Le recyclage, entre obligation et désillusion

Plastique, quand la magie prend fin

N° 415 - Publié le 21 décembre 2023

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Moins produire pour moins polluer

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Âge de l’Homme, âge du plastique ?

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Alcool en Bretagne : légende ou vérité ?

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N° 415 - Publié le 21 décembre 2023
© COLLECTIONS MUSEE DE BRETAGNE

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La réputation largement répandue de la Bretagne, selon laquelle ses habitants seraient en grande partie alcooliques, proviendrait des habitudes de consommation d’antan.

Comme tous les ans, le défi international du Dry January1 débute le 1er du mois avec une unique règle : ne pas consommer d’alcool de la première à la dernière heure de janvier. L’occasion de faire le point sur la réputation de la Bretagne, une région où l’on s’alcooliserait beaucoup, voire trop, selon de nombreux clichés. Mythe ou réalité, qu’en est-il vraiment ?

Des paramètres spécifiques


Durant la première moitié du 19e siècle, la consommation d’alcool en Bretagne n’est pas supérieure à la moyenne française. Les excès ont lieu aux moments des fêtes, durant lesquelles l’ivresse est traditionnellement manifeste. Cet enivrement, trop flagrant pour les mœurs de l’époque, est associé à un alcoolisme chronique par le reste de la France. Il n’en fallait pas plus : la réputation des Bretons est née.
Ce n’est qu’à partir des années 1850 que la région aurait en réalité peu à peu basculé d’une alcoolisation aiguë et ponctuelle à un alcoolisme chronique. Principales causes mises en évidence par les historiens : la hausse des revenus, la baisse des prix de l’alcool, et la multiplication des cabarets et bouilleurs de cru2 itinérants. Ces paramètres, spécifiques à la Bretagne, en font la région française où le taux de mortalité par alcoolisme est le plus fort en 19503.

Des excès traditionnels


Depuis, la situation a grandement changé grâce à des campagnes massives de sensibilisation mises en place durant le 20e siècle. « De nos jours, la Bretagne est loin d’être la région où l’on boit le plus régulièrement », affirme Gladys Lam-Gardel, addictologue au Centre hospitalier Bretagne Atlantique à Auray (Morbihan). Selon les chiffres de Santé publique France, si l’on classe en effet les treize régions métropolitaines en fonction de la part des 18-75 ans consommant de l’alcool quotidiennement, la péninsule armoricaine n’est que sixième4.

Même si les Bretons ne sont plus les premiers consommateurs de France, la Bretagne, alcoolique repentie, souffre encore des habitudes d'hier : les excès traditionnels et l’association quasi systématique de l’alcool avec la fête se sont perpétués. La région est en effet celle présentant le plus fort taux d’alcoolisations ponctuelles importantes (API)5, chez les 18-75 ans comme chez les jeunes de 17 ans. « Une consommation abusive n’est pas forcément synonyme d’alcoolisme, mais on risque l’addiction au-delà de dix verres par semaine », explique Gladys Lam-Gardel.

En résumé, malgré sa réputation, la Bretagne n’est plus le lieu où l’on boit le plus souvent, mais c’est bien là que l’on se saoule le plus fort, et jeune. « Ce Dry January est donc une démarche très pertinente, insiste l’addictologue. Il nous permet à tous, consommateurs jeunes ou moins jeunes, raisonnés, abusifs ou addicts, de nous questionner sur notre rapport à l’alcool. »

Charles Paillet

1. Littéralement « Janvier sec ».
2. Personnes habilitées à produire leurs propres eaux-de-vie.
3. 52 pour 100 000 chez les femmes, 100 pour 100 000 chez les hommes.
4. La tête de classement étant détenue par l’Occitanie, suivie de la Nouvelle-Aquitaine puis des Hauts-de-France.
5. Au moins six verres d’alcool en une occasion.

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Jean Painlevé, la science à contre-courant

Grand angle

N° 415 - Publié le 21 décembre 2023
© LES DOCUMENTS CINEMATOGRAPHIQUES, PARIS
La Pieuvre, Jean Painlevé, 1928.

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Entre la Bretagne et Paris, Jean Painlevé a passé sa vie à vulgariser la science à travers le cinéma. Retour sur le parcours d’un anticonformiste résolument moderne.

