne possède pas d’images précises. Avec un télescope, je les suis pendant plusieurs heures et j’accumule les clichés pour les superposer et en avoir l’image la plus détaillée », explique l’astrophotographe.

Depuis la fin des années 2000 et le développement de matériel de plus en plus performant pour le grand public, des passionnés du monde entier se livrent une compétition acharnée pour  photographier en premier ces objets. « Nous avons aussi des filtres spéciaux qui ne laissent passer que la lumière émise par les nébuleuses et permettent d’identifier les gaz qui la constituent, retrace Pascal Le Dû. À partir de là on fait de la science, on comprend ce que l’on voit. »

En août 2011, alors que le Breton observe une nébuleuse depuis son jardin, il aperçoit un petit rond rouge. « Juste ici », montre-t-il sur une photo qu’il vient de décrocher du mur. « C’était le 22 août et ce n’est pas une date qu’on oublie », sourit l’astronome. Un peu nerveux, il envoie ses observations à Agnès Acker, spécialiste des nébuleuses. Quelques jours plus tard, la scientifique lui confirme que ce petit rond rouge est une nébuleuse planétaire jamais repérée. Elle s’appelle désormais LDû1. Pascal Le Dû n’est alors que le deuxième amateur au monde à découvrir ce genre d’objet avec son propre matériel.

« Ça a eu un effet boule de neige », se souvient-il. Les journalistes apprécient l’histoire de cet hydrographe dont le cabanon de jardin renferme un télescope capable de scruter les recoins de la Voie Lactée et la découverte enchante le petit monde de l’astronomie amateur. Le Breton est contacté par d’autres passionnés qui lui demandent si ce n’est pas une nouvelle nébuleuse planétaire qu’ils ont photographiée, eux aussi. À la suite de ces sollicitations, Pascal Le Dû et Agnès Acker créent une liste de potentielles nébuleuses planétaires observées par des amateurs.

Un rôle de relai


« Les professionnels ont bien perçu l’intérêt de travailler avec nous, ça les avance et c’est gratuit », résume l’astronome. Au total, 10 % des nébuleuses planétaires connues ont été découvertes par des amateurs, soit plus de 1 000. Depuis 2011, Pascal Le Dû en a repéré cinq autres mais se concentre aujourd’hui sur son rôle de relai entre amateurs et professionnels. Son association, 2SPOT, loue un télescope au Chili (pilotable à distance), afin d’observer les nébuleuses de l’hémisphère sud pour le compte de scientifiques. « Les professionnels ont souvent du mal à accéder à des télescopes pour mener leurs observations car les nébuleuses planétaires ne font pas partie des sujets les plus priorisés et la demande est forte. Alors parfois, ils sont coincés et ont besoin de nous pour avancer », raconte l’astronome, qui revendique haut et fort son statut d’amateur. D’ailleurs, Pascal Le Dû n’est pas prêt à arrêter ses tête-à-tête avec le ciel. « Samedi je me coucherai tôt, mon réveil sonnera à 2 h, j’allumerai l’ordinateur et pointerai le télescope du Chili sur une nébuleuse, c’est ce que j’aime. » 

Violette Vauloup

1. Service hydrographique et océanographique de la Marine.

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Sport et armée, des destins liés

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N° 416 - Publié le 29 janvier 2024
© Musée des Transmissions
L'exposition est visitable jusqu'au 31 octobre au musée des Transmissions, à Cesson-Sévigné.

L’intégration d’entraînements physiques dans l’armée a fait évoluer le sport au rythme des combats. Une exposition retrace ce processus, depuis la fin du 19e siècle jusqu’à aujourd’hui.

Entre le sport et les soldats, l’idylle commence dès 1852, lorsque Napoléon III fait ouvrir l’École normale militaire de gymnastique de Joinville, introduisant ainsi l’éducation physique dans la vie des combattants. « À ce moment-là, le but de ce centre était de former les premiers militaires moniteurs de sport », expose la lieutenant Amélie Noiré, conservatrice du musée des Transmissions, à Cesson-Sévigné près de Rennes, où une exposition temporaire retrace en ce moment l’évolution du sport dans l’armée de terre. À l’occasion des Jeux Olympiques à venir, le musée offre une plongée au cœur de l’histoire du sport militaire.

Des méthodes qui évoluent


Avant la Première Guerre mondiale, l’armée française utilisait la gymnastique suédoise pour préparer ses troupes :  étirements, montées de genoux, gestes rythmés et marche synchronisée. « Une méthode qui fonctionnait bien pour former une armée de fantassins prête à obéir, résume Arnaud Waquet, enseignant-chercheur à l’Université de Lille et membre du comité scientifique de l’exposition. Il s’est avéré lors de la Première Guerre mondiale que c’était tout à fait inadapté pour des combats modernes avec des armes lourdes. »

Le programme sportif est modifié dès 1917 et remplacé par la « Méthode Naturelle », inventée par Georges Hébert, un lieutenant de vaisseau de la Marine, sur la base des thèses médicales naturistes1. « L’objectif, c’est d’entraîner le corps avec ce qu’il y a dans la nature pour qu’il soit utile, précise la conservatrice, tout en travaillant la cohésion et l’entraide. » Polyvalente et nécessitant peu de matériel, elle devient la référence de l’éducation physique pour l’armée de terre.

Quand la guerre s’en mêle


Au-delà de la préparation physique des combattants, « il y a une évolution du sport civil et militaire, liée aux deux guerres de la première moitié du 20e siècle, continue Amélie Noiré. Durant la Grande Guerre, les Alliés popularisent le rugby et le foot en France. » Des compétitions sont organisées entre soldats français et étrangers, ce qui permet de construire une cohésion, mais aussi de divertir les troupes, « diminuer le mal-être, oublier l’horreur des tranchées, s’évader le temps d’un match », complète Arnaud Waquet. De même durant la Seconde Guerre mondiale, où les compétitions sportives permises dans les camps de prisonniers ont été retracées grâce aux archives écrites et photographiques.

C’est aussi pour tenter de limiter les dégâts des combats que le sport intègre la vie des soldats. Il trouve dans la rééducation physique et morale une nouvelle fonction dès la fin de la Première Guerre mondiale, comme en témoigne un tricycle qui trône au milieu de l’exposition : actionnable à la force des bras, il permet aux amputés de continuer à se dépenser, et à se déplacer. « L’objectif ultime, c’est qu’ils puissent retourner au combat, dit bien la lieutenant, mais il y a une prise de conscience de l’importance du sport pour les blessés, y compris pour les blessures psychiques. » Présentée jusqu’au 31 octobre, la rétrospective mentionne également les compétitions militaires actuelles, peu connues du grand public.

Anna Sardin

1. Qui prennent la nature pour guide dans l’observation et le traitement des maladies.

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