Il y a 90 ans, en 1934, Jean Painlevé achève la réalisation de ce qui restera son plus grand succès. Sur la pellicule, des chevaux de mer étrangement lumineux, presque translucides, galopent dans un aquarium en noir et blanc. L’Hippocampe sera diffusé au cinéma l’année suivante. « Painlevé disait que c’était le seul film qui lui avait rapporté sa mise », confie Brigitte Berg, conservatrice des archives du cinéaste. À deux pas de l’Arc de Triomphe, dans un appartement acheté par le réalisateur dans les années 1950, bobines de film, photographies et boîtes d’archives s’empilent. Comme autant de témoins de la vie de ce pionnier du cinéma scientifique qui a gagné le pari d’intéresser chercheurs, artistes et grand public avec ses courts-métrages animaliers sur la faune marine.

jean painleve
© LES DOCUMENTS CINEMATOGRAPHIQUES, PARIS
Jean Painlevé avec caméra Caméflex tenue par harnais conçu par Geneviève Hamon, Geneviève Hamon, ca 1960.

Esprit de contradiction


Né en 1902, Jean Painlevé grandit dans la grande bourgeoisie parisienne, entouré de scientifiques et d’intellectuels. À commencer par son père, Paul Painlevé, dreyfusard convaincu, mathématicien de renom et figure de la IIIe République. « Ils s’entendaient très bien mais Jean ne voulait pas être connu comme “le fils de” », raconte Brigitte Berg. Alors toute sa vie, il s’évertue à tracer un chemin bien à lui. Refuse de rentrer dans des cases. Perfectionne sa singularité. Fils d’homme d’État et anarchiste, scientifique et artiste, Painlevé cultive les contradictions.

Son enfance, il la passe entre Paris et le Finistère, où il se rend en vacances chez sa grand-mère, au Pouldu. « En Bretagne, il était chez lui, observe Brigitte Berg, c’est là-bas qu’il découvre le monde marin. » Le futur cinéaste va jusqu’à ramener à Paris des petites bêtes dans des bocaux plein d’eau. Paris, où les vacances s’achèvent et les cours reprennent. « Painlevé a passé son temps à dire qu’il avait détesté l’école alors que son père avait été ministre de l’Instruction publique. Son père a aussi été ministre de la Guerre alors que lui était pacifiste dans sa jeunesse. Il y avait des divergences de parcours et de sensibilités manifestes », analyse Roxane Hamery, professeure en études cinématographiques à l’Université Rennes 2 et spécialiste de l’œuvre du cinéaste. En 1925, le jeune homme descend même dans la rue contre la politique de son père, qui fait réprimer les premières révoltes coloniales en Syrie, au Liban et au Maroc.

Un pied à Paris et l’autre dans l’eau, la Bretagne n’est jamais bien loin. Après un cursus scolaire chaotique, Jean Painlevé se lance dans des études de biologie, pour lesquelles il est amené à se rendre à la Station biologique de Roscoff (Finistère). Il y rencontre Geneviève Hamon, sa future compagne et « femme de l’ombre de ses films », selon Roxane Hamery. Ouverture de l’objectif, type de pellicule, lumière… Elle consigne tout dans des cahiers de tournage. « Sans elle, Painlevé n’aurait pas pu faire ce qu’il a fait », assure Brigitte Berg, qui a côtoyé le couple.

Pas mariés et sans enfants, ils vivent la plupart du temps à distance. « Painlevé n’avait pas de vie de famille, travaillait tout le temps et ne laissait pas beaucoup de place pour autre chose. Pourtant, ils se téléphonaient tous les jours, c’était un moment important », se souvient la conservatrice des archives.

Un écorché


Le jeune cinéaste revendique très tôt un farouche désir d’indépendance. Dans les années 1920, il fraie avec les surréalistes sans pour autant adhérer au mouvement. Décline même officiellement l’invitation d’André Breton. « Il avait du mal à trouver sa place. Je pense qu’il voulait prouver son originalité et refusait de s’enfermer dans une case. Et puis il avait un fort caractère, c’est possible qu’il ait eu du mal à faire partie d’un collectif », avance Roxane Hamery.

Le futur réalisateur s’adonne à la course automobile et apprend à piloter des avions. Il dessine ses propres règles, se passionne pour l’art, la science et la technique. Refuse de les séparer. Le cinéma semble évident. « À l’époque, c'était considéré par la bourgeoisie comme un divertissement pour ignorants, il valait mieux aller au théâtre. Forcément, ça lui plaisait d’aller à contre-courant de son milieu. Il était un être un peu écorché », souffle Brigitte Berg. En 1927, Painlevé, sollicité pour sa maîtrise de la caméra, réalise son premier film, L’œuf de l’épinoche1, de la fécondation à l’éclosion, un court-métrage de recherche projeté à l’Académie des sciences en appui d’une thèse. « Le cinéma scientifique, c’est d’abord le cinéma pour les scientifiques », précise Florence Riou, docteure en histoire des sciences et chercheuse indépendante à Rennes. « Aujourd’hui encore les scientifiques font partie des premiers producteurs d’images, qui sont à la fois un outil de recherche et un mode de communication du savoir », poursuit-elle. Si Jean Painlevé n’invente pas le cinéma scientifique, il est le premier à l’utiliser pour amener la science vers le grand public.

les amours de la pieuvre
© LES DOCUMENTS CINEMATOGRAPHIQUES, PARIS
Les Amours de la Pieuvre, Jean Painlevé et Geneviève Hamon, 1967.

Les pires animaux


Toute sa vie il alterne films de recherche et courts-métrages plus originaux. Quelque part entre la fiction et le documentaire, il met en scène des animaux marins. Ses films, d’abord muets et ponctués d’intertitres, s’étoffent d’une voix off avec l’arrivée du parlant. « Il avait un vrai style d’écriture, brut et très poétique à la fois. Et il voulait toujours taper ses textes sur sa vieille Remington, même quand on avait des ordinateurs et que l’on ne trouvait presque plus de bandes adaptées », se souvient Brigitte Berg.

À travers le texte, l’image et parfois la musique, le cinéaste transforme les animaux en personnages. « Painlevé a conscientisé la puissance cinématographique de ses sujets. Il choisissait des espèces susceptibles de faire réagir le spectateur : le dégoût avec la pieuvre ou la fascination avec l’hippocampe », souligne Roxane Hamery. Et pour exacerber ces sentiments, il utilisait la mise en scène. Dans La Pieuvre, l’animal est filmé dans des situations inattendues et dérangeantes : sur un crâne, une poupée ou un rebord de fenêtre, comme pour montrer que la monstruosité – accentuée par de gros plans sur la peau granuleuse et flasque du mollusque – peut gagner notre monde. « Il tend à rapprocher les mondes humains et animaux, la nature et la culture traditionnellement opposées. C’est avec ce type de rapprochements qu’il fait transparaître la part pulsionnelle qui existe en tout humain »,
poursuit la chercheuse.

« Jean Painlevé est très critique de la société humaine. Il ne cesse de dire que les hommes peuvent être les pires animaux, souligne Florence Riou. La seule fois qu’il filme un mammifère, c’est d’ailleurs une allégorie de la montée du fascisme ». Tourné en 1939 et diffusé en 1945, Le Vampire est un film de neuf minutes qui montre une chauve-souris
suçant sa proie sur un air de Duke Ellington. « Jean Painlevé ne mentait pas. Il assumait l’anthropomorphisme et en jouait dans ses commentaires. Il refusait d’opposer sciences et fiction  comme il refusait d’opposer créativité et sérieux, assure Florence Riou. Il ne croyait pas en l’objectivité du cinéma et se rendait bien compte qu’en filmant des animaux dans des aquariums on pouvait biaiser les observations. Mais il n’essayait pas de le cacher au spectateur, la mise en scène le conscientisait même. »

Jean Painlevé ne perd pas le goût du sensationnel avec la sonorisation de ses films. Son plus grand succès, L’Hippocampe, montre un mâle convulsionner et accoucher. Le court-métrage, volontairement provocateur, est interdit aux États-Unis où le bureau de la censure le juge « indécent ». Mais le succès est au rendez-vous et le couple Painlevé-Hamon lance une gamme de bijoux reprenant la figure du poisson.

« C’était un moyen de financer ses films, car ça coûtait extrêmement cher et ne lui rapportait rien. Il faut bien comprendre qu’il a pu mener cette carrière grâce à l’héritage de son père », note Brigitte Berg. De la mer au laboratoire en passant par le studio de montage, Painlevé est autant réalisateur que technicien, monteur que producteur de son œuvre. Il parcourt la France, ses bobines sur le dos, pour diffuser les films dans des ciné-clubs. Et cherche toujours à innover. Il est d’ailleurs l’un des premiers à filmer sous l’eau. Le cinéaste se rend bien compte que l’image est un outil, et qu’en la maîtrisant il peut en pousser les limites.

oursin de roche avec et sans piquant
© LES DOCUMENTS CINEMATOGRAPHIQUES, PARIS
Oursin de roche avec et sans piquants, Jean Painlevé, 1928.

Comme une méduse sur le rivage


Au cinéma comme en politique, Jean Painlevé refuse la neutralité. Plutôt libertaire, il milite avec les ligues antifascistes dans les années 1930 et s’engage dans la résistance pendant la guerre. À la Libération, il est nommé directeur général du cinéma français. Le cinéaste est notamment chargé de relancer l’industrie et de mener la politique d’épuration dans la filière des techniciens. Les années 1950 le voient revenir à la station de Roscoff, où il poursuit ses activités cinématographiques. « Il envoyait parfois des cartes postales depuis Paris pour prévenir de son arrivée et réserver une salle », raconte Fabrice Not, chercheur à la station finistérienne.

Jusqu’à la fin de sa vie, Jean Painlevé oscille entre recherche et vulgarisation. Il participe même à une émission de télévision en direct sur la BBC pour expliquer le voyage d’une goutte d’eau. Mais catégorisé dans un genre qui tombe en désuétude – le court-métrage d’enseignement – il est peu à peu oublié. « Malgré ceux qui m’entourent, je m’écrase vite comme une méduse sur le rivage », écrit-il au début des années 19802, usé par des douleurs aux hanches. Il meurt neuf ans plus tard, à l’âge de 86 ans. En 2022, le musée du Jeu de Paume, à Paris, monte la première exposition muséale sur son œuvre en France. Preuve que l’amoureux des marges qui filmait les animaux pour parler des hommes « fait encore sens aujourd’hui », sourit Roxane Hamery.

Pour aller plus loin

Violette Vauloup

1. Un poisson que l’on retrouve dans les estuaires, les lagunes, près du littoral et même dans les ruisseaux et petites rivières.
2. La traversée du mouroir, Yann O’Bara (pseud).

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Des pesticides retrouvés dans les vers de terre

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N° 415 - Publié le 21 décembre 2023
© ROMAIN GEORGES / CNRS / ECOBIO RENNES
Prélèvement de vers de terre sur des prairies permanentes et des parcelles cultivées en Bretagne.

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Alors que l’Union européenne a reconduit l’utilisation du glyphosate pour dix ans, des chercheurs bretons cherchent à comprendre comment les vers de terre sont affectés par les pesticides.

Le plus célèbre herbicide n’est pas près de disparaître. Fin 2023, l’Union européenne a prolongé l’autorisation du glyphosate de dix ans. Une nouvelle qui fait écho aux travaux de Françoise Binet, directrice de recherche CNRS à Ecobio1, à l’Université de Rennes. « Tous les sols sont contaminés, même des prairies non cultivées », souligne celle qui a dirigé pendant cinq ans le bien nommé projet Buzhug, « ver de terre » en breton. Achevé en décembre, ce programme visait à comprendre les effets de pesticides sur nos chers amis du sous-sol.

Pour cela, des scientifiques ont comparé une population de vers de terre issus de parcelles agricoles cultivées en bio et d’autres en conventionnel. Ils ont observé une suractivation de deux voies métaboliques chez les vers exposés aux pesticides : celles de la respiration et de la détoxification. L’équipe a aussi remarqué que certains produits phytosanitaires s’accumulent dans l’organisme des vers de terre. On y retrouve par exemple des traces d’atrazine, un herbicide interdit depuis 20012, tandis que d’autres molécules abondantes dans le sol semblent être éliminées naturellement, comme celle du glyphosate. « Cela pourrait expliquer la surchauffe du mécanisme de détoxification chez les vers exposés, avance l’écologue. Mais cette dépense énergétique a un coût, qui se reporte sûrement sur la reproduction. » En clair, les vers de terre, trop épuisés à éliminer les pesticides de leur organisme, auraient moins d’énergie pour perpétuer l’espèce. « Les pesticides ne tuent pas forcément mais ont des effets plus insidieux pour la survie de la population », appuie Françoise Binet.

 Analyser la chaîne alimentaire


Son équipe a par ailleurs élargi ses recherches en intégrant les bécasses, un oiseau qui se nourrit principalement de vers de terre. Seize molécules de pesticides ont été retrouvées dans le sang de volatiles fréquentant les parcelles étudiées et leurs environs. S’il est impossible d’assurer avec certitude que cette contamination est due à l’ingestion des vers, reste un constat : les pesticides sont partout.

Violette Vauloup

1. Écosystèmes , biodiversité, évolution
2. S’il ne s’agit pas de la molécule la plus toxique, sa présence dans les vers démontre une forte rémanence de certains résidus de pesticides.

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Comment optimiser les performances des kayakistes ?

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N° 415 - Publié le 21 décembre 2023
© Kayak Brigitte Werner - Pixabay

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Gagner la médaille d’or de canoë-kayak aux Jeux Olympiques peut se jouer à la seconde près. Mais « aujourd’hui, les données d’entraînement sur l’eau reposent essentiellement sur des observations trop imprécises pour permettre aux entraîneurs et aux athlètes d’améliorer leurs compétences », décrit Souebou Bouro, doctorant en télécommunications à l'Irisa1, à Rennes. Avec des spécialistes en biomécanique et en électronique, il teste un système de capteurs à même le kayak. Les données recueillies permettent d’estimer plusieurs paramètres dont l’angle d’entrée optimal de la pagaie dans l’eau pour favoriser la propulsion de l’athlète. De même, l’instrumentation du cale-pied, du siège et du bateau offre des données sur le mouvement du sportif et son interaction avec l’eau, ouvrant des possibilités d’améliorations ergonomiques. « Nous devons encore travailler sur l’étanchéité du système de capteurs, l’efficacité énergétique et sur la transmission des données en temps réel à l’entraîneur », souligne toutefois Souebou Bouro.

Maud Cadoret

1. Institut de recherche en informatique et systèmes aléatoires.

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La vigne face au changement climatique

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N° 415 - Publié le 21 décembre 2023
© JAMES LEE / UNSPLASH

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Avec la hausse des températures, les vins sont plus alcoolisés et des régions comme la Bretagne deviennent viticoles. C’est l'une des conclusions du projet de recherche VinAdapt, regroupant des laboratoires et des universités françaises et néozélandaises depuis 2019. L’objectif ? Développer des scénarios d’adaptation au changement climatique de la vigne. Pour ce faire, des capteurs météorologiques ont été installés sur des parcelles, offrant un bilan climatique aux viticulteurs. Ainsi, ils peuvent réfléchir à changer de cépages ou à planter les vignes plus en altitude pour trouver de la fraîcheur. Mais les recherches ne s’arrêtent pas là : le programme AgriForAdapt prend le relai. Jusqu’en 2028, une trentaine de scientifiques vont étudier l’impact du dérèglement climatique sur d’autres cultures, telles que les pommes et le houblon. « Nous allons aussi observer comment l’environnement et la topographie s'organisent si nous changeons les variétés ou les espèces au sein des exploitations », précise Hervé Quénol, directeur de recherche CNRS au laboratoire LETG1 à Rennes et coordinateur du projet.

Maud Cadoret

1. Littoral, environnement, géomatique, télédétection.

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« Je n’arrivais pas à me regarder dans un miroir »

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N° 415 - Publié le 21 décembre 2023
© SCIENTIFIQUES EN REBÉLLION

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Face à l’urgence climatique et à l’inaction politique, certains scientifiques sortent de leur laboratoire pour être entendus. Né en 2020, le collectif national Scientifiques en rébellion compte plus de 1500 sympathisants et prône la désobéissance civile. Rencontre avec Kaïna Privet, écologue rennaise et militante.

Pourquoi avez-vous rejoint Scientifiques en rébellion ?

C’est venu d’une forme de désespoir. J’essaie depuis longtemps de parler du changement climatique. Dès mes études j’ai mené des actions de sensibilisation avec des associations, et ça n’a pas eu d’effet. En tant que chercheuse, j'avais beau participer à l'effort collectif en produisant et en vulgarisant de la connaissance, je me sentais impuissante. Je me reconnais dans le constat de ce collectif : face à la crise écologique, la rébellion est nécessaire.

Quel a été le déclic ?

Spécialiste des araignées des environnements insulaires et tropicaux, j’ai étudié les populations d’araignées de l’archipel d’Hawaï pour ma thèse jusqu’à l’été 2022. J’ai attendu la fin de la crise sanitaire pour me rendre sur le terrain. J’ai dû prendre l’avion pour traverser la planète, mon empreinte carbone était déjà fichue. C’était l’aboutissement de huit ans de recherche, et pourtant je n’arrivais pas à me regarder dans le miroir. Je voulais participer à la préservation des écosystèmes, mais c’était l’inverse ! Et je n’ai pas retrouvé certaines espèces, car à la place de leur forêt il y a un aéroport. Finalement, je participais au système qui entraîne leur destruction. La dissonance cognitive était forte.

Vous êtes scientifique, mais aussi citoyenne…

Oui, nous sommes des individus en plus d’être des scientifiques. Je comprends que la désobéissance civile ne soit pas le bon levier d’action pour tout le monde, ça fait peur. Beaucoup de mes confrères et consœurs ne se sentent pas concernés. Même si je sais qu'il est difficile de sortir la tête de notre travail, il faut publier, chercher des financements, enseigner… C’est seulement quand j’ai pu lever le nez de mes recherches et aller, par exemple, sur les réseaux sociaux que j’ai vraiment réalisé l’ampleur de la situation.

Pourquoi avoir choisi la désobéissance civile comme moyen d’action ?

L’idée est de pointer du doigt l’inaction politique face à l’urgence climatique et de contraindre au débat. Le fait que les scientifiques, qui ont utilisé tous les leviers à leur disposition, aillent jusqu’à perturber l'ordre pour faire entendre leur voix est un message fort pour l’opinion publique. Ma première action était à Berlin en octobre 2022 pendant le Sommet mondial de la santé. Nous avons dérangé la conférence d’ouverture du congrès en y entrant, en s’accrochant au bâtiment et en affichant des articles scientifiques sur sa façade. Peut-être que cela va me fermer des portes sur le plan professionnel, mais je ne regrette pas.

Maud Cadoret

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Éducation à la sexualité : « les professeurs viennent trouver les bons mots »

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N° 415 - Publié le 21 décembre 2023
© BEN / ADOBE STOCK

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La Maison pour la science en Bretagne organise les 30 et 31 janvier une formation à destination des enseignants pour parler de la sexualité sous le prisme de la recherche.

« Il y a déjà une liste d’attente », nous confie Jacques Bouffette, référent SVT à la Maison pour la science en Bretagne. Depuis bientôt trois ans, la formation « Cerveau, sexualité et plaisir », est victime de son succès. Portée par l’Académie et l’Université de Rennes, cette offre destinée aux professeurs souhaitant approfondir leurs connaissances affichait déjà complet deux mois avant le jour J, fin janvier.

Fondements neurobiologiques


Le projet remonte à 2019, où un chapitre sur la procréation et la sexualité humaine fait son entrée dans le programme de SVT en seconde. Problème : certains enseignants ont l’impression de manquer d’informations et d’outils. Beaucoup font également face à des élèves qui s’interrogent sur leur genre ou leur sexualité, et les questions s’accumulent. « Les inscrits à la formation viennent souvent pour trouver les bons mots », témoigne Sylvie Fortin, professeure en biologie à l’Institut Agro Rennes-Angers et ancienne enseignante de SVT. Depuis 2020, elle fait partie du binôme de formateurs qui accompagne les enseignants, avec Thierry Charlier, chercheur à l’Irset1 et professeur de biologie à l’Université de Rennes.

« Les enseignants connaissent par cœur le cycle hormonal et le rôle des chromosomes dans la différenciation sexuelle, souligne ce dernier. En revanche, ils ne savent pas ce qu’il se passe dans les différentes zones du cerveau lors d’un comportement sexuel. » Le chercheur présente donc aux quinze participants annuels les fondements neurobiologiques de la sexualité en s'appuyant sur des recherches récentes. « Chez l’Homme, on n'associe plus la sexualité à la reproduction, rappelle-t-il. Il existe des bases biologiques, comme le développement de zones cérébrales spécifiques, qui peuvent faire pencher l’attirance d’un individu vers un genre ou un autre. » À cela s’ajoute la forte influence sociale et environnementale dans la mise en place de l’identité sexuelle.

Speed-dating scientifique


« Les thématiques que l’on aborde durant ces temps d'échanges correspondent aux séances d’éducation à la sexualité, dispensées par des professeurs volontaires dès le collège », explique Sylvie Fortin qui connaît bien les programmes scolaires. Jamais à court d’idée, elle a aussi prévu un speed-dating scientifique pendant les six heures de formation. Les participants apprennent les uns des autres. « C’est d’ailleurs un outil pédagogique à réutiliser avec les élèves ! »

Sophie Podevin

1. Institut de recherche en santé, environnement et travail.

